Orange viscérale à Saint-Hyacinthe

Daikichi Amano, 2012, impression à jet d'encre (détail)
Photo: Daikichi Amano Daikichi Amano, 2012, impression à jet d'encre (détail)

Après la conscience (politique), l’essence : la 5e édition d’Orange, « l’événement d’art actuel de Saint-Hyacinthe », traitera d’un thème vital, voire viscéral, celui de la faim et de la nécessité de se nourrir. Dévoilée mercredi, trois semaines avant l’inauguration de cette triennale liant art et agroalimentaire, la programmation porte le joli titre de Les viscéraux — Une esthétique de l’appétence.

Grande nouveauté : Saint-Hyacinthe ne sera plus la seule hôtesse. La région de Kamouraska accueillera une partie des 28 artistes invités.

« Après plusieurs éditions d’Orange, on a constaté que les propositions devenaient un peu redondantes, commente Céline Mayrand, une des deux commissaires de cette année. La conscience sociale, les OGM… Ça revenait trop souvent. Il y avait pourtant une dominance, et c’est ce qu’on a voulu faire ressortir : les artistes qui font de leur vie une oeuvre d’art. »

De là, l’idée d’associer la bouffe et la vie, de pointer « cette pulsion première et viscérale qui donne à la vie un pouvoir sur la mort ». « On montre l’art, explique encore Céline Mayrand, comme une nourriture essentielle, culturelle, intellectuelle ».

Un bon panorama

Malgré sa niche alimentaire, Orange donnera une nouvelle fois un bon panorama de l’art actuel. Les artistes sélectionnés font dans la diversité : photographie, peinture, installation et un volet de performances, plus affirmé que jamais, et dirigé par l’autre commissaire, Sylvie Tourangeau. Céline Mayrand, elle, pilote le dossier « expositions ».

La bouffe, comme sujet, sera présente surtout de manière métaphorique. La peintre Lyzane Potvin proposera un travail autour de la figure du tueur en série, personnage « presque cannibale », selon la commissaire, alors que Véronique Doucet fera de la pomme « le symbole d’une illusion, entre le péché originel et l’industrie bio ».

Céline Mayrand a invité une petite délégation du Japon (trois artistes), « un pays toujours viscéral, avec ses traditions du butô, du hara-kiri ».

À Saint-Hyacinthe, l’exposition sera répartie en trois pavillons, dont celui à Expression, le centre à l’origine de la triennale fondée en 2003. Massimo Guerrera, figure clé de l’art relationnel, y sera seul avec une installation immersive et évolutive. On y annonce notamment un repas que l’artiste partagera dans la tradition de son installation fétiche Darboral.

À Kamouraska, trois lieux sont (déjà) à visiter. Les artistes envoyés là-bas flirtent avec l’art brut. C’est à la demande du centre Vrille art actuel, de La Pocatière, qu’Orange fait ce voyage.

Plusieurs actions sinon se dérouleront à même les rues, sous la forme d’infiltrations urbaines. Marie Brassard, femme de théâtre, a été invitée notamment à réanimer une performance de Joseph Beuys, Comment expliquer les tableaux à un lièvre mort.

Les viscéraux… d’Orange prennent place du 12 septembre au 25 octobre — jusqu’en décembre dans Kamouraska.