Québec en Venise, un peu, pas mal

L’atelier fait aussi partie de l’installation du groupe BGL.
Photo: Ivan Binet / BGL / Parisian Laundry / Diaz Contemporary L’atelier fait aussi partie de l’installation du groupe BGL.

La Mongolie, le Mozambique et trois pays insulaires, la Grenade, l’île Maurice et les Seychelles, font leur apparition cette année à la Biennale de Venise. La 56e édition de la toujours attendue Esposizione Internazionale d’Arte, qui se met en branle mercredi avec les trois journées réservées aux « professionnels » et à la presse, réunit 89 pavillons nationaux, en plus d’en inclure d’autres parmi les « événements collatéraux ». C’est dans cette section du programme que figurent la Catalogne et l’Écosse. Et le Québec ? Ni vu ni connu.

Pourtant, il y aura dans l’air vénitien un peu, beaucoup, pas mal du Québec. Juste avant d’entrer dans les Giardini, un des principaux sites de la Biennale, les visiteurs croiseront, peut-être sans le savoir, l’artiste montréalais Jean-Pierre Aubé, en pleine collecte de données électromagnétiques avec un bâton de hockey transformé en antenne radio.

Situé dans ces mêmes Giardini, quelque part entre les représentations allemande et britannique, le bâtiment du Canada, rebaptisé pour cette édition « Canadassimo », a subi une cure signée BGL. Le collectif de Québec, connu pour son humour grinçant, a revu, à travers une installation immersive, le concept de pavillon national. Accueillis par un écriteau en français seulement, les gens déambuleront dans différents espaces très réalistes, dont un atelier branché sur une station radio habituellement en ondes chez Régis Labeaume et un dépanneur typiquement québécois.

« Les références sont nord-américaines, mais chaque pays a ce modèle de petit commerce. Ça se décline seulement de manière différente d’un lieu à l’autre », raisonne Marie Fraser, la commissaire qui accompagne BGL depuis plus d’un an dans l’élaboration de ce projet démesuré.

Universalité de l’oeuvre

Elle est convaincue de l’universalité de cette oeuvre et les premières réactions, de la part des voisins allemands, lui ont, estime-t-elle, donné raison. « Un technicien est venu nous voir parce qu’il croyait qu’il pouvait acheter ici une bouteille d’eau. L’effet fonctionne », s’exclame-t-elle, avant de saisir l’ordinateur et de s’offrir comme guide d’une visite virtuelle grâce à Skype.

Plutôt que de considérer Canadissimo en commentaire à l’endroit de la politique canadienne, Marie Fraser voit l’installation de BGL, réalisée en bonne partie avec des matériaux recyclés, comme une flèche lancée au monde économique.

« On vit dans une société de consommation. On consomme, oui, mais on bricole aussi, on recycle [ce qui nuit] au processus économique. On crée de la beauté avec de l’art, mais c’est improductif. Toute l’installation parle du [passage] de l’utilité à la non-utilité, de la productivité à la non-productivité, du non-art à l’art. Du grand BGL. Il s’est dépassé », finit-elle par clamer.

Aubé dans les basses fréquences

En comparaison de cette oeuvre toute en excès, les interventions de Jean-Pierre Aubé seront bien discrètes. Soutenu par la Galerie de l’UQAM et le Conseil des arts et lettres du Québec, il est présent à Venise pour poursuivre ses recherches des basses fréquences et de ce qui est peu perceptible. À l’entrée des Giardini, il ne sera pas pour autant invisible, dit-il, avant de montrer, à la webcam, le kangourou avec un logo radio que lui et ses collaborateurs porteront.

« Je serai sur place avec un équipement très léger, de la taille d’un paquet de cigarettes. Le bâton de hockey me sert d’antenne pour capter les fréquences des téléphones cellulaires, des micro-impulsions d’énergie », dit celui qui veut ainsi saisir, non pas des paroles, mais tout le « spectre » de la circulation liée à la téléphonie sans fil.

Le jour, entouré de la clique de l’art, il se fera discret. Le soir, dans un autre lieu, fréquenté par la jeunesse locale, il agira bien plus chargé, avec tout un appareillage électronique. Il s’attend ainsi à ébruiter davantage cette cueillette de données que certains « voudraient qu’elle reste obscure ». « Je veux faire la preuve, dit l’artiste, que, malgré tout ce qui est prétendu, les citoyens peuvent intervenir dans cette technologie. »

D’autres artistes

Une semaine après Venise, Jean-Pierre Aubé exposera à Rome une bonne part de ses images et ses oeuvres sonores réalisées depuis plusieurs années.

D’autres artistes québécois, tous défendus par la galerie montréalaise Art Mûr, exposeront en marge de la Biennale de Venise. Des oeuvres des sculpteurs Simon Bilodeau et Guillaume Lachapelle ont été retenues pour la manifestation Time, Space, Existence, qui prend place dans un édifice de l’époque byzantine, le Palazzo Bembo. La peintre Jinny Yu investira une église, mais en septembre seulement, l’Oratorio San Ludovico, un lieu d’art situé dans l’île de Giudecca. Enfin, Jannick Deslauriers participera avec une autre de ses installations en tissu à la 25e Miniartextil de Côme, à 300 km de Venise.

1 commentaire
  • Céline A. Massicotte - Inscrite 6 mai 2015 06 h 56

    Québec en Venise ou Venise en Québec?

    Souvenirs souvenirs!

    Il me semble donc qu'il y a là un facheux imbroglio...

    Pour m'y être pointé plusieurs étés de suite, généralement en bonne et multiple compagnie, je crois que ça devrait être comme avant, soit "Venise en Québec". Le simple bon sens et ma mémoire me dictent que si Venise pourrait se trouver une petite place au Québec, l'inverse est totalement impossible. Que voulez-vous je suis une intégriste... des mots et des sentiments.

    Parlant de sentiments... Une fois, plutôt que de rester près de l'eau ou où la où se trouvent sortes de bidules mangeables ou pas et plein de monde gazouillant, je suis allé du côté... campagnard, et là je vis venir vers moi un jeune cheval, mais bon, nous étions séparé par un clôture, mais... tout de même plutôt basse, et cet animal semblait décidé à me suivre tant qu'il le pourrait. Hors, voilà que tout à coup il me prend une mordée même délicate tout de même, mais solide, dans le haut du bras gauche, et ce n'est qu'après quelque coups, contrôlés tout de même sur le museau que j'arrive à m'en défaire, dans le sens qu'il m'a lâché le bras, mais il me suit toujours d'assez près, et c'est alors que je m'apperçois... qu'il est en érection! Et c'est alors que j'ai pris la poutre d'escampette pour revenir vers mes compagnes et compagnons

    Riens à voir, me direz vous... C'est bien ça, rien à voir, mais c'est la vie.