Le réseau des écoles-ateliers: un modèle d’excellence

Claude Lafleur Collaboration spéciale
Le Conseil des métiers d’art du Québec soutient activement ses membres pour leur permettre de vivre dignement de leur art. Entre autres, il facilite la diffusion et la commercialisation de leurs œuvres.
Photo: Photos Pedro Ruiz Le Devoir Le Conseil des métiers d’art du Québec soutient activement ses membres pour leur permettre de vivre dignement de leur art. Entre autres, il facilite la diffusion et la commercialisation de leurs œuvres.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Il y a trente ans, le milieu des artisans québécois se dotait d’un réseau d’écoles-ateliers, un modèle qui n’existe nulle part ailleurs. Résultat, nous dit Martin Thivierge, directeur général du Conseil des métiers d’art du Québec (CMAQ), « les métiers d’art ont vraiment évolué. On observe une progression chez nos artisans en matière de créativité, et de plus en plus, on reconnaît leur travail parce qu’ils sont extrêmement créatifs. Et tout ça émane des écoles-ateliers ».

Notons que le Conseil des métiers d’art du Québec (CMAQ) joue lui aussi un rôle actif dans la reconnaissance de nos artisans. Il regroupe ainsi un millier d’entre eux, ébénistes, joailliers, créateurs textiles, luthiers, etc. « Ce qui distingue l’artisan, précise M. Thivierge, c’est qu’il maîtrise des techniques et a un savoir-faire particulier. Pour que quelqu’un devienne membre chez nous, il doit passer en évaluation… C’est dire qu’un membre du CMAQ est un artiste professionnel en métier d’art. »

Le Conseil soutient activement ses membres pour leur permettre de vivre dignement de leur art. Entre autres, il facilite la diffusion et la commercialisation de leurs oeuvres. L’une des particularités de la formation donnée à nos artisans est que celle-ci vise autant le développement de leur art et de leur créativité que de leur esprit d’entrepreneuriat, poursuit Martin Thivierge. C’est ainsi que les étudiants suivent une formation collégiale de base (littérature, philosophie, langues, etc.) tout en apprenant leur art dans des écoles-ateliers. Le Québec s’est par conséquent doté d’un réseau de 14 écoles-ateliers associées aux cégeps du Vieux-Montréal et de Limoilou.

 

Tel un phénix…

Martin Thivierge raconte que la mise en oeuvre de ce réseau remonte aux années 1980 et fait suite à la disparition dans les années 1970 des écoles de formation en métiers d’art telles que l’École du meuble et l’Institut des arts appliqués. « La création des cégeps et des polyvalentes a eu pour conséquence de faire disparaître la formation des artisans », relate le directeur général du Conseil des métiers d’art. Ce n’est qu’en 1984, à la suite de pressions du milieu, que les ministères des Affaires culturelles et de l’Éducation ont entrepris de créer une formation de niveau collégial pour artisans. Mais comme il s’était écoulé une bonne douzaine d’années sans formation, il y a eu une génération perdue, déplore Martin Thivierge. « En conséquence, on a très bien vu, à la fin des années 1970 et au début des années 1980, un certain essoufflement des salons des métiers d’art puisque la qualité n’était plus au rendez-vous », dit-il.

En 1984, donc, le gouvernement met en avant un Plan de formation nationale en métiers d’art en divisant le Québec en deux : le cégep de Limoilou donnerait la formation aux artisans de l’est du Québec alors que le cégep du Vieux-Montréal s’occuperait de ceux de l’ouest. Et c’est finalement en 1989 que le programme a débuté, de sorte que la première cohorte de finissants à obtenir un DEC en métiers d’art a été diplômée en 1992.

Particularités

Ce qui fait la particularité de ce programme collégial est que les artisans qui le suivent sont formés en tant que travailleurs autonomes et doivent par conséquent être en mesure de gérer leur propre petite entreprise. « Les étudiants suivent donc des cours de création, de conception et de produits ainsi que de techniques reliées à leur art, précise M. Thivierge, mais ils apprennent également à gérer leur petite entreprise (mise en marché, diffusion de leurs créations, etc.). Et pour qu’ils s’intègrent au milieu professionnel, on a aussi décidé que la formation des artisans serait donnée dans des écoles-ateliers par des maîtres artisans. »

L’autre particularité du système a été d’intégrer des ateliers privés existant déjà. C’est ainsi que ceux-ci ont été accrédités par le ministère de l’Éducation. Les étudiants se retrouvent donc dans de véritables milieux d’artisans — au lieu d’être dans des salles de classe —, avec des professionnels qui travaillent avec eux.

Il y a ainsi 14 écoles-ateliers, dont le Centre de céramique Poterie Bonsecours, ou encore le Centre design et impression textile, ou ceux des métiers du cuir, des métiers du verre, de joaillerie, d’ébénisterie, etc. Montréal compte huit écoles-ateliers alors qu’on en trouve six à Québec.

Martin Thivierge souligne en outre que ces écoles-ateliers sont une source d’émulation entre ceux et celles qui les fréquentent. « Lorsqu’on a de 60 à 90 étudiants, comme à l’École de joaillerie, en plus de 15 à 20 chargés de cours des artisans professionnels —, chacun apporte son bagage. Ces écoles sont de véritables pépinières de talents ainsi que des lieux de recherche. »

C’est ainsi que Martin Thivierge constate que, de façon générale, les jeunes artisans d’aujourd’hui sont mieux outillés que leurs prédécesseurs du fait qu’ils côtoient des professionnels en activité.

« Ce sont des artisans qui peuvent mieux vivre de leur art », observe-t-il. Il remarque également que les « moins de 30 ans réussissent bien en général parce qu’ils ont une vision plus futuriste que leurs professeurs ». Ainsi, ils sont sur les réseaux sociaux et, très souvent, ils se regroupent pour mettre en commun leurs locaux et leurs outils. C’est une tendance de la nouvelle génération des artisans, note M. Thivierge. « Ils ont une approche plus collective, dit-il, ce qui leur vient de leur formation […], du fait qu’ils ont été formés dans une collectivité. »