Un lieu de mémoire

Nathalie Deraspe Collaboration spéciale
Le Musée canadien pour les droits de la personne de Winnipeg est l’héritage de l’homme d’affaires et philanthrope Israel Asper.
Photo: Musée canadien pour les droits de la personne Le Musée canadien pour les droits de la personne de Winnipeg est l’héritage de l’homme d’affaires et philanthrope Israel Asper.

Ce texte fait partie du cahier spécial Musées

Le Musée canadien pour les droits de la personne de Winnipeg a bien failli ne jamais sortir de terre. Maintenant abouti, le rêve du fondateur de la Canwest Global Communications Corporation suscite l’admiration, tant pour son approche que pour l’architecture exceptionnelle de son bâtiment. Visite guidée.

Imaginez un musée dont le site mérite à lui seul une exposition. C’est le cas du Musée canadien pour les droits de la personne de Winnipeg, dont les assises reposent sur la terre ancestrale des Métis qui constitue un lieu de rencontre depuis des millénaires. Les fouilles archéologiques effectuées à ses pieds ont permis de mettre au jour plus de 400 000 artéfacts. Des aînés autochtones ont été mis à contribution afin que chaque objet puisse être traité en tout respect et des sacs de guérison traditionnels ont été déposés dans les quelque 500 trous percés pour accueillir les pieux moulés du bâtiment.

Maintenant que le musée est ouvert au public, une visite orchestrée comme un pèlerinage et proposée en dehors des heures d’ouverture explique combien les connaissances sacrées et les visions des Premières Nations sont intimement liées à son architecture comme à son mandat de base. Les guides chargés de l’activité ont été dûment formés par des représentants issus de différentes communautés autochtones manitobaines qui leur ont transmis des histoires considérées comme sacrées. Inspirée de traditions orales et de cérémonies dont la pratique était défendue lors de la colonisation, cette immersion au coeur de la pensée autochtone constitue en soi une façon exceptionnelle de renouveler notre réflexion sur les droits de la personne, tout en élargissant notre compréhension devant une culture qui demeure encore aujourd’hui méconnue de la plupart d’entre nous.

Des objets qui témoignent

Depuis 2009, plus de 200 entrevues ont été réalisées afin de mieux comprendre les gens qui ont lutté pour les droits de la personne au Canada, confie Angela J. Cassie, vice-présidente, Affaires publiques et programmation au musée. « Le grand défi pour nous, c’était de nous assurer de ne pas mettre l’accent sur les violations de ces droits. Il y a des exemples où les gens ont pu récupérer leurs droits après les violations. Il y a de l’espoir. »

L’exposition intitulée La couverture des témoins, présentée jusqu’en juin prochain, illustre bien son propos. Réunissant 700 objets recueillis dans 77 collectivités, celle-ci relate la douloureuse histoire des pensionnats autochtones, tout en citant le travail de réconciliation amorcé au cours des dernières années. Lettres, photos, témoignages, vêtements, oeuvres d’art, fragments de bâtiments même ont été offerts tant par les survivants, leurs familles et les conseils de bande que par l’Église et les gouvernements. Une façon de rendre hommage aux quelque 150 000 enfants arrachés de leur foyer entre 1870 et 1996 et de symboliser les efforts de rapprochement qui ont été faits pour tenter de panser les plaies de plus d’un siècle d’atrocités.

« Nous avons beaucoup travaillé avec les communautés affectées pour raconter leur histoire, mais on utilise les objets et les artéfacts comme lentilles pour mieux comprendre les enjeux des droits de la personne », explique Mme Cassie. C’est ainsi qu’un trophée de hockey offert par un survivant du dernier pensionnat à avoir fermé ses portes au Canada prend une tout autre dimension.

Parmi les raretés que le musée dévoile, notons cette empreinte de pied demeurée intacte 750 ans après sa découverte lors d’une fouille archéologique du site en 2008, ces chaînes et ces fers portés par des esclaves noirs américains ou encore ces deux pages tirées du tout premier brouillon de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1947.

Un souvenir en provenance des Canadiens de Montréal sert à souligner l’arrivée du premier hockeyeur noir de l’histoire de la ligue. Les Alouettes de Montréal ont également droit à un beau clin d’oeil du genre. Le musée accueille même l’habit de Kathrine Switzer, première femme à s’être imposée au marathon de Boston en 1967. Au final, il aura fallu patienter cinq ans supplémentaires avant que la course soit officiellement ouverte aux dames.

Un oeil sur le monde

Au total, 11 galeries permettent au visiteur de se familiariser davantage avec les droits de la personne. La plus imposante expose des dizaines d’histoires allant des droits démocratiques aux droits linguistiques, en passant par la liberté de conscience et la protection contre la discrimination.

Par ailleurs, impossible de s’intéresser aux droits de la personne sans offrir une perspective internationale de la chose. Ainsi, un espace est entièrement consacré à l’Holocauste et examine les expériences propres au Canada à l’égard de l’antisémitisme tandis qu’un autre démontre combien le déni a engendré d’autres génocides dévastateurs, comme ce fut le cas en Bosnie et au Rwanda.

D’autres expositions sont davantage porteuses d’espoir. Ici, on s’intéresse aux tournants de l’humanité et aux efforts collectifs qui auront permis une meilleure protection de nos droits. Là, aux initiatives de personnes engagées dans le changement. Ailleurs, on nous présente 100 moments de l’histoire des droits de la personne dans le monde au fil des ans. « Notre collection est en plein développement et c’est une collection orale, rappelle Angela J. Cassie. Mais il y a également beaucoup de spectacles et le musée est un lieu de discussion et de dialogue sans précédent. »

Les prix pleuvent

Depuis son ouverture en septembre 2014, le musée a obtenu une foule de prix et de distinctions honorifiques, dont le prix MUSE pour l’innovation dans le domaine des médias numériques, le prix national pour le tourisme culturel, ainsi que le prix de la paix Mahatma Gandhi. Le Musée canadien pour les droits de la personne de Winnipeg est le premier musée national établi au Canada depuis 1967.