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Les images de l’artiste Caroline Mauxion sont comme des mises en abîme, des sortes de poupées russes.
Photo: Paul Bradley Les images de l’artiste Caroline Mauxion sont comme des mises en abîme, des sortes de poupées russes.

Cette jeune artiste, originaire de France, étudiante à la maîtrise en arts visuels et médiatiques à l’UQAM, a reçu en juin dernier le prix Sylvie-et-Simon-Blais pour la relève en arts visuels. Caroline Mauxion a donc eu droit, entre autres choses, à ce solo qui se déroule tout le mois d’août à la Galerie Simon Blais. Les choses vont plutôt bien pour elle, puisqu’en février 2016, elle aura aussi une expo à la Galerie de l’UQAM.

Mais quelle est la nature du travail de cette jeune artiste remarquée ?

Certes, au premier coup d’oeil, le visiteur pourra croire que sa plus récente production met en scène un art de l’illusion et du trompe-l’oeil. Un exemple : sa série intitulée Indice. Ce qui, pour certains, semblera n’être que de simples feuilles de papier qui se décollent du mur est en fait les photographies de ces mêmes feuilles. Il faut dire que Caroline Mauxion a réalisé ses photos illusionnistes sur place et que le mur qu’on voit dans ses images est bel et bien le mur de la Galerie Simon Blais. La lumière qui frappe la surface des photos venait et vient donc encore de cette fenêtre, qui est juste à gauche dans la salle… C’est à se demander s’il ne faudrait pas acheter et la photo, et le mur, et la fenêtre, et la salle, et la galerie, et la lumière du soleil qui y pénètre durant la journée, et même le soleil qui produit cette lumière, pour vraiment avoir cette oeuvre in situ dans son entièreté, dans sa totale vérité… Il faudra demander à Simon Blais s’il ne nous fait pas un prix spécial pour le tout !

Mises en abîme

Cependant, s’il ne se résumait qu’à cela, qu’à un jeu de trompe-l’oeil intelligemment orchestré, savamment installé, le travail de Mauxion ne serait pas si marquant. Les images de cette artiste sont en fait comme des mises en abîme, des sortes de poupées russes qui ne font pas que nous faire croire qu’elles sont bel et bien dans l’espace qui les entoure. Elles cachent autre chose. Depuis deux expositions, Mauxion réutilise les photographies de ses expos précédentes, qu’elle reprend en photo. S’il scrute ces images, le spectateur aura comme indices de cela quelques traces du passage du temps. Ainsi dans ses photos, vous verrez des traces et de doigts, et de cassures, et de gondolements… Presque rien, en fait, mais comme le titre de ses deux précédentes expos l’indiquait, « peu n’est pas rien ». Les images de Mauxion insistent donc beaucoup sur la nature matérielle de la photo, sur l’épaisseur du papier photographique, mince pellicule, mince support souvent fragile. Mais Mauxion traite aussi de la leçon que les images sur ordinateur nous ont apprise. Nous savons bien que nous n’avons plus besoin d’imprimer nos photos et qu’elles sont devenues quasiment immatérielles… Nous savons bien comment une image est donc aussi et surtout un jeu de lumières et de couleurs presque détaché du support papier ou du support de l’écran d’ordinateur. Voilà pourquoi dans plusieurs images de Mauxion, vous ne verrez les anciennes images qu’elle réutilise que par le reflet, le rayonnement des couleurs de celles-ci sur le mur… Ici, l’image photo est presque comme un fantôme coloré…

Ainsi donc, dans les images de Mauxion, le trompe-l’oeil cache bien des choses. Chez elle, l’illusion est bel et bien un leurre qui dissimule toute une réflexion sur la nature de l’image.

Avec cette série dont elle avait exposé auparavant deux autres versions en 2014 à la Galerie Les Territoires et à la Parisian Laundry (dans le cadre de l’événement Collision 11), Caroline Mauxion semble avoir trouvé une voie de recherche prometteuse. À suivre.

L’ombre au tableau. Déplacement #3

De Caroline Mauxion, à la Galerie Simon Blais jusqu’au 29 août