Le rose, comme trait d’union

Jérémie Bellemare a entrepris de couvrir d’une pellicule rose une bonne part de l’armature en acier du pont Sainte-Anne qui relie les deux rives du Saguenay, à Chicoutimi.
Photo: Jérémie Bellemare Jérémie Bellemare a entrepris de couvrir d’une pellicule rose une bonne part de l’armature en acier du pont Sainte-Anne qui relie les deux rives du Saguenay, à Chicoutimi.

La population de Saguenay voit rose. Depuis le début du mois de juin, un jeune artiste local, Jérémie Bellemare, s’est entiché de couvrir, d’une pellicule rose, une bonne part de l’armature en acier du pont Sainte-Anne, traverse piétonnière et cycliste reliant les deux rives à Saguenay.

La population voit, et pense rose : l’artiste a donné un titre à son enrobage, qui doit rester là tout l’été : Think Pink.

« Quand je marche, que j’observe les rues, le paysage, j’imagine toujours l’espace autrement. Think Pink, c’est un peu ça, inviter à voir le monde d’une manière différente, à dialoguer avec l’espace. »

L’intervention au-dessus de la rivière Saguenay consiste en une série de « x » qui se succèdent sur toute la longueur du pont. Elle a nécessité quelque 25 rouleaux de ruban (de 100 pieds chacun, en longueur) et une semaine d’installation — « la moitié du temps que j’avais prévu », soutient Jérémie Bellemare. Bien avant sa matérialisation, le projet a cependant tenu son homme fort occupé. Deux ans de recherche, plans techniques et financier inclus, beaucoup de discussions, de patience. L’appui est venu, en premier lieu, du centre d’art actuel Bang, de Chicoutimi, puis des conseils des arts du Saguenay et du Québec.

L’importance du processus de création

Il y a un peu de Christo et Jeanne Claude dans le travail du jeune artiste natif de Montréal, étudiant à la maîtrise en arts à l’Université du Québec à Chicoutimi. Comme pour le célèbre couple, qui a notamment recouvert le Pont-Neuf à Paris en 1985, Jérémie Bellemare donne une grande importance au processus de création. Que le résultat final, ou sa diffusion, soit de plus courte durée que ce qui l’a précédé importe peu.

« Le processus est au coeur du projet, dit-il. Il faut expliquer, être en dialogue avec la population, les politiciens, le milieu d’affaires, le milieu artistique. Le processus, ce sont les gens. Les discussions, les sourires, ça me touche énormément. »

Christo et Jeanne Claude, ou Daniel Buren, auxquels Bellemare aime bien se référer, ont toujours cherché des lieux emblématiques pour installer leurs oeuvres éphémères. Le Québécois, aussi, a dans sa ligne en mire des emplacements stratégiques, ceux « qui ont un grand impact ». Des emplacements, ou des moments comme dans le cas présent.

Solidarité célébrée

L’emballage rose prend ses origines dans l’incendie qui a enflammé la structure voisine, le pont Dubuc, en décembre 2013. L’incident a coupé la ville en deux et obligé les automobilistes à faire un détour de deux heures. Le seul moyen de traverser la rivière à la hauteur de Saguenay, c’était d’emprunter le vieux pont Sainte-Anne, interdit aux voitures depuis 40 ans. L’artiste ne tenait pas à reproduire le feu, mais « la grande solidarité » qui a, paradoxalement, rapproché les gens.

« Pendant trois semaines, 17 000 personnes ont marché à -40 °C. Des stations de radio offraient du café et il y avait toutes sortes de choses comme celle-là », se souvient celui qui terminait alors ses études de baccalauréat.

Jérémie Bellemare a choisi de travailler le motif de la croix parce qu’il symbolise la rencontre. Il s’agit également d’une forme facilement reconnaissable, « qui ne nécessite pas d’explications ».

« Je fais des projets dans la polyphonie, aux multiples interprétations », reconnaît cependant celui qui dit favoriser l’échange d’idées. Son Think Pink, qui sera officiellement inauguré mercredi, permettra non seulement de voir et penser rose, mais fera, espère-t-il, jaser.