Exposition - À demi-mot

La rétrospective des oeuvres de Pierre Dorion se termine aujourd'hui à la galerie de l'université Concordia. En quelques poignées d'oeuvres, le commissaire Laurier Lacroix donne un aperçu, probablement trop bref, de l'engagement envers la peinture dont l'artiste fait preuve depuis les années 1980.

De la peinture récente de Dorion, on remarquera une propension assez savoureuse à brouiller les repères de la représentation par un travail sur l'aspect des objets, certes, mais aussi par un malin plaisir à dénicher les points de vue qui rendent chacun des tableaux intrigant. Ainsi, l'artiste parvient, dans les meilleurs exemples comme Wavelenght (pour Claude et Michael) (2000), à rendre parfaitement ambiguës des scènes où l'architecture et l'inscription de tableaux dans le tableau viennent secouer le silence feutré des images, rendu par la manière léchée du peintre.

Le visiteur qui ne connaît pas la production de Dorion découvrira au détour d'une cimaise que l'artiste n'a pas toujours privilégié une manière aussi «réaliste». En effet, la pratique de Dorion s'est autrefois rapprochée de la caricature, une façon de faire qui s'est estompée depuis.

Sujets récurrents

Ce qui ressort de cette exposition, c'est que Dorion demeure intéressé à des sujets récurrents dans sa peinture: l'architecture, certes, la lumière, c'est indiscutable, en plus de lier ces aspects à une réflexion soignée sur les modes de vision (par la perspective, la camera obscura, etc.), sur l'acte de voir lui-même. Par contre, quiconque n'a jamais été introduit à l'oeuvre de l'artiste risque de s'y perdre, parce que l'expressivité des premiers temps se résorbe et que cela n'est pas rendu clair par l'accrochage morcelé de cette présentation.

L'exposition réussit précisément ce qu'elle tentait de faire: souligner «les étapes» de la carrière du peintre. En cela, par contre, elle fonctionne par bond et échoue à réaliser une autre de ses visées, soit démontrer «la continuité» dans laquelle s'inscrit cette oeuvre.

Ainsi, on saisit mal d'où vient l'inscription des objets dans la peinture; ce qui n'enlève rien à cette série d'autoportraits solennels qui, à elle seule, résume, par une économie fulgurante de moyens, de larges pans de l'histoire de la peinture. Difficile, entre autres, de saisir les termes d'une transition qui a mené le peintre à délaisser les fonds abstraits pour épouser un univers domestique par une série d'intérieurs.

En cela, on ne peut dire que l'exposition est particulièrement réussie, puisque son parcours cerne mal son sujet. Toutefois, le plaisir de voir isolément la plupart de ces tableaux n'est pas ruiné par ces choix discutables.