Les musées doivent se faire entendre

Émilie Corriveau Collaboration spéciale
L’œuvre «Perdu dans la nature (La Voiture)» de BGL peut être admirée au Musée national des beaux-arts de Québec.
Photo: Source MBAM L’œuvre «Perdu dans la nature (La Voiture)» de BGL peut être admirée au Musée national des beaux-arts de Québec.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le 15 février dernier, le gouvernement du Québec donnait le coup d’envoi aux travaux sur le renouvellement de sa politique culturelle. En attente d’une telle initiative depuis déjà plusieurs années, la Société des musées du Québec (SMQ) se réjouit de la nouvelle. Elle demeure toutefois préoccupée par la situation précaire dans laquelle se trouvent bon nombre des 300 institutions muséales qu’elle représente.

Intitulée « Notre culture, notre avenir », la politique culturelle du Québec a vu le jour en juin 1992. En adoptant cette dernière, le gouvernement de Robert Bourassa faisait pour la première fois de la culture une de ses préoccupations centrales, au même titre que l’économie et la question sociale. S’articulant autour de trois axes, elle visait l’affirmation de l’identité québécoise, le soutien aux créateurs et à la création artistique, ainsi que l’accès et la participation des citoyens à la vie culturelle.

Si elle était considérée comme novatrice à l’époque, et bien perçue par la plupart des milieux, aujourd’hui, la nécessité de son actualisation semble faire l’unanimité auprès des acteurs du secteur culturel québécois.

Il faut dire qu’au cours des deux dernières décennies, l’évolution des pratiques culturelles, la mondialisation, les changements dans les modes de vie et dans la consommation des ménages, les mouvements migratoires et les profondes mutations technologiques qui ont eu cours ont entraîné des transformations majeures au sein de la société québécoise.

« Depuis 1992, le paysage culturel a considérablement changé, résume Mme Katy Tari, présidente de la SMQ. Cette transformation a engendré de nouveaux enjeux et défis, et pour cette raison, il est très sain que le ministère souhaite réactualiser la politique. »

Une tournée de consultations publiques

Ayant choisi d’adopter une approche participative pour rallier autant d’acteurs concernés que possible autour de son projet de révision de la politique culturelle, le ministère de la Culture et des Communications a prévu effectuer de vastes consultations publiques. Aussi, dès le mois d’avril, le ministre Luc Fortin entamera une tournée dans l’ensemble des régions du Québec.

Il sera accompagné d’un comité-conseil composé de sept membres reconnus du milieu : Mme Liza Frulla, M. Ian Gailer, Mme Sylvie Gamache, M. Gabriel Bran Lopez, Mme Louise Sicuro, Mme Nadine St-Louis et M. Huges Sweeney.

D’après la SMQ, il s’agit là d’une excellente nouvelle : « En faisant preuve d’ouverture, le ministère démontre sa volonté d’écoute. Il veut entendre et comprendre ce qui se vit, ce qui se passe sur le terrain. Il ne faut pas oublier que les différences locales et régionales sont à considérer. On ne peut pas se contenter de faire un amalgame. La culture, ce n’est pas une réalité, mais plusieurs réalités. Or, cette démarche participative permettra probablement au ministère de constater la diversité des réalités vécues à la fois par les institutions muséales, mais aussi par l’ensemble des institutions culturelles, et par le fait même, de mieux les décliner dans la nouvelle politique culturelle », remarque Mme Tari.

Les attentes

Comme plusieurs acteurs du secteur, le milieu muséal québécois nourrit moult attentes quant au contenu de la nouvelle politique culturelle du Québec. D’après la présidente de la SMQ, pour que cette dernière reflète fidèlement la réalité des institutions muséales, elle devra être revisitée en profondeur.

« Notamment en ce qui a trait au numérique, signale Mme Tari. C’est quelque chose qui a pris beaucoup d’importance dans les méthodes de travail, dans les manières de penser et dans les façons de mettre en valeur les collections muséales. On ne peut faire fi de cette réalité. »

Selon la présidente de la SMQ, la nouvelle mouture de la politique culturelle du Québec devrait également faire état de la professionnalisation des institutions muséales de la province.

« Il est très clair que, depuis 1992, il y a eu une nette professionnalisation de nos établissements. À notre avis, cela doit absolument se refléter dans la politique », note Mme Tari.

Dans le même esprit, la SMQ juge que la pluralité des rôles que jouent les institutions muséales sur les plans social, éducatif, économique et touristique devrait être dûment traduite dans le nouvel énoncé du ministère de la Culture et des Communications.

« Bien sûr, tout le volet patrimonial est important. Il ne faut pas oublier qu’en plus d’être des lieux de diffusion, les institutions muséales sont les gardiennes des collections. […] Mais les musées jouent aussi un rôle social et éducatif très important. Ils sont des créateurs de sens ; ils proposent des expériences qui nourrissent non seulement la vie intellectuelle, mais aussi la vie sociale des différents publics. On ne peut faire fi de leur ancrage. De plus, les musées sont vraiment l’un des piliers du tourisme culturel au Québec. À notre avis, cela mérite d’être souligné dans la politique culturelle », soutient Mme Tari.

Si la SMQ se réjouit de pouvoir prendre part aux travaux sur le renouvellement de la politique culturelle du Québec et fonde beaucoup d’espoirs dans son processus de consultation, elle demeure préoccupée par la situation précaire des institutions muséales québécoises. Souffrant d’un sous-financement chronique, plusieurs d’entre elles éprouvent beaucoup de difficulté à remplir leur mission adéquatement.

« La temporalité est un enjeu, indique Mme Tari. Quand on parle d’une politique culturelle, on s’inscrit dans du moyen terme. Entre-temps, dans le court terme, continuer à fonctionner demeure un défi très important pour plusieurs ! »

Encourageant ses membres à témoigner des difficultés qu’ils éprouvent, la SMQ les invite à prendre part en grand nombre aux prochaines consultations publiques du ministère de la Culture et des Communications.

« C’est une belle occasion de se faire entendre et il ne faudrait pas la manquer, relève Mme Tari. Plus on aura une masse critique d’institutions muséales qui feront la démonstration de ce qu’elles vivent et de leur ancrage, plus forte sera l’écoute du comité de travail sur la politique culturelle. »