«Carpe diem»: la vie de tous les jours à Pompéi

Fresque représentant les Trois Grâces
Photo: Musée archéologique national de Naples Fresque représentant les Trois Grâces

À Pompéi, où on aimait boire et manger, les vendanges étaient terminées. Chez le boulanger, un pain sortait du four. Un chien, attaché à son poteau, veillait sur ses maîtres. Puis ce fut la fin.

L’exposition Pompeii, présentée par le Musée des beaux-arts de Montréal, est inspirée de la célèbre maxime Carpe diem, « Cueille le jour présent sans te soucier du lendemain », tirée d’un poème d’Horace, écrit une vingtaine d’années avant Jésus-Christ.

Célèbre le jour, donc, car quand la terre tremblera, sous le coup de l’éruption du Vésuve, il sera trop tard.

Mais les Pompéiens ne s’en souciaient guère puisque la plupart ignoraient qu’un volcan dormait dans le ventre de la montagne toute proche du Vésuve. C’est pourtant ce volcan qui ensevelit en quelques heures l’ensemble de cette ville prospère sous cinq mètres de cendres, figeant dans le temps ce moment unique d’épouvante, ainsi que les traces des corps surpris par le feu en pleine action.

Au fil de l’exposition, la panique qui a secoué ceux qui y ont péri est presque palpable. Saisissant des moulages parfaits des gens et des lieux qu’elle a ensevelis, la cendre refroidie du Vésuve a conservé leur empreinte à la perfection. À l’intérieur de ces moules, on a recréé la forme des corps calcinés.

Attaché à son poteau, le moulage du chien continue de monter la garde, les pattes en l’air. Plus loin, on retrouve des couples enlacés, des familles regroupées, en proie à la brûlure des flammes ou assommées par la pluie de pierres ponces crachée par la montagne.

Dans la salle précédente, le Musée tente de nous faire revivre l’expérience du Vésuve à l’aide d’une projection visuelle et sonore. Pline le Jeune a assisté à l’éruption du Vésuve depuis sa résidence, située de l’autre côté de la baie de Naples. Son oncle, Pline l’Ancien, a pris la mer pour étudier l’éruption. Après avoir prononcé la célèbre phrase « la fortune sourit aux audacieux », il mourra sur la plage, incapable de respirer. Pline le Jeune, qui a fui sa résidence le lendemain, a détaillé le tout dans deux lettres qu’il a envoyées à l’historien Tacite.

Âge d’or

Mais avant tout cela donc, Pompéi était une ville prospère, dont les villas étaient décorées de sculptures et de fresques, en plein âge d’or de l’art romain. Lorsque la ville a été redécouverte, au XVIIIe siècle, quelque 1500 ans après la catastrophe, ces fresques avaient conservé tout leur éclat et leur pigment, raconte la directrice du Musée, Nathalie Bondil. Depuis qu’elles sont exposées à l’air libre, plusieurs d’entre elles se sont effacées, ajoute-t-elle.

Certaines ont cependant été bien conservées. Toute une série de représentations à caractère érotique, jugées offensantes au moment de la découverte du site de Pompéi, au XVIIIe siècle, a été conservée durant des siècles, dans un cabinet secret des autorités italiennes.

Il faut dire que les Pompéiens aimaient bien les choses de la chair, et ne s’en cachaient pas. « Les Romains ne voient aucun mal à célébrer un acte naturel des plus agréables et ne confinent pas le sexe à la chambre à coucher (cubiculum) ou même au mariage, peut-on lire dans la présentation de l’exposition. Ils voient dans le sexe un signe de virilité, de prestige — voire, bien souvent, une compétition. Les gens sont jugés sur leur vigueur sexuelle. Les scènes érotiques peintes, visibles partout dans la ville, ne se veulent en rien obscènes. »


Plats arrosés et épicés

L’exposition exhibe pour sa part, dans une pièce réservée aux adultes, des scènes de prostitution et de bestialité, et des objets de culte à connotation sexuelle.

Les plus jeunes, rompus à la civilisation romaine grâce aux aventures d’Astérix, se réjouiront quant à eux de pouvoir contempler de vraies armures de gladiateurs, ou encore de véritables sesterces.

On apprend d’ailleurs que la solde annuelle d’un légionnaire s’élevait à 900 sesterces, que les services d’une prostituée s’élevaient à 4 sesterces et qu’un demi-litre de vin coûtait 1 sesterce.

Côté nourriture, les Romains n’étaient pas en reste non plus. Ils aimaient leurs plats bien arrosés de sauce et bien épicés, apprend-on. Le garum de Pompéi, une sauce de poisson fermenté, était, semble-t-il, célèbre dans tout l’empire.

Les visiteurs ont par ailleurs l’occasion de contempler un authentique pain pompéien pétrifié, retrouvé intact dans les décombres de la ville. La qualité du pain, apprend-on, variait à Pompéi selon la classe sociale. Une peinture raconte par ailleurs comment les candidats, lors d’élections, distribuaient des pains pour s’attirer des votes.

L’exposition, qui se déploie jusqu’à l’automne prochain, est accompagnée d’une importante programmation culturelle. Mentionnons entre autres des airs d’opéras napolitains, chantés par le contre-ténor Michael Taylor, accompagné de Luc Beauséjour au clavecin, qui seront présentés à la salle Bourgie le 6 mars. Le 12 mars, le ténor italien Marco Beasley livrera des chansons napolitaines, accompagné du luthiste Fabio Accurso, et de l’archiluthiste et guitariste Stefano Rocco. Pour la famille, le 3 avril, l’ensemble Fuoco e Cenere mêlera l’art de la buratinaio (marionnette) et la musique de Pergolesi.

Pompeii

Au Musée des beaux-arts de Montréal jusqu’au 5 septembre.