Nouveaux horizons pour Les Territoires

Une oeuvre de Zoe Koke
Photo: Les Territoires Une oeuvre de Zoe Koke

Fin de cycle, samedi, au Belgo : la galerie Les Territoires ferme ses portes. Après sept ans d’activités, l’exposition en cours sera la dernière dans cet espace si singulier. La dernière, mais pas l’ultime. L’entité fondée et gérée par des artistes se donne quelques mois de réflexion pour mieux rebondir, ailleurs, autrement.

Se rendre aux Territoires, galerie située à l’une des extrémités du 5e étage du Belgo, équivalait à s’aventurer un peu plus dans l’inconnu. C’est qu’elle avait une mission honorable : diffuser les artistes dits émergents, soit ceux dont la pratique ne dépassait pas les cinq ans d’expérience. Il était plutôt commun de tomber, là, sur des nouveaux noms.

« Avec le sous-financement continuel, nous étions toujours dans une dynamique de chercher plus d’argent. La précarité, c’était une constante, confie Josée Pedneault, photographe et cofondatrice des Territoires. On s’est dit qu’avoir une galerie n’était peut-être pas le meilleur moyen de mener notre mission, celle d’aider les artistes émergents. »

Le centre Les Territoires est l’héritier de la défunte galerie privée Thérèse Dion art contemporain. À la mort de la galeriste, fin 2007, plusieurs de ses artistes, dont Josée Pedneault, Chih-Chien Wang et Jessica Auer, décident de lui rendre hommage en prenant sa relève — et l’espace qu’elle occupait au Belgo. La mission de défendre les gens en début de carrière était une préoccupation chez Thérèse Dion et c’est tout naturellement cette orientation que poursuit alors le nouveau groupe.

« Les artistes émergents sont les enfants pauvres de la culture, estime Josée Pedneault. Leur niche n’est pas la mieuxfinancée. Notre motivation était là, notre identité. Les Territoires est le seul centre dédié aux jeunes artistes. Changer la mission était hors de question. »

Malgré sa pertinence, le centre a constamment souffert de sa jeunesse. Celle qui assure la présidence de son conseil d’administration a constaté que les organismes plus vieux sont favorisés par les programmes d’aide publique. La demande croît, les fonds non, et les nouveaux venus arrivent en queue de peloton.

Sortir de la précarité

Sous-financé, appuyé au fonctionnement seulement par le Conseil des arts de Montréal, à hauteur de 12 000 $ par année, le projet des Territoires n’a pas entraîné ses administrateurs dans l’endettement. Josée Pedneault se fait rassurante : « On aurait pu continuer comme ça, mais toutes nos réunions tournaient autour de la recherche d’argent. On a voulu sortir de la précarité. »

Avec un loyer annuel oscillant autour des 20 000 $, quitter le Belgo apparaît dès lors comme un soulagement plutôt que comme une triste décision. Lancé dans une redéfinition de sa structure, l’organisme ne cherche pas à bannir la diffusion pour toujours. Il est possible, voire souhaitable, de développer du travail en collaboration, d’imaginer des interventions dans l’espace public. Pour Josée Pedneault, cependant, soutenir la relève artistique peut prendre d’autres avenues que celle de la mise en place d’expositions.

« Au début, on a voulu combler le manque d’espaces de diffusion pour les jeunes artistes. C’était une réalité à laquelle nous-mêmes avions fait face. Mais les besoins changent. Les courtes résidences de création sont peut-être plus marquantes aujourd’hui qu’une expo. L’idée de communauté est importante, l’idée de créer des liens entre les artistes, entre les générations », dit la professeure de l’Université Concordia, heureuse du programme de mentorat MAPPE, expérimenté depuis deux ans par Les Territoires. La dernière exposition, Forced Air : les ventilateurs, découle de ces exercices où un artiste établi prenait sous son aile trois artistes débutants.

Le centre n’est pas le premier à mettre en question son existence comme galerie. Dare-Dare pilote une roulotte depuis plus de dix ans et, plus récemment, le centre Verticale, à Laval, s’est mis à exploiter des lieux en marge des circuits habituels. Les modèles sont innombrables, selon Josée Pedneault. Elle qui a bénéficié de multiples résidences à l’étranger se souvient notamment du travail en itinérance proposé par un centre de Porto Rico. C’est après étude de toutes ces réalités que réapparaîtront un jour, quelque part, Les Territoires.

En attendant, ce sera le vide. Un vide réel : cet espace au bout du 5e étage du Belgo sera abandonné dans les prochains jours.

Forced Air: les ventilateurs

Les Territoires, 372, rue Sainte-Catherine Ouest, bureau 527, jusqu’au 24 octobre.

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