Musées - Cool, il fait -50 °C !

L'hiver n'est pas nécessairement un mauvais temps pour les musées. En tout cas, pas pour Pointe-à-Callière qui inaugure aujourd'hui son deuxième «Samedi sous zéro». Selon cette mécanique originale, le Musée d'histoire et d'archéologie de Montréal offre une réduction sur ses droits d'entrée proportionnelle à la température extérieure le matin, à 10h précises. En clair, plus il fait froid, moins vous payez!

Par exemple, si le mercure marque -25 °C, la réduction sera de 25 % pour visiter l'expo Rêves et réalités au canal de Lachine, sur les prolos du siècle dernier de ce coin de la ville. Théoriquement, rendu à -100 °C, l'entrée sera gratuite... Et vive les froids arctiques!

Le Musée d'art contemporain de Montréal (MACM), lui, consacre son hiver à deux artistes montréalaises, sinon engagées, du moins fascinées par les questions sociopolitiques. Cela commence avec une grande expo-bilan consacrée à la non moins grande Dominique Blain, qui fait de l'histoire sociale et des rapports de pouvoir le sujet principal de sa pratique. Cependant, la minirétrospective, inaugurée dans quelques semaines, le 6 février, ne couvrira pas tout le parcours de cette artiste. Elle se concentrera sur les oeuvres créées dans les années 1990 jusqu'à tout récemment.

En même temps, l'établissement de la rue Sainte-Catherine propose un autre bilan muséologique à une autre Montréalaise, la peintre Kamila Wozniakowska. Son art évoque la grande tradition de la gravure satirique et politique. Sa peinture, aussi séduisante que déstabilisante, propose des allégories contemporaines autour des relations humaines et encore une fois du pouvoir.

Il sera intéressant de situer la production de ces deux artistes dans la longue perspective ouverte par L'École des femmes, présentant une cinquantaine d'artistes canadiennes, au Musée d'art de Joliette, jusqu'à la fin de février. De même, Village global: les années 60 se poursuit jusqu'en mars, au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM). Entre temps, au début du prochain mois, l'établissement recevra Tanagra, le petit peuple d'argile, sur les statuettes de terre cuite découvertes depuis les années 1870 dans les tombes hellénistiques de Tanagra, au centre-est de la Grèce. En mai, le MBAM proposera une expo consacrée à Cocteau, Jean Cocteau: créateur universel, un travail organisé en collaboration avec le Centre Pompidou de Paris. L'expo reflétera le foisonnement créateur de cet agitateur d'idées qui a déployé une activité féconde dans une multitude de disciplines comme dans sa vie personnelle.

L'autre musée des beaux-arts, celui de Québec, lance dans quelques jours (le 29 janvier) De Millet à Matisse, autour de toiles françaises des deux derniers siècles, tirées de la Kelvingrove Art Gallery de Glascow. L'expo rassemble notamment des oeuvres de Millet, Pissaro, Monet, Renoir, Seurat, Gauguin et Picasso, des oeuvres du siècle d'or de l'Hexagone (1850-1950) quoi, qui attirent immanquablement les foules.

À côté, le Musée de la civilisation s'intéresse aux ancêtres des Français avec Astérix et les Romains, présentée jusqu'en janvier... 2005. L'expo exceptionnelle Gratia Dei, sur les chemins du Moyen Âge se poursuit jusqu'en mars. Et dès la semaine prochaine, quelques salles accueilleront la première expo consacrée au cinéaste Gilles Carle, qui a décrit avec tendresse, audace et humour la société québécoise.

Il ne faut pas non plus négliger Sortis du cadre: price rossi sterling + matta-clark, au Centre canadien d'architecture. Ce projet unique et original, inauguré cet automne, fait entrer en dialogue les réflexions de quatre figures marquantes des années 1970 à partir des fonds d'archives acquis depuis peu par le musée de la rue Bates, à Montréal. L'expo, inaugurée fin octobre, se poursuit jusqu'en septembre.

Avant de se lancer dans son mégatravail sur la Nouvelle-France, le Musée canadien des civilisations (MCC), à Gatineau, rendra hommage à Maurice Richard (Maurice "Rocket" Richard: une légende, un héritage). L'expo, inaugurée début avril, présentera des artefacts datant de 1940 à 1960, dont plusieurs de la collection du musée, l'ensemble étant situé dans le contexte sociohistorique canadien de cette période, alors que le Québec tentait de redéfinir ses rapports avec le reste du pays. «Plusieurs estiment que ce héros sportif canadien a agi comme source d'inspiration et a stimulé un processus de redéfinition de l'identité canadienne», notent les documents de l'établissement en parlant de cette époque où les joueurs jouaient «avec pas de casque» et que les -40 °C ne faisaient sourciller personne, pas même les sections de marketing des musées...