Le feu aux poudres

Avec l’exposition «D’Artagnan, Al Capone et les autres. Armes et légendes», le visiteur plonge dans le passé mi-vrai, mi-inventé des porteurs d’épée ou d’arme à feu qu’ont été Cyrano de Bergerac, Buffalo Bill alias William Frederic Cody, Al Capone, Bonnie Clyde, Barbe-Noire ou Che Guevara.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Avec l’exposition «D’Artagnan, Al Capone et les autres. Armes et légendes», le visiteur plonge dans le passé mi-vrai, mi-inventé des porteurs d’épée ou d’arme à feu qu’ont été Cyrano de Bergerac, Buffalo Bill alias William Frederic Cody, Al Capone, Bonnie Clyde, Barbe-Noire ou Che Guevara.

Par fierté, les mousquetaires d’Alexandre Dumas préféraient l’épée au fusil. Le terme mousquetaire provient pourtant du mot mousquet, qui désigne une arme à feu dont s’armaient entre autres les mousquetaires de l’époque de Louis XIV.

Ça ne serait pas la seule liberté qu’Alexandre Dumas aurait prise avec la réalité, même si l’histoire des trois mousquetaires est effectivement inspirée des mémoires de Charles de Batz-Castelmore, comte d’Artagnan, dont les mémoires apocryphes, rassemblées par Gatien de Courtilz de Sandras, sont parues en 1700.

Entre réalité et fiction

C’est l’un des fascinants allers-retours entre la réalité et la fiction que l’on prend au fil de l’exposition D’Artagnan, Al Capone et les autres, armes et légendes, présentée au musée Stewart de Montréal, sur l’île Sainte-Hélène.

Armes, donc, parce que l’exposition en présente diverses versions, tirées de la collection léguée au musée par son fondateur David MacDonald Stewart, grand collectionneur, et associées aux différents personnages présentés.

Légendes, parce qu’on plonge dans l’histoire, mi-vraie, mi-inventée, des porteurs d’épées ou d’armes à feu qu’ont été Cyrano de Bergerac, Buffalo Bill alias William Frederic Cody, Al Capone, Bonnie Clyde, Barbe-Noire ou Che Guevara.

Les armes exhibées n’ont pas appartenu à ces personnages célèbres, même si elles sont de la même époque et du même genre que celles qu’ils ont portées.

Certaines photos de l’exposition sont cependant saisissantes. On y trouve, par exemple, une série d’autoportraits du couple Bonnie Clyde, prises, armes au poing, devant le véhicule de leur cavale.

Ou encore celle des cadavres des membres du clan Dalton qui ont tant inspiré William Morris, tués en 1892 lors d’un braquage raté à Coffeyville, au Kansas.

Quelques femmes dans ce panthéon de tueurs et de justiciers. Bonnie Parker, bien sûr, Monica la mitraille, truande bien de chez nous, mais aussi Annie Oakley, une tireuse remarquable, dit-on, qui faisait partie du spectacle de Buffalo Bill et qui pouvait fendre une carte à jouer d’une balle ou faire tomber la cendre de cigarette de son mari à une distance de 100 pas.

« Quand un homme tire comme moi, on dit que c’est un tireur d’élite, quand c’est une femme, on dit qu’il y a un truc », déplorait-elle. Pas de sexisme dans cette exposition : on y trouve même une femme pirate… C’était le cas de Mary Read, cette femme qui aurait été travestie dès son enfance par sa mère, avant de se tailler une place dans l’armée, dans la marine marchande, puis dans la bande du flibustier Jack Rackham, chez les pirates. Jack Rackham aurait découvert son identité féminine mais l’aurait ensuite conservée dans son équipe.

La légende veut d’ailleurs que Mary Read, impitoyable, « dévoilait sa féminité » juste avant de tuer ses adversaires.

Petite incursion du côté du Québec, l’exposition propose, au rayon des espions, Ixe-13, le héros du roman populaire du même nom publié en fascicules entre 1947 et 1966, puis du film réalisé par Jacques Godbout avec l’ancien cynique André Dubois.

Elle présente aussi Ian Fleming, le père de James Bond, qui aurait travaillé au service des renseignements britanniques avant la Deuxième Guerre mondiale, sous le nom d’« agent 17F ». C’est sept ans après avoir quitté l’armée anglaise que Fleming imagina le personnage de James Bond dans le roman Casino Royale, en 1953.

L’exposition se termine avec un chapitre sur les révolutionnaires sur le thème « La violence est-elle acceptable ? ». Y sont présentés différents révolutionnaires ayant pris les armes : de l’Écossais William Wallace à Lawrence d’Arabie ou Che Guevara.

Au sujet de ce dernier, on propose une lecture du film éponyme de Steven Soderbergh, paru en 2008, qui met en scène les conditions de vie des mineurs de Chuquicamata. « Quand les revendications les plus élémentaires » ne sont pas entendues, constate le Che, y a-t-il une autre avenue que l’appel aux armes ?

Un complexe militaire

Pas de place pour Mahatma Gandhi et sa révolution pacifique, donc, dans cette exposition aussi colorée qu’instructive. Elle se déroule d’ailleurs dans un musée qui fut autrefois un complexe militaire érigé par les Britanniques entre 1820 et 1824.

Aujourd’hui, le musée se consacre à l’histoire de la Nouvelle-France et de l’Amérique du Nord et se situe dans l’oasis de paix qu’est l’île Sainte-Hélène, d’où l’on peut, tout simplement, regarder passer le fleuve.