Un musée revisité

La rétrospective de l’artiste Geneviève Cadieux a été montée par le réputé commissaire Vincent Bonin.
Photo: Geneviève Cadieux La rétrospective de l’artiste Geneviève Cadieux a été montée par le réputé commissaire Vincent Bonin.

Ça y est. Le projet a été mené à bon port. Après plus de deux ans de travaux, le Musée d’art de Joliette (MAJ) a été officiellement rouvert le 2 octobre dernier en inaugurant une rétrospective de l’artiste Geneviève Cadieux, rétrospective montée par le réputé commissaire Vincent Bonin. Cette expo Cadieux était un projet amorcé par sa prédécesseure Gaëtane Verna (maintenant directrice du Power Plant, à Toronto), mais que la directrice actuelle du MAJ, Annie Gauthier, a poursuivi.

Dans cette rétrospective, non exhaustive — elle ne contient que 11 oeuvres — et non chronologique, le commissaire Vincent Bonin a voulu traiter de la tension entre figuration et abstraction dans l’oeuvre de Cadieux. Voilà un sujet qui méritait en effet absolument qu’on s’y attarde. Comme l’écrit Bonin, on a en effet plus souvent souligné comment Cadieux « a superposé métaphoriquement la pellicule, captant et restituant les impulsions lumineuses, à la peau comme membrane douée de mémoire ». Dans cette tension entre abstraction et figuration dans l’oeuvre de Cadieux, nous pourrions voir l’expression de la limite entre ce qui est représentable (et de l’ordre du visible) et ce qui est irreprésentable (ce qui dépasse la figuration et le domaine de l’oeil).

Cette frontière sur laquelle l’oeuvre de Cadieux s’est construite nous parle aussi d’un va-et-vient entre un désir de transcendance par rapport au corps et la nécessité de l’incarnation du désir en un objet bien matériel. Il est donc encore question de ce corps dont nous sommes à la fois le prisonnier, le gardien, le jouisseur… Il faut aller lire le texte de Vincent Bonin disponible sur Internet ou au MAJ et qui permettra de mieux comprendre la création de Cadieux.

Et cette ouverture du MAJ dévoile d’autres expos et oeuvres.

En visitant ce « nouveau » musée, vous pourrez voir une vidéo interactive d’Andrée-Anne Roussel, intitulée La femme dans la chambre, ainsi que des murales du collectif En masse pour les masses. Cette institution revisitée est maintenant couronnée par une oeuvre de Claudie Gagnon intitulée Collections, le temps suspendu. Cette installation, visible de l’extérieur, composée de petits objets du quotidien en verre, mais qui de loin ont des allures de cristal, a été réalisée dans le cadre de la politique d’intégration des arts à l’architecture.

Mise à niveau

Et puis le musée s’est fait un nouveau visage avec, entre autres, une nouvelle façade. Mais surtout, il a été mis à niveau par rapport aux normes muséologiques actuelles, avec entre autres un monte-charge qui manquait cruellement, avec des espaces éducatifs imposants et avec plus d’espace pour les réserves au sous-sol, en lieu et place d’une salle d’exposition. La surface d’exposition n’a certes pas été augmentée, ce qui pourra sembler embêtant, car la collection du musée contient 8000 pièces.

C’est peut-être le seul bémol dans ce projet, puisque malheureusement la subvention donnée par le gouvernement du Québec ne permettait pas vraiment de réaliser un agrandissement des espaces destinés aux expositions. Si on ajoute à cela une mise en scène des oeuvres plutôt épurée, le visiteur aura la — fausse ? — sensation que l’ancien Musée d’art de Joliette, pourtant plus petit, proposait un parcours plus dense, avec plus d’oeuvres…

Collection permanente

Pour pouvoir montrer plus de pièces de ses réserves, la directrice a pensé à changer très régulièrement la présentation des oeuvres dans les sections réservées aux collections permanentes, répondant ainsi aux souhaits des gens de la région, dont plusieurs donateurs… Il faut dire que l’exposition permanente n’avait pas été changée depuis 13 ans ! Tout de même, notons qu’au rez-de-chaussée, la première salle destinée aux expositions temporaires offre une aire ouverte plus facilement aménageable, un mur ayant été retiré. Et puis, il y a une terrasse qui recevra l’été prochain un écran vidéo permettant le visionnement d’oeuvres, une agora extérieure pour des événements, un espace pour des projets spéciaux…

Le MAJ a aussi entrepris une réforme interne qui comprend, entre autres, une nouvelle politique pour les acquisitions. La directrice Annie Gauthier a voulu encore plus « développer un dialogue avec les gens de la région ». Un exemple : en réaction aux réticences du public de la région à certaines oeuvres d’art très contemporaines, Madame Gauthier a mis en place un système d’ambassadeurs locaux qui, après avoir reçu une courte formation sur l’art présenté au musée, se font un devoir d’expliquer des oeuvres aux visiteurs de la région… Un musée revisité.

Voilà le meilleur portrait que, plus tard, j’ai réussi à faire de lui. Passages vers l’abstraction

Rétrospective Geneviève Cadieux, commissaire : Vincent Bonin et «La Femme dans la chambre», Andrée-Anne Roussel, commissaire : Marie-Claude Landry, jusqu’au 3 janvier au Musée d’art de Joliette.