Virage pour l’événement Orange

L’installation de Massimo Guerrera fait l’événement («Avec tous ceux et celles qui nous habitent», 2015).
Photo: Corine Lemieux L’installation de Massimo Guerrera fait l’événement («Avec tous ceux et celles qui nous habitent», 2015).

Orange, l’événement créé à Saint-Hyacinthe dans l’optique d’explorer les liens féconds entre l’agroalimentaire et l’art actuel, prend un virage inattendu pour sa 5e édition. En cette journée d’ouverture officielle soulignée par des performances, la triennale s’inscrit certes dans une continuité, disons, naturelle avec le passé. Il en va de même à Expression avec l’installation d’envergure de Massimo Guerrera, lui qui était de la première édition en 2003. Pour le reste de l’exposition, logée en deux endroits sur la rue principale, il en est cependant autrement.

Un premier constat positif s’impose toutefois à la vue des espaces loués et de la présentation des oeuvres, lesquels sont propres et soignés, alors que c’était la faiblesse de la précédente édition. La courtoisie irréprochable du personnel à l’accueil concourt aussi à donner les meilleures conditions à la visite. Le dépaysement se produit par la suite à la découverte des oeuvres, dont la plupart relèvent d’un circuit étranger à Orange et à l’art actuel en général. Tant par son contenu que par sa conception graphique, notable pour sa qualité, la publication Les mangeurs, d’Orange 2012, qui sera lancée aujourd’hui, est un autre indicateur en ce sens.

Le changement de ton de la présente édition s’opère visiblement à partir de la proposition de la commissaire Céline Mayrand, qui a mis l’accent sur le « besoin viscéral de créer » des artistes, aussi vital que la faim pour survivre. Les relations à l’alimentaire et à l’agriculture s’en trouvent ainsi réduites à cette dimension, liquidant de ce fait les questions politiques, sociales et artistiques autrefois abordées avec acuité par l’événement. L’envie existentielle de créer repose ici sur une déclaration de foi qui a pour effet d’exclure tout autre critère d’appréciation.

Des oeuvres font exception, dont celle de Cynthia Dinan-Mitchell. L’artiste de Québec revisite l’art de la table, en clin d’oeil à la gourou Martha Stewart, avec une installation composée de tapisserie et de céramiques qui justement exploite avec brio les distinctions de catégories, entre l’ornementation et l’art autonome, l’humain et le non-humain.

Massimo Guerrera

 

À elle seule, l’installation d’envergure de Massimo Guerrera à Expression fait pour ainsi dire l’événement. Elle occupe tout le vaste espace d’exposition avec les composantes multiples qui font les univers expérimentaux et hautement permutables que l’artiste consacre à des interventions diverses et collaboratives. La présente occupation ne fera pas exception à la règle instituée par l’artiste, qui veut faire de ses installations des interfaces de rencontre et de création. Il habitera l’espace avec des complices à différentes reprises, afin d’y poursuivre, comme le laissent entendre certains vestiges et accessoires, de la médiation, le partage du thé ou du dessin.

Macèrent d’ailleurs dans leur jus plusieurs betteraves en morceaux dont le pigment colore déjà quelques surfaces par des giclures. Cet aliment est prédominant, et tranche avec la blancheur de l’ensemble en grande partie campée par des tissus, des nappes et des bâches qu’un écriteau nous révèle avoir été légués par la mère de l’artiste. Suspendus, pliés ou encollés, ces tissus s’avèrent une composante plus franchement affirmée dans le vocabulaire de Guerrera.

Les sculptures, réparties çà et là, répètent vaguement une forme d’aileron dressé dont les patines aux effets variés évoquent d’insolites fossiles. Alors que ces objets semblent générés par la rencontre de deux corps, les dessins font voir des écritures inventées ou des lavis issus de gestes spontanés dans lesquels se devinent des formes d’os iliaque.

Toujours en gestation, cette production suscite l’intérêt en se faisant le contexte d’émergence d’un geste audacieux, encore en recherche de résolution, comme dans ce qui pourrait être ce « jaune Sainte-Émélie-de-l’Énergie », étalé généreusement en aplat sur les surfaces de plusieurs toiles.

Performances

 

Outre la programmation dans Kamouraska, dont il n’est pas question ici, il faut également mentionner dans cette édition les performances qui feront aujourd’hui l’inauguration de l’événement. Piloté par Sylvie Tourangeau, ce volet présente les artistes Céline Boucher, Éric Ladouceur, Arkadi Lavoie-Lachappelle et Victoria Stanton, qui sont depuis le 7 septembre en résidence de création à Saint-Hyacinthe. Partiellement en secret, des rencontres ont eu lieu avec les résidants, des kilomètres ont été foulés à pied et de curieuses interventions ont été faites dans un parc en préparation de cette journée où les artistes seront en action devant le public.


Le coup d’envoi est donné samedi à 14 h. Le trajet de Montréal est offert gratuitement en autobus. Départ à 12 h 45 de la rue Berri, près de Maisonneuve.

Les viscéraux

Une esthétique de l’appétence.
Dans le cadre d’Orange, 495, avenue Saint-Simon, 1767 et 1775, rue des Cascades, à Saint-Hyacinthe jusqu’au 25 octobre.

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