L’édifice de la galerie Graff restera un lieu d’art

Depuis son arrivée sur le marché, Pierre-François Ouellette est indissociable du Belgo.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Depuis son arrivée sur le marché, Pierre-François Ouellette est indissociable du Belgo.

Le marchand d’art Pierre-François Ouellette s’est fait acquéreur du 963, rue Rachel Est, l’immeuble qu’abandonnera l’enseigne Graff ce printemps. Bonne nouvelle : il poursuivra ainsi une aventure entamée à cette adresse dans les années 1970 par feu Pierre Ayot, figure mythique de l’estampe québécoise. Mauvaise nouvelle : en déménageant sur le Plateau-Mont-Royal, la galerie Pierre-François Ouellette art contemporain quitte le Belgo, édifice du centre-ville qui ne cesse de perdre des plumes.

« Graff, c’est un endroit qui fait partie de mon champ d’expériences très agréables, dit l’homme originaire d’Ottawa. Je ne pouvais pas imaginer que l’endroit devienne un restaurant. »

Rappelons que Madeleine Forcier, la propriétaire de l’édifice et directrice de la galerie Graff, a mis en vente le bâtiment après la décision du locataire des étages supérieurs, l’Atelier Graff, de déménager. D’une valeur de près de 1 million de dollars et d’une superficie totale de 6000 pi2, l’endroit est, depuis près de 40 ans, un phare de la diffusion de l’art contemporain comme de la production en arts d’impression.

C’est en décembre, après lecture d’un texte dans Le Devoir, que Pierre-François Ouellette a décidé de prendre le relais dans ce lieu chargé d’histoire. Décision prise « sur-le-champ, entre le métro et [le Belgo] ». L’offre de vente qui parlait d’un « lieu de bonne dimension pour un restaurant » l’a touché droit au coeur. Le galeriste, en affaires depuis 2001, est très attaché à Graff : c’est là qu’il a acheté ses premières oeuvres, au tournant des années 1990. C’était l’époque où il travaillait au Musée des beaux-arts du Canada. Ses escapades montréalaises consistaient en un circuit qui débutait sur le boulevard Saint-Laurent (au « 4060 » et au Balfour) et se terminait sur la rue Rachel.

« Je n’avais jamais pensé acheter un édifice. Ça ne faisait pas partie de mes plans, confie-t-il. Pour les 15 ans de la galerie, je pensais plutôt poursuivre [le projet] des petites publications. C’est une occasion qui s’est présentée. »

 

Oser innover

Depuis son arrivée sur le marché, Pierre-François Ouellette est indissociable du Belgo. Il s’en est souvent fait le porte-étendard, n’ayant pas peur d’innover ni d’investir (portes vitrées, salle de montre, air conditionné). Il s’est établi au 2e étage, alors que la plupart de ses collègues optent pour les 4e et 5e étages. Il est de ceux qui ont poussé pour allonger les heures d’ouverture et pour éliminer les pauses estivales. Il s’est même essayé le dimanche, sans succès.

Le voilà qui quittera le navire en avril, suivant de près la fermeture de l’espace Les Territoires et celle, effective dans les prochaines semaines, de la galerie Donald Browne. Il assure ne pas fuir le centre-ville et s’attend à ce que quelqu’un profite de l’espace douillet qu’il abandonne.

Le choix de prendre la place de Graff le ravit à plusieurs égards : la lumière naturelle, la cour intérieure, la hauteur plus importante des plafonds… Et la vitrine pignon sur rue. « Je veux profiter du passage des cyclistes », dit celui qu’on peut croiser à l’occasion sur un vélo.

Pierre-François Ouellette s’engage dans une nouvelle aventure, non sans être passé par « l’angoisse de la recherche de financement ». Rassuré par l’appui de la Caisse de la Culture, antenne du Mouvement Desjardins, il ne se précipitera pas pour transformer les ateliers de gravure. Mais il ne veut pas les louer. Autre certitude : il modifiera à peine la galerie Graff. Dès juillet, il espère lancer sa programmation.

« Il y a tellement de potentiel. Je veux comprendre comment développer. La priorité est de continuer les activités de la galerie, en faisant des expositions », dit celui qui rêve de proposer aux étages des salles d’expositions permanentes ou d’aménager une résidence pour artistes étrangers.