Les lieux de diffusion se multiplient

Émilie Corriveau Collaboration spéciale
Il y a encore quelque temps, les boutiques spécialisées uniquement dans les métiers d’art québécois se comptaient sur les doigts d’une main; aujourd’hui, elles sont environ une douzaine à travers le Québec.
Photo: Source CMAQ Il y a encore quelque temps, les boutiques spécialisées uniquement dans les métiers d’art québécois se comptaient sur les doigts d’une main; aujourd’hui, elles sont environ une douzaine à travers le Québec.

Ce texte fait partie du cahier spécial Métiers d'art

Chargés non seulement de la conception et de la production de leurs oeuvres, mais également de leur commercialisation, au Québec, les artisans professionnels en métiers d’art ont longtemps dû se contenter d’un réseau de diffusion s’appuyant presque exclusivement sur des salons d’exposition. Au cours des quinze dernières années, toutefois, ce réseau s’est considérablement élargi et diversifié. État des lieux.

En 2015, on estime à près de 3500 le nombre d’artisans professionnels oeuvrant au Québec. Très variée, leur production est aujourd’hui majoritairement diffusée dans trois types de lieux, soit dans des boutiques spécialisées, dans des centres d’exposition et dans des salons.

« Les lieux de diffusion se sont vraiment multipliés au cours des dernières années », lance d’emblée M. Martin Thivierge, directeur général du Conseil des métiers d’art du Québec (CMAQ).

« Autrefois, en dehors des salons du temps des fêtes et des salons d’été, il était assez difficile de trouver des pièces d’artisans québécois à moins de se rendre directement à leur atelier, rappelle-t-il. Grâce aux boutiques qui ont vu le jour au cours des dernières années, le marché de la consommation courante est aujourd’hui beaucoup mieux couvert. De plus, la visibilité des artisans professionnels est maintenant très intéressante dans les musées et les galeries. »

Les boutiques

 

Alors qu’il n’y a pas si longtemps encore, les boutiques spécialisées uniquement dans les métiers d’art québécois se comptaient sur les doigts d’une main, aujourd’hui, elles sont environ une douzaine à travers le Québec.

D’après le directeur général du CMAQ, la valorisation grandissante de la consommation écoresponsable n’est pas étrangère à cet état de fait : « De plus en plus, les gens récupèrent et achètent local. Or, le produit d’artisanat québécois s’inscrit vraiment dans cette tendance. »

« Il faut dire aussi que des efforts considérables ont été faits pour stimuler la commercialisation des produits des métiers d’art, ajoute-t-il. Au début des années 2000, il n’y avait à peu près que la coopérative L’Empreinte, les boutiques du CMAQ et l’Art des artisans du Québec au Complexe Desjardins qui étaient vraiment spécialisés en la matière. Aujourd’hui, les boutiques sont plus nombreuses à ne mettre en vente que des produits et des oeuvres réalisés par des artisans québécois. »

Vitrines exceptionnelles de la vitalité artistique des créateurs de la province, ces boutiques sont souvent gérées et exploitées par des corporations régionales, des coopératives ou des associations de métiers d’art.

Parmi les plus importantes figurent Manu Factum, une boutique-galerie créée à Nicolet en 2008 par un groupe d’artisans professionnels désireux de prendre sa destinée en main, ainsi que l’Expérience métiers d’art (EMA) de Trois-Rivières, où l’on trouve des pièces originales en bois, céramique, cuir, métaux, textiles et verre. La boutique de la Corporation des métiers d’art en Estrie propose également une importante variété de produits d’art uniques.

Les galeries d’art et les musées

Du côté des galeries et des musées, les métiers d’art québécois sont aussi de mieux en mieux représentés. À Montréal, par exemple, bon nombre d’établissements proposent de façon régulière des expositions mettant en avant les oeuvres d’artisans professionnels québécois.

Comprenant une collection permanente de plus de 1000 spécimens, la Guilde canadienne des métiers d’art se veut certainement l’un des lieux d’exposition montréalais les plus importants, mais d’autres offrent aussi des propositions de haut calibre.

C’est notamment le cas de CREA, une galerie, (temporairement fermée), qui est entièrement dédiée à la mise en valeur et à la promotion des oeuvres de recherche et d’expression réalisées par les artistes en métiers d’art du Québec.

C’est aussi le cas du Musée des maîtres et artisans. Logé dans une magnifique église, il a pour vocation de diffuser et de faire connaître les arts anciens et les traditions artisanales, les métiers d’art et l’art contemporain.

« Le Musée du costume et du textile et la collection Liliane et David M. Stewart du Musée des beaux-arts de Montréal sont aussi très intéressants », note M. Thivierge.

Dans la région de Québec, les lieux d’exposition sont également de plus en plus nombreux et diversifiés. Parmi les plus importants, notons le Centre Materia. Ayant pour mission de diffuser et de promouvoir la recherche et la création dans le domaine des métiers d’art actuels, il veille à mettre en valeur le travail des plus grands créateurs du domaine ainsi que de ceux de la relève.

« Il y a aussi le Musée de l’Amérique francophone qui entame une collection, souligne M. Thivierge. Il propose d’ailleurs actuellement une exposition portant sur les métiers d’art du Québec depuis 1930. Elle s’appelle Mutations et elle a été développée en partenariat avec le Musée des maîtres et artisans. Le volet qui est présenté à Québec durera au moins trois ans. À Montréal, ça se terminera à la fin de janvier 2016. »

Ailleurs en province, les galeries et les musées qui proposent des expositions s’articulant autour des métiers d’art ne manquent pas non plus. « Le réseau des économusées, dont la mission est de mettre en valeur les artisans et leurs métiers, en est un bon exemple. On en trouve aujourd’hui dans plusieurs coins du Québec », indique le directeur général du CMAQ.

 

Les salons d’exposition

Tenus annuellement depuis déjà quelques décennies, les salons des métiers d’art de Montréal et de Québec restent encore les plateformes de diffusion les plus prisées des artisans de la province.

« Le salon Plein Art Québec en est un très important pour les artistes, mais le Salon des métiers d’art de Montréal est le seul qui détienne le titre de salon professionnel au Canada. C’est le cas parce que tous les produits qui y sont exposés sont évalués », précise M. Thivierge.

Bien que de moindre envergure, de plus en plus d’événements similaires tendent à voir le jour en région. C’est notamment le cas à Rimouski et à Sherbrooke, deux villes qui tiennent des salons très courus.

« Autrefois, les artisans professionnels ne participaient généralement qu’à deux grands événements, soutient le directeur général du CMAQ. Souvent, c’était aux salons de Montréal et Toronto. C’était important de vendre beaucoup, parce que c’était pas mal les seules occasions pour le faire ! Maintenant, ils ont plutôt tendance à participer à plusieurs petits salons régionaux en plus du grand salon de Montréal. »

Il faut savoir que pour les artisans québécois, de toutes les plateformes de diffusion, les salons s’avèrent souvent la meilleure vitrine pour vendre leurs oeuvres. « Les gens aiment rencontrer les artistes, conclut M. Thivierge. Ils sont plus portés à acheter une création lorsqu’ils connaissent la personne qui l’a conçue. Et puis, c’est avantageux pour les artisans aussi, parce que c’est une excellente occasion de faire une étude de marché ! »

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