Une brève histoire de l’art

Image tirée de la vidéo «Drama Queens» (2007) de Michael Elmgreen et Ingar Dragset
Photo: MBAC/Avec l’aimable autorisation de la Galerie Perrotin et des artistes Image tirée de la vidéo «Drama Queens» (2007) de Michael Elmgreen et Ingar Dragset

Le Museum of Contemporary Canadian Art (MOCCA) de Toronto déménage. Après dix ans, il quitte ses locaux de Queen Street West. Au printemps 2017, il rouvrira dans un espace deux fois plus grandsitué au nord-ouest de la ville, au 158, Sterling Road dans le Tower Automotive Building. Non sans un dernier coup d’éclat.

Pour clore les activités de son musée cet été, le directeur, David Liss, ne voulait pas programmer d’expositions nostalgiques. Liss, que nous connaissons bien au Québec puisqu’il fut directeur de la galerie du Centre Saidye Bronfman à Montréal, entre 1995 et 2000, a donc invité l’artiste Dean Baldwin, reconnu pour ses oeuvres festives impliquant le public, souvent grâce à des repas et cocktails dégustés en discutant…

Pour cette finale du MOCCArue Queen, cet artiste a décidé de remontrer son Bateau ivre (2011), pièce commandée par le Musée d’art contemporain de Montréal pour la défunte Triennale québécoise. Il expose aussi Chalet (2012/2014/2015), une cabine de bois nomade qui avait été présentée au MASS MoCA, à North Adams au Massachusetts, dans le cadre de Oh, Canada, expo qui, en 2013, réunissait les oeuvres d’une soixante d’artistes du pays. Et puis, Baldwin a installé devant le MOCCA une nouvelle pièce, une sorte de monument-hommage à cette institution, fontaine précaire constituée de matériaux trouvés, dont des morceaux de bois, oeuvre qui nous rappelle que tout meurt un jour. Le tout a des allures d’une minirétrospective.

Pour animer ses installations, Baldwin a aussi décidé d’inviter Basil AlZeri, Diane Borsato, Maryse Larivière, Walter Scott, Henri Fabergé et quelques autres à venir faire des interventions et performances. Dans ces assemblages d’objets, d’oeuvres et d’artistes, Baldwin nous montre la vie comme un ensemble de rencontres, de fêtes, d’échanges, comme un voyage vers l’inconnu.

L’art comme attitude

David Liss a aussi décidé de montrer Drama Queens, une oeuvre vidéo majeure d’Elmgreen et Dragset, duo d’artistes respectivement d’origine danoise et norvégienne, mais vivant maintenant à Berlin. Ces deux artistes avaient réalisé une oeuvre très critique envers les collectionneurs et le marché de l’art contemporain lors de la Biennale de Venise, en 2009. En 2007, avec la participation du metteur en scène britannique Tim Etchells, ils avaient monté une pièce de théâtre pour Sculpture Projects Münster, exposition de sculptures qui a lieu tous les dix ans.

Cette pièce, ici montrée en vidéo, met en scène sept sculptures importantes et archétypales du XXe siècle qui se déplacent en « parlant » grâce à des voix, sur des haut-parleurs, incarnant chacune de ces oeuvres. Nous pouvons y retrouver Homme qui marche d’Alberto Giacometti (1947), Berger des nuages de Jean Arp (1953), Elegy III de Barbara Hepworth (1966), Four Cubes de Sol LeWitt (1971), Sans titre (Granite) d’Ulrich Rückriem (1984), Rabbit de Jeff Koons (1986) et Brillo Box d’Andy Warhol (1964), qui fait un guest appearance à la fin de la pièce.

À l’exception de la boîte à savon Brillo, qui est muette, les six autres sculptures discutent entre elles des liens entre l’art et le public, de la commercialisation de l’oeuvre d’art… Cette oeuvre vidéo oppose entre autres le côté méditatif et intellectuel de l’art moderne, incarné par exemple par l’Homme qui marche de Giacometti, et le côté spectacle de l’art actuel représenté par le lapin miroir de Koons.

À ce dernier, Elmgreen et Dragset font jouer un rôle absolument insupportable. Hyperactif, aimant la musique disco remixée, tonitruant ses propos, réclamant d’une voix nasillarde « son banquier, son galeriste, son gestionnaire d’investissement, son parrain pour son groupe des Alcooliques anonymes, son éditeur de livre d’art et son agent »… Cette vidéo fera aussi réfléchir à bien d’autres enjeux de l’art moderne et contemporain. La sculpture Elegy III, qui parle avec une voix de femme, fera remarquer aux autres sculptures qu’elle est la seule de son sexe dans ce groupe… La sculpture serait-elle affaire de « gars » ? Une oeuvre absolument brillante.

Drama Queens

D’Elmgreen et Dragset

Queen West Yacht Club

De Dean Baldwin



À voir en vidéo