Le mariage de la Manif d’art et du MNBAQ veut donner plus de visibilité à l’art actuel

Un nouveau pavillon du Musée national des beaux-arts du Québec, toujours en construction, accueillera l’exposition dite centrale de la prochaine édition de la Manif d’art.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Un nouveau pavillon du Musée national des beaux-arts du Québec, toujours en construction, accueillera l’exposition dite centrale de la prochaine édition de la Manif d’art.

La Manif d’art – La Biennale de Québec et le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) annonçaient leur mariage au début du mois de juin. Un mariage de raison fort heureux, selon les observateurs, qui laisse néanmoins planer quelques interrogations.

Le nouveau pavillon muséal, en construction sur la Grande-Allée, accueillera en février 2017 l’exposition dite centrale de la prochaine édition de la Manif. Celle-ci, indissociable du mois de mai depuis sa deuxième édition, en 2003, tombera maintenant dans la case du Mois Multi, un événement frère consacré aux arts multidisciplinaires et électroniques.

Réputée comme un phare de l’art actuel au Québec, la Manif d’art est portée depuis 15 ans par la fougue de son indépendance et de son âme rassembleuse. Centres d’artistes et musées s’y greffent volontiers, quelle que soit la thématique choisie.

L’association avec le MNBAQ, qui inclut les Manif 8 et 9, sera bénéfique, croit-on. Elle donnera une vitrine encore plus grande à l’art actuel local, déjà bien représenté d’une édition à l’autre. La Manif, dont la dernière tenue en mai 2014 n’aura duré qu’un mois, s’étendra sur une période trois fois plus longue, de février à mai.

« Ce sera une collaboration intéressante, qui mettra de l’argent dans la cagnotte, résume Claude Bélanger, directeur de la Manif. Elle donnera de l’ampleur à l’événement. Le nouveau pavillon, une oeuvre en soi, est très attrayant et avec les 13 000 pieds carrés [1200 m2] qu’on nous propose, ce sera notre plus grande expo. »

Investissement partagé

L’investissement financier sera partagé à parts égales entre les deux organismes, mais Claude Bélanger croit que la présence du MNBAQ permettra de dépasser le budget de fonctionnement de 2014, qui s’élevait à 1,2 million de dollars.

« J’ose espérer que la Manif gardera sa souplesse », dit Caroline Flibotte, aujourd’hui directrice du centre d’artistes L’oeil de poisson, jadis de l’équipe qui a mis en orbite La Biennale de Québec. « Mais j’ai l’impression que c’est le plus gros joueur qui établit les paramètres », commente celle qui souhaite néanmoins continuer à faire partie de la Manif, lancée en 2000 comme une activité de L’oeil de poisson.

« Il n’y a pas de privatisation institutionnelle, si on peut dire. Il est très clair que l’esprit de la Manif, son côté audacieux, libertaire, seront préservés. Ils sont sa pertinence. Au musée, on n’a aucune volonté de l’assiéger », assure Anne Eschapasse, directrice des expositions au MNBAQ.

« Je vois ça positivement », confie Geneviève Desmeules, directrice de La Bande vidéo, membre de la coop Méduse, comme la Manif et le Mois Multi. À ses yeux, le contexte muséal était devenu une nécessité après des années d’itinérance. « Je trouve ça très beau qu’on tende la main aux centres d’artistes. Par le biais de la Manif, le musée est avec nous. Et pour lui, c’est un nouveau souffle, surtout après [l’exposition] Bryan Adams », confie-t-elle dans un grand éclat de rire.

Le déplacement à la saison hivernale modifie cependant la vie culturelle à Québec. Une ville d’un demi-million d’habitants peut-elle être l’hôte simultanément de la Manif et du Mois Multi, dont les spectacles et expositions sont disséminés aux quatre coins de la coopérative Méduse ?

Réorientation

Les productions Recto-Verso, l’organisme derrière le Mois Multi, n’ont pas voulu commenter la situation. Selon les témoignages recueillis par Le Devoir auprès d’autres membres de Méduse, une réorientation s’impose.

« La formule changera, mais [son avenir] est préoccupant », admet Caroline Flibotte. Geneviève Desmeules souhaite que l’événement en arts électroniques sacrifie le modèle d’expositions satellites. « J’ai espoir que les deux programmations se compléteront », dit celle qui n’appréhende pas un conflit d’horaires. Il faut rappeler que La Bande vidéo est un des diffuseurs associés autant à la Manif qu’au Mois Multi.

À VU, centre consacré à la photographie qui accueille aussi des projets des deux événements, il y a une part d’inconnue peu rassurante. « On attend de voir comment se placeront les choses, dit Anne-Marie Proulx, directrice artistique. Mais notre souhait est de continuer à collaborer avec les deux. Les deux nous apportent autant de questionnements positifs au moment de penser le mode d’expression photographique. On ne veut pas avoir à choisir. »

La nouvelle Manif d’art aura une direction artistique bicéphale, tenue par Claude Bélanger et par Bernard Lamarche, conservateur d’art actuel au MNBAQ. Le commissaire de prestige international ainsi que le thème de la huitième édition seront choisis durant l’été. Une cinquantaine d’artistes seront ensuite sélectionnés, avec l’apport d’un second commissaire, celui-ci de Québec.