Le Belgo perd un autre espace

La Galerie Donald Browne aura vécu une dizaine d’années dans l’édifice du Belgo.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir La Galerie Donald Browne aura vécu une dizaine d’années dans l’édifice du Belgo.

L’année de l’art actuel québécois débute sur une mauvaise note : la Galerie Donald Browne fermera ses portes à la tombée de l’hiver, après deux dernières expositions. Établie dans l’édifice Belgo depuis dix ans, elle laissera dans le vide une des extrémités du 5e étage. C’est comme si une vague s’était déchaînée : la décision de Donald Browne suit celle de la galerie voisine, Les Territoires, disparue cet automne.

L’homme originaire de l’Alberta ne met pas la clé à la porte pour des raisons financières. Il assure ne pas être endetté et affirme même avoir fait « un peu d’argent » en 2015. « Je ferme avant de mal aller. J’ai 50 ans et j’aimerais un jour prendre une retraite convenable, comme tout le monde », dit-il.

Lancé en affaires en août 2006, Donald Browne s’est rapidement taillé une place comme l’un des meilleurs parmi ses collègues. Sa galerie, une des plus petites du Belgo en superficie, s’est démarquée en sortant presque de l’oubli des artistes chevronnées, les Raymonde April, Suzy Lake ou Sorel Cohen. Mais elle avait aussi défendu de plus jeunes loups, et louves, n’hésitant pas à s’associer avec des oeuvres difficiles, marquées soit par la violence des thèmes, soit par la radicalité des formes.

L’enseigne aura privilégié les pratiques de l’image en guise de signature forte entre le document et le commentaire politique, comme celles d’Emmanuelle Léonard ou d’Emanuel Licha. Mais elle aura aussi misé sur la sculpture (Jérôme Havre, Valérie Kolakis), la peinture (Christine Major, Paul Bureau) et le dessin, souvent démesuré (Jim Holyoak).

Portrait sombre

Amer, voire en colère, Donald Browne quitte le marché parce qu’il ne croit plus en lui. Il dresse même un portrait plutôt sombre du milieu. « Les collectionneurs ne s’intéressent à l’art que comme investissement, accuse-t-il. Mais l’art n’est pas un investissement. C’est quelque chose qui affirme notre identité, qui nous accompagne toute la vie. »

Ses meilleures recettes, il les a faites lors des foires. Les institutions auront été ses meilleurs clients. Il ne nommera personne, mais le galeriste confie que des collectionneurs montréalais de grande réputation n’ont jamais mis les pieds chez lui. Un jour, il a fait face à l’un deux, qui lui aura avoué ne jamais se préoccuper des démarches des artistes. Contre l’art en surface, comme chez ce riche homme d’affaires, Donald Browne dit ne pas pouvoir se battre.

« Ça ne vaut pas la peine de garder un espace si personne ne le visite. Le Belgo a beaucoup changé depuis le départ de René Blouin [en 2011] », dit celui qui pense, néanmoins, continuer à promouvoir le travail artistique. Il s’agira de trouver le modèle qui lui conviendra le mieux, entre l’agence d’artistes et la galerie virtuelle.

Christine Blais, directrice par intérim de l’Association des galeries d’art contemporain (AGAC), reconnaît que la décision de Donald Browne d’arrêter ses activités n’est pas une bonne nouvelle, « parce que c’est l’ensemble du milieu qui en ressent les contrecoups ».

Il est par contre faux de croire, estime-t-elle, que le Belgo, comme phare de l’art, soit en perte de vitesse. « Le Belgo demeure l’établissement contenant la plus grande concentration de galeries d’art privées, comptant huit membres de l’AGAC (sept à compter d’avril) », note Christine Blais. À ses yeux, la mise en place il y a quelques mois des Soirées Belgo (ouverture des portes jusqu’à 21 h) n’aurait été possible sans la bonne entente entre tous les locataires de l’édifice, galeries privées et centres d’artistes. « Le Belgo demeure très fréquenté par le public », assure-t-elle.

L’histoire de la Galerie Donald Browne prendra fin en mars avec une exposition de groupe, comme une sorte d’adieu à tous ses artistes. Le dernier solo, paradoxalement intitulé Group Show, met actuellement à l’honneur le travail en moulage de Louis Fortier. Les têtes si expressives, si grotesques et autonomes qui ont fait sa renommée se trouvent cette fois réunies dans une immense murale. Group Show est à l’affiche jusqu’au 20 février.

Cinq ans d’action au Belgo

2011: La Galerie René Blouin déménage à l’Arsenal.

2011: Ouverture de la Galerie Nicolas Robert.

2012: Ouverture de la Galerie Hugues Charbonneau.

2013: Fermeture de la galerie [sas].

2014: Le centre Optica déménage au Pôle de Gaspé.

2015: La Galerie Nicolas Robert déménage dans le Vieux-Montréal.

2015: Arrivée de la galerie Dominique Bouffard.

2015: L’Espace Robert Poulin déménage dans la Petite Italie.

2015: L’organisme Art souterrain déménage à l’Arsenal.

2015: Fermeture de la galerie Les Territoires.

L’art n’est pas un investissement. C’est quelque chose qui affirme notre identité, qui nous accompagne toute la vie.