Les Aztèques, peuple du milieu du lac

Masque fait d’un crâne humain planté de deux lames de couteaux sacrificiels qui pourrait représenter Mictlantecuhtli, le dieu de la mort.
Photo: Conseil national pour la culture et les arts – INAH Masque fait d’un crâne humain planté de deux lames de couteaux sacrificiels qui pourrait représenter Mictlantecuhtli, le dieu de la mort.

C’était il y a à peine 700 ans, la ville de Mexico n’était qu’une île de deux kilomètres carrés au beau milieu d’un lac.

C’est sur cette île que les Aztèques ont vu l’aigle, le cactus et le serpent qui leur indiquait qu’ils avaient trouvé la Terre promise. Ils appelèrent le lieu Mexico-Tenochtitlán: le nombril de la lune. Et le peuple aztèque lui-même en prit le nom et s’appela désormais «mexica». Aujourd’hui, Mexico est une mégalopole de plus de 20 millions d’habitants, si on inclut sa banlieue. Ce qui était autrefois un lac a d’abord été comblé par les Aztèques, qui y ont construit des digues et des canaux, puis par les Espagnols qui les ont conquis.

Mais au coeur du centre historique de Mexico, on peut encore admirer les vestiges de ce qui fut autrefois le centre cérémoniel aztèque. Et c’est principalement de cet endroit, du musée Templo Mayor, plus précisément, qu’ont été extirpées la majorité des pièces qui formeront la grande exposition sur Les Aztèques, peuple du soleil qui prend l’affiche le 30 mai prochain et ce, jusqu’au 25 octobre, au musée Pointe-à-Callière, à Montréal.

Sacrifices humains

Au coeur de ces vestiges incrustés dans le sol de Mexico, on peut voir un mur orné de véritables têtes de mort pétrifiées, que les Aztèques avaient érigé pour asseoir leur suprématie, qui s’étendit sur tout le territoire du Mexique. Durant les 200 ans de leur règne, ils dominèrent en effet 405 peuples, répartis dans 38 provinces, explique Raul Barrera Rodriguez, superviseur du programme d’archéologie urbaine du Templo Mayor.

Parmi les 265 objets liés aux Aztèques que Pointe-à-Callière recevra à Montréal, on trouve l’un de ces crânes humains dont le nez et la bouche sont plantés de couteaux. Trouvé sur le site du Templo Mayor, il a vraisemblablement servi d’offrande. Les Aztèques avaient en effet l’habitude de sacrifier des humains pour s’attirer les faveurs des dieux, pour « s’assurer que la vie continue », assure M. Rodriguez. Souvent, on arrachait le coeur des sacrifiés, pièce de choix pour les divinités, pour l’exposer à l’air. De nombreux peuples ont pratiqué le sacrifice humain. Mais les Aztèques s’y sont adonnés, paraît-il, avec une virulence toute particulière.

« Selon les Aztèques, les dieux ressentent une grande fatigue lorsqu’ils ont accompli leur tâche. Les humains doivent donc les nourrir de l’essence même de la vie — le sang et le coeur — pour qu’ils retrouvent leur énergie et que leur vie perdure », lit-on dans le livre qui accompagne l’exposition de Pointe-à-Callière.

On connaît l’histoire selon laquelle Montezuma, le chef aztèque, a accueilli Hernán Cortés en croyant qu’il s’agissait du dieu Quetzalcoatl, une divinité attendue comme le Messie. On sait aussi comment les Espagnols ont écrasé l’empire aztèque et ont pratiquement entièrement détruit le centre cérémonial qu’ils avaient érigé sur l’île de Mexico.

Aujourd’hui, il ne reste plus de traces à Mexico du lac qui s’y étendait autrefois. Pourtant, à six ou huit mètres sous le sol de Mexico, il y a encore de l’eau qui circule. Cette nappe phréatique fournit de l’eau potable à un pourcentage des habitants de Mexico. Mais le sol argileux de la ville donne aussi lieu à de fréquents tremblements de terre.

200 ans d’errance

L’arrivée des Aztèques à Mexico est passablement tardive. La fondation de la ville aussi. Un codex, reproduit au-dessus de la porte du musée national d’anthropologie à Mexico, retrace l’épopée qui y a mené. Ce codex, écrit par les aînés aztèques peu après la conquête espagnole, raconte comment le peuple aztèque a d’abord quitté la ville d’Aztlan, située plus au nord, à la recherche d’une terre promise. Son périple jusqu’à Mexico a duré 200 ans.

On croit d’ailleurs souvent, à tort, que les imposantes pyramides de Teotihuacan, construites quelque 100 ans avant notre ère, ont été érigées par les Aztèques. En fait, ces derniers les ont trouvées dans l’état où on les trouve encore aujourd’hui, c’est-à-dire désertes. Les pyramides et la ville qui l’entourait avaient en effet été construites par un autre peuple, qui y avait habité plusieurs siècles auparavant, avant de quitter la ville pour aller vivre ailleurs. Sur le site de Teotihuacan, on peut encore visiter les vestiges des maisons de ses peuples disparus, et certains bas-reliefs conservés intacts au fil des ans.

Plutôt que des pyramides, ce sont des temples que les Aztèques ont construits.

Les Aztèques parlaient le nahuatl. Dans la région de Mexico, une minorité d’habitants parlent encore cette langue. Par contre, l’ensemble du Mexique célèbre encore la fête des Morts, un héritage direct de la civilisation aztèque. Et sur le drapeau mexicain, on peut voir l’aigle, le serpent et le cactus qui ont amené les Aztèques à fonder la ville de Mexico.

Le Templo Mayor est un peu le musée frère du musée Pointe-à-Callière de Montréal. Il met en valeur de la même façon le sous-sol et les fondations d’une ville. 150 des 265 pièces qui seront présentées à Montréal proviennent d’ailleurs de sa collection. Les autres proviennent de 15 autres musées mexicains, dont le musée national d’anthropologie de Mexico. Certaines pièces ont été déterrées tout récemment, dans le sol mouvant de la ville, par l’équipe d’archéologues du musée Templo Mayor, là où se trouvait autrefois l’école des nobles aztèques. Elles n’ont même jamais été exhibées dans la ville de Mexico.

Car, sous les infrastructures bâties par l’empire colonial, toute une ville émerge encore du passé, au gré des séismes qui secouent les bâtiments coloniaux et le sol argileux de l’ancien lac. Une revanche bien tardive des Aztèques sur les Espagnols, quelques siècles plus tard, et un étrange pied de nez au destin.

Des délices méconnus

Ils ont domestiqué le maïs, raffiné le cacao et la vanille, cultivé la tomate, l’avocat, ou la citrouille. Ils dégustaient déjà les insectes, fourmis et sauterelles, dont on dit aujourd’hui qu’ils forment la nourriture de l’avenir.

Les autochtones mexicains ont mis du temps à être reconnus pour leur génie culinaire. Mais en 2011, la cuisine mexicaine a finalement été classée patrimoine immatériel de l’UNESCO.

Il n’y a pourtant pas de restaurant gastronomique mexicain proprement dit à Montréal, dit Manuel Montelongo, du Conseil de promotion touristique du Mexique à Montréal. Mais pour accompagner l’exposition sur les Aztèques du musée Pointe-à-Callière, le restaurant Osco !, de l’hôtel Intercontinental, rue Saint-Antoine, propose depuis lundi un festival culinaire mexicain, qui permet de déguster les spécialités de la tradition.

Pour l’occasion, Montréal reçoit Josefina Lopez Mendez, la jeune chef de 27 ans du restaurant gastronomique Chapulin, de l’hôtel Intercontinental El Presidente de Mexico. La jeune femme y adapte librement l’héritage de la tradition.

Durant toute la durée de l’exposition, le restaurant L’Arrivage, du musée Pointe-à-Callière, mettra aussi une touche mexicaine à son menu, et 10 stations gourmandes proposeront nourriture et tequila à Montréal, les 6 et 7 juin.
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Nombre d’objets liés aux Aztèques qui sont présentés au musée Pointe-à-Callière.
Dans les ruines du musée Templo Mayor à Mexico, on peut encore voir le mur de têtes de morts pétrifiées, érigé pour assurer la suprématie aztèque. 
1 commentaire
  • Monique Verreault - Abonné 27 mai 2015 15 h 13

    "le centre cérémoniel aztèque"

    Ça c'est mieux que "le centre cérémonial inca" du journal papier.

    L'Empire Inca était déjà assez bien pourvu au creux de ses Andes, sans devoir - et surtout pouvoir - se déplacer si au Nord.