Austérité à la sauce néerlandaise

Rob Hamelijnck et Nienke Terpsma, du collectif Fucking Good Art, brandissent le gros titre « Cuts make the country better ».
Photo: Collectif Fucking Good Art Rob Hamelijnck et Nienke Terpsma, du collectif Fucking Good Art, brandissent le gros titre « Cuts make the country better ».

La salle du centre Articule, en apparence dépouillée de tout contenu artistique, respire l’air ambiant, celui de la morosité financière. Le long mur sur lequel les yeux des visiteurs s’arrêtent d’abord affiche quand même des grands titres, tels que « Vulnérabilité », « L’argent », « Stratégies », « Lobbying » et d’autres références à un monde en crise, ou du moins en conflit, en éternelle négociation.

Sous ces titres, il y a bien quelques feuilles, d’un jaune âpre, qu’il faudra bien lire. Le rapide balayage qu’effectue l’oeil permet de découvrir trois postes vidéo. Puis c’est tout. L’heure est grave, ça se sent : l’exposition Cuts Make the Country Better parle, avec cynisme, de cette vogue pour les mesures d’austérité.

L’expo découle d’un séjour aux Pays-Bas des artistes Édith Brunette et François Lemieux. Le titre de ce projet au parfum documentaire reprend une citation du premier ministre néerlandais, Mark Rutte, qui défendait ainsi les coupes que son gouvernement imposait au milieu culturel. « Cuts make the country better. » Même la Fondation Mondrian, phare national, a vu son budget réduit de moitié, obligeant à fusionner le fonds art avec le fonds architecture. Ne veut-on pas réunir ici la Cinémathèque québécoise et Bibliothèque et Archives nationales ?

Une coupure de presse, en format surdimensionné, rend compte de la situation par un long texte. À lire en anglais et dans un français plus que douteux. On devine qu’ici, faute de moyens, on a eu recours à la traduction automatique. Il s’agit peut-être de révéler par là, mais de manière maladroite, l’état de pauvreté dans lequel vivent les travailleurs culturels.

En faisant cas de l’austérité néerlandaise, Brunette et Lemieux semblent s’adresser à nos propres gouvernements. L’affirmation voulant que les coupes rendent le pays meilleur peut, il est vrai, sembler tout droit sortie de la bouche d’un Stephen Harper ou d’un Philippe Couillard. Quelque part, la situation ici est la même que là-bas. L’austérité est un bébé de la mondialisation.

Les mots pour le dire

 

La question de la langue semble secondaire dans ce projet, où l’anglais apparaît plus que naturel, une évidence universelle. Pourtant, elle est au coeur de l’expo, cette question langagière. Les énoncés sur les feuilles jaunes épinglées au mur passent de l’anglais au français (lisible, cette fois). Les vidéos consistent en une série de témoignages d’artistes et de travailleurs culturels néerlandais qui s’expriment tous dans un anglais parfois impeccable. Les sous-titres français relaient l’info. À leur écoute, on constate que les mots au mur sont des extraits des vidéos. De l’oralité à l’écrit, de l’écoute à la lecture, la situation de la culture et la dénonciation de ses coupes (ou « coupures », comme on le lit parfois) sont un message qui doit circuler, qui gagne à être répété.

Cuts Make the Country Better est une expo évolutive, qui s’est développée au cours des semaines à travers des projections spéciales, des discussions improvisées ou la publication d’une revue. Cette nature très liée à l’échange d’idées et basée sur des rencontres explique aussi l’état dépouillé de la salle d’Articule. Sans la présence d’acteurs, la chose est aride, voire moins enrichissante.

L’incontournable présence des mots agit comme une métaphore, exprime, mieux que tout autre type d’art, l’importance de la culture et de sa fonction rassembleuse. Édith Brunette le sait bien, elle qui est un peu devenue le porte-voix d’un art contemporain politisé et très volubile — elle était de l’expo Le désordre des choses, à la Galerie de l’UQAM au début de 2015.

Cuts Make the Country Better

Édith Brunette et François Lemieux. Centre Articule (262, rue Fairmount Ouest) jusqu’au 12 avril.

À voir en vidéo