Musique à vol d’oiseaux au musée

L’installation immersive est la première canadienne de cet artiste français qui représente son pays à la Biennale de Venise 2015.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir L’installation immersive est la première canadienne de cet artiste français qui représente son pays à la Biennale de Venise 2015.

Imaginez un monde déserté par les humains, où des oiseaux vivants joueraient de la guitare électrique en voletant au milieu de la nature. C’est ce décor insolite que propose l’artiste français Céleste Boursier-Mougenot, avec From Here to Ear, volume 19, présenté au Carré d’art contemporain du Musée des beaux-arts de Montréal jusqu’au 27 mars. Céleste, c’est un prénom prédestiné pour cet artiste qui joue avec les oiseaux depuis la première version de From Here to Ear, présentée au PS1 du MOMA de New York, en 1998.

« Les oiseaux n’aiment pas tellement se tenir au ras du sol », explique-t-il. Ils cherchent donc à se percher, sur des cordes de guitare si c’est tout ce qui se trouve à leur disposition. D’où l’étrange musique qui se dégage de son installation, qui compte 10 guitares et 4 basses, fréquentées par 70 diamants mandarins, des pinsons à la robe et au bec colorés. « Ils sont cinq par guitare. »

Abordant le thème de l’évolution au sens large, l’oeuvre de Céleste Boursier-Mougenot soulève davantage de questions que de réponses. Ces oiseaux sont-ils conscients de déclencher de la musique en se posant sur les cordes de guitare ou en y aiguisant leur bec ?

« J’ai l’impression que non », dit l’artiste, sans pour autant pouvoir le prouver. Sont-ils dérangés ou charmés par la musique qu’ils déclenchent ?

Céleste Boursier-Mougenot l’ignore. Puisque, tout Céleste qu’il soit, il n’arrive pas à se loger dans la tête d’un oiseau. Reste qu’on a observé que des aigles soutenaient le bruit tonitruant d’un TGV voisin roulant à 300 kilomètres à l’heure et produisant 120 décibels, « au-dessus du seuil de la douleur », mentionne-t-il. Ces aigles profitaient même de la peur engendrée par ce tapage pour attraper des proies qui détalaient.

Les questions sont désarmantes. « Il faudrait faire une étude systématique sur au moins deux ans », dit-il. Ce qui n’est pas le but de son expérience. Car « la pièce n’existe pas de façon permanente ».

« Ce qui m’intéresse, c’est vraiment une réflexion sur l’évolution. Je pose des questions sur l’évolution, mais je n’ai pas les réponses. Je ne suis pas un théoricien. Mais j’ai la chance de pouvoir créer cette situation totalement inédite. »

L’artiste, qui allie la musique avec les arts visuels, avait déjà proposé des arbres déambulant à la Biennale de Venise, où il représentait la France. « Je m’intéresse au vivant », dit-il.

La musique provoquée par le passage des oiseaux n’est pas enregistrée. Impossible de savoir si, par exemple, les oiseaux cherchent à reproduire une séquence qu’ils ont déjà produite. Pourrait-on déclencher une nouvelle forme d’évolution en établissant une telle installation sur une base permanente ? Assisterait-on à une nouvelle forme de déterminisme ? Un monde sans humain pourrait-il produire de la musique ? « Ça serait une sorte de rêve de penser qu’ils pourraient évoluer à partir de cela», dit l’artiste.

Alliant l’art visuel à la musique expérimentale, Boursier-Mougenot propose un spectacle vivant. « C’est la beauté qui m’intéresse », dit-il.

Et beauté il y a ici, la beauté toute nue de la nature. Évoluant dans la forme parfaite du Carré d’art contemporain du musée, l’installation met en valeur le spectacle du vol de ces pinsons, originaires des steppes australiennes.

Mais ce que Boursier recherche, c’est une sorte d’équilibre entre le sonore et le visuel. Pour créer une sorte de beauté légèrement inquiétante que les oiseaux seuls ne pourraient pourtant pas incarner.

«Ce qui m’intéresse, c’est vraiment une réflexion sur l’évolution. Je pose des questions sur l’évolution, mais je n’ai pas les réponses. Je ne suis pas un théoricien. Mais j’ai la chance de pouvoir créer cette situation totalement inédite.»

Céleste Boursier-Mougenot

Photo: Florian Kleinefenn


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