Rêver sa vie en vidéo

Industrie du rêve et de l'illusion, le vidéoclip est une véritable manifestation de la culture populaire. À travers les oeuvres d'une quinzaine d'artistes, l'exposition Vidéo Hero(e)s, présentée par la commissaire Sylvie Gilbert à la galerie Liane et Danny Taran, explore le pouvoir à la fois libérateur, évocateur et tyrannique de l'image vidéo. Un parcours où l'humour et l'autodérision sont souvent au rendez-vous.

Dans My Heart the Rock Star de Nikki Forrest, un concert de Patti Smith devient prétexte à une réflexion sur l'identité. «Était-ce un homme ou une femme?», s'interroge la narratrice, face à cette chanteuse à l'allure androgyne. Au-delà de la musique, la star devient symbole: son image, libératrice, brise les chaînes des conventions établies, repousse les limites de l'identité sexuelle. Faisant ressortir un autre aspect du pouvoir de l'image, Benny Nemerofsky Ramsay parodie le phénomène des Boys Band. L'artiste crée son propre groupe et interprète à lui seul les rôles typiques: le rebelle, le sensible, le tombeur... La mise en scène ridiculise l'industrie de la musique pop et les stéréotypes qu'elle engendre. D'autant plus que le «tube» est une adaptation ludique d'une chanson du XVIe siècle...

Dans la même veine, l'oeuvre de Tim Lee joue sur l'image classique du musicien rock en superposant son propre visage asiatique sur le corps d'un homme blanc, guitare électrique à la main. L'oeuvre nous rappelle ainsi que ces «héros» du vidéoclip perpétuent trop souvent des clichés.

La commissaire de l'exposition insiste sur le fait que ces vidéos proviennent d'une génération dite du «do-it-yourself», à l'aise avec les moyens d'expression technologiques. Ces oeuvres ne nécessitent pas de moyens complexes. Contrastant avec les vidéos pop à grand budget, et riches d'effets en tous genres, les oeuvres qui composent cette exposition sont évocatrices dans leur simplicité.

Sad Eyed Lady, de Daniel Olson, explore les possibilités poétiques du clip: un personnage assis, immobile, vu de dos, fume. Au-dessus de lui: un portrait de femme. Seul mouvement, celui de la fumée qui s'échappe de la cigarette. Comme bande sonore, la chanson Sad Eyed Lady of the Lowlands de Bob Dylan. L'image est-elle une interprétation de la chanson? Ou est-ce la chanson qui vient donner une autre dimension à l'image? Le résultat est saisissant. Dans Deer Dreams, l'artiste Meesoo Lee explore de manière semblable la relation entre l'image et la musique en superposant une scène du film Bambi à une chanson de Donovan. L'harmonie de cette superposition est intrigante. Qu'est-ce qui est plus puissant, les mots de la chanson ou l'image vidéo?

La dernière partie de l'exposition présente des «clips maison» faits par des «gens ordinaires», avec des résultats souvent très drôles... Ces vidéos montrent le désir bien humain de s'exprimer, de sortir de la masse. Mais hélas, comme il est dit dans l'oeuvre de Tricia Middleton et Joël Taylor: «Résignez-vous. Vous ne serez jamais celui dont-vous rêvez. Désolé.» C'est sur ces désirs frustrés que se fonde le succès des clips. Derrière l'idéal de la star se cache finalement une certaine tristesse.