Travaux de groupe

Marie-Ève Charron Collaboration spéciale
L’exposition de l’artiste français André Fortino découle de sa rencontre avec la danse (Hôtel-Dieu, 2009, image tirée de la vidéo).
Photo: Capture d’écran L’exposition de l’artiste français André Fortino découle de sa rencontre avec la danse (Hôtel-Dieu, 2009, image tirée de la vidéo).

Centres d’artistes et galeries feront la rentrée sous le sceau du Mois de la photo à Montréal (voir encadré). En dehors de cet événement, l’offre va dans plusieurs directions et regorge de propositions alléchantes. Notables cet automne, parmi cette pléthore, sont les expositions qui éprouvent les catégories et multiplient les zones d’ouverture entre les disciplines artistiques par des projets de groupes et des collaborations.

L’exposition de l’artiste français André Fortino à la Fonderie Darling (24 septembre-29 novembre), en primeur américaine, découle de sa rencontre avec la danse. Il présente son triptyque vidéo, Hôtel formes sauvages (2009-2015), dans lequel il a impliqué la chorégraphe Katharina Christl. L’improvisation initiale de l’artiste avec des objets et son entourage a donné lieu à l’écriture d’une partition, le poussant à modifier son rôle dans l’action.

Le non-danseur se produira d’ailleurs en personne le 1er octobre, quelques jours avant la tenue de Viva Art Action ! (7 au 10 octobre), le festival consacré à la performance de tout acabit. Y participe entre autres le centre Skol qui, en novembre, présentera les photos et les vidéos d’Olivia McGilchrist, réalisées avec l’actrice, poétesse et dramaturge Jean Small. Dans cette collaboration fondée sur le corps et les gestes, elles partagent des origines jamaïcaines et abordent l’altérité dans une visée postcoloniale.

Technologies de contrôle

Eastern Bloc, le centre consacré aux nouveaux médias et aux arts interdisciplinaires, amorce en septembre le projet BPLTC, un cycle d’expositions de groupe sur les biopolitiques. Les volets pointent trois sortes de contrôle, « cellulaire », « identitaire » et « alimentaire », très évocatrices des nouvelles formes de pouvoir sur le vivant, que les technologies numériques et de l’information favorisent, mais que les artistes examinent dans des oeuvres offrant des pistes de résistance. Dans une veine connexe, l’installation médiatique du duo Bambitchell chez Articule en octobre se penchera sur la langue comme critère de sélection de l’immigration au Canada, un mécanisme présenté comme pouvant, au nom de l’ordre social, confiner les citoyens au silence.

La langue apparaîtra à travers la lecture dans une exposition collective imaginée par Katrie Chagnon, nouvellement en poste à la Galerie Leonard Bina Ellen dans le rôle de conservatrice de recherche Max Stern. Stimulée par une réflexion sur l’impact des nouveaux supports numériques sur nos habitudes de lecture, Exercices de lecture mettra en relation des oeuvres récentes, entres autres d’Ève K. Tremblay, de Gary Hill et de Simon Bertrand, qui reconsidèrent l’acte de lire dans ses plus diverses implications et facettes. Lié au monde livresque, l’artiste, auteur et illustrateur Clément de Gaulejac sera quant à lui, au centre Vox dès septembre, le maître d’oeuvre de la nouvelle exposition jeunesse, Les naufrageurs. Autour d’une légende inspirée du récit biblique de la tour de Babel, l’installation remettra en question avec humour le langage et ses fonctions.

La galerie Battat Contemporary ouvre la saison avec les oeuvres de Marie-Michèle Deschamps, de Julie Favreau, de Sophie Jodoin et de Beth Stuart, proposant ainsi une audacieuse rencontre entre des univers complexes qui ont en commun d’ébranler la rigidité des langages. La proposition semble vouloir jouer à la limite des mots et des savoirs, les oeuvres prenant du texte comme matière et faisant de figures féminines historiques des personnages d’une fiction en cours d’écriture.

Belgo

Au Belgo, les galeristes Roger Bellemare et Christian Lambert ont lancé leur nouvelle programmation samedi dernier avec une exposition de leur cru, Vos papiers, en puisant dans les trésors de leur collection. Le panorama est vaste, de 1942 à 2012, d’oeuvres sur papier, support que l’Association des galeries d’art contemporain (AGAC) a par ailleurs largement contribué à valoriser avec sa foire Papier. Dans la foulée de son repositionnement de l’année dernière, le centre Circa poursuit de son côté une réflexion sur l’espace dans l’espoir de véritablement sortir des limites de la sculpture, discipline à laquelle il a traditionnellement été associé. Dans Espaces en dialogue, la directrice Geneviève Goyer-Ouimette convie une dizaine d’artistes à mi-carrière et de disciplines différentes pour qui l’espace est fait de fiction, de quotidienneté, d’architecture et de temporalités.

Circa fait partie du Comité Belgo (avec quatre autres centres d’artistes) déterminé à réaffirmer l’importance de ce pôle culturel dans la ville. Pour souligner leur présence, le 24 septembre, avec la participation de certaines galeries, leurs portes seront ouvertes jusqu’à 22 h et, le reste du temps, le jeudi jusqu’à 20 h.

20 ans de la Coopérative Méduse

À Québec, l’automne sera marqué par les 20 ans de la Coopérative Méduse. Pionnier dans le genre, le complexe abritant dix organismes à vocation artistique sera en fête du 11 au 13 septembre. La rue Saint-Vallier Est sera piétonnisée et transformée en aire de pique-nique grâce à l’intervention de Mathieu Fecteau avec sa machine Québecrêpes, capable d’étendre la pâte jusqu’à près de 5 mètres. Il y aura de l’animation pour tous les publics et des projections sur le parvis de l’église Saint-Roch, mais surtout une programmation de choix dans tous les centres, dont à l’Oeil de Poisson qui a donné carte blanche à Samuel Roy-Bois. Avec une imposante structure architecturale abritant 160 oeuvres d’artistes différents, il compte traduire l’esprit communautaire et participatif des centres d’artistes.

Mois de la photo à Montréal

La 14e édition du Mois de la photo à Montréal (MDP) se tiendra dans 16 lieux de la ville avec le travail de 29 artistes du Canada et de l’étranger. Son commissaire, le Catalan Joan Fontcuberta, a dressé une programmation aux préoccupations très actuelles nommée La condition post-photographique. Elle s’intéresse à la façon dont nos rapports aux images sont modifiés, alors qu’elles pullulent plus que jamais à la faveur d’Internet, des réseaux sociaux et des téléphones dits intelligents. Du 10 septembre au 11 octobre.

En marge du MDP, des galeries offrent une programmation de photos plus traditionnelles en revisitant des corpus parfois historiques, comme chez Simon Blais, dans une exposition collective de Michel Campeau, de Bertrand Carrière et de Serge Clément, et chez Nicolas Robert, avec du travail des années 1970 de Christian Knudsen.


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