Attention, le musée vous regarde!

Ryan Gander a l’habitude d’adapter chacune de ses expositions à l’endroit qu’il visite.
Photo: Andrew H. Walker Agence France-Presse Ryan Gander a l’habitude d’adapter chacune de ses expositions à l’endroit qu’il visite.

Ryan Gander croit que chaque visiteur d’une exposition est un spécialiste des arts visuels. C’est pourquoi il laisse une large place, dans ses expositions, à l’interprétation que fait le public de ses oeuvres. Au point où on se surprend à se croire l’auteur de ce plan de table, en vue d’un éventuel souper, chiffonné par terre, ou le lecteur de cette page d’un livre fictif. En regardant les cases blanches semblables à celles que remplissait l’illustrateur Charles M. Schultz, on projette un instant la bande dessinée qu’on aurait pu y imaginer. L’exposition Make every show like it’s your last, de Ryan Gander, prend l’affiche cette semaine au Musée d’art contemporain de Montréal.

Je pense que toutes les bonnes expositions comportent une dimension « à faire soi-même », « parce que si le visiteur se sent aliéné envers l’art, il va se sentir exclu », dit l’artiste en entrevue. Plusieurs de ses oeuvres sont également une réflexion sur le temps, comme ces cachettes d’enfant, créées par sa fille, qui a aujourd’hui six ans, et qu’il a figées pour toujours dans la résine de marbre. « Tous les enfants font cette sorte de cabanes avec des chaises renversées, recouvertes de draps. »

« Chacun voudrait vivre pour toujours », reconnaît-il, et chacun voudrait pouvoir figer les moments d’enfance. « C’est presque un album de photos de famille », dit-il, de ces cabanes de marbre. Plus loin, il a figé, dans le même matériau, le pli gracieux de serviettes de table déposées sur un socle de chêne. Instants d’éternité.

Première fois

Ryan Gander a l’habitude d’adapter chacune de ses expositions à l’endroit qu’il visite. De la tête, il pointe toute une série d’oeuvres qu’il présente ici pour la première fois, même si l’exposition a déjà fait l’objet d’une tournée en Europe et en Amérique du Nord. « Il y a cinq oeuvres qui sont complètement nouvelles dans cette exposition, donc j’ai dû retirer cinq oeuvres de l’ancienne exposition. »

Dans une pièce adjacente, Magnus Opus, une oeuvre constituée de deux yeux bleus et de sourcils noirs encastrés, nous fixe à travers un mur. Cette paire d’yeux s’active d’ailleurs selon les mouvements du visiteur qui la regarde.

« C’est une réflexion du visiteur, dit Ryan Gander.  C’est comme si c’était le musée qui vous regardait, qui regarde le visiteur. Les gens vont dans les musées et regardent. J’ai pensé inverser la relation de façon à ce que le musée regarde le visiteur. On peut accumuler beaucoup d’informations simplement en regardant les yeux ou les sourcils d’une personne. »

Plus loin, une machine inutile évoque l’outil qui sert à projeter des créations d’art vidéo. « Elle est faite pour avoir l’air fonctionnelle, mais elle ne fait rien », dit-il.


Make every show like it’s your last

De Ryan Gander. Au Musée d’art contemporain jusqu’au 22 mai.