L’homme d’Oboro n’est plus

La minute de vérité (14 février 1991), de Daniel Dion et Su Schnee (vidéo, lecteur vidéo portable fixé au mur)
Photo: Musée des beaux-arts de Montréal La minute de vérité (14 février 1991), de Daniel Dion et Su Schnee (vidéo, lecteur vidéo portable fixé au mur)

Son sourire, son ton posé. Une personnalité affable, à l’image du lieu dont il était l’âme depuis plus de 30 ans. Il était. Le dimanche 28 septembre, l’artiste Daniel Dion, cofondateur et longtemps directeur artistique d’Oboro, le centre de la rue Berri, est décédé à Vancouver, sa deuxième demeure. Le cancer qu’il combattait depuis près de trois ans aura eu raison de lui, à 56 ans. Dès le lendemain, Oboro, projet collectif créé en 1982 avec Su Schnee, sa complice et compagne de toujours, a reçu une tonne de témoignages.

Daniel Dion était d’abord un artiste, qui s’exprimait à travers la vidéo ou par d’autres outils médiatiques. La récente exposition 1+1 = 1, au Musée des beaux-arts de Montréal, proposait La minute de vérité (1991), une oeuvre humaniste réalisée avec Su Schnee, oeuvre à apprécier sur un baladeur d’une autre époque. La technologie, c’était son affaire.

« C’est quelqu’un qui expérimentait beaucoup. Il n’a pas été un pionnier de la vidéo au Québec, mais disons qu’il était un des premiers de la deuxième génération, au début des années 1980 », estime Jean Gagnon, le spécialiste des arts médiatiques derrière l’expo Daniel Dion. Parcours (1993), au Musée des beaux-arts du Canada.

Ce rare et vaste solo de l’artiste a servi au lancement d’une oeuvre d’une ampleur inégalée, World Tea Party, un véritable salon de thé maintes fois reconstitué depuis. L’installation collective, « altermondialiste avant la lettre » et portée par une critique du colonialisme, reflétait les idées de Daniel Dion, selon Jean Gagnon. La prise de position, le partage, l’ouverture aux autres. Comme Oboro.

Méconnu comme artiste, Daniel Dion était pour beaucoup l’homme d’Oboro. Depuis 20 ans, il avait mis de côté sa production personnelle, sans y avoir renoncé totalement. C’est grâce à son implication que le centre d’artistes est devenu incontournable, comme lieu de diffusion et de production ouvert à toutes les pratiques et comme référence en arts numériques.

Son sourire, son ton. Sans doute ses meilleures armes. Daniel Dion savait se faire convaincant au moment de prêcher pour sa paroisse.

« Il était redoutable. Sans sa capacité de persuasion… Il avait une force redoutable pour obtenir des appuis. Sa douceur et son sourire étaient connus. Mais il était d’une telle détermination », résume Bernard Bilodeau, directeur administratif d’Oboro.

La grande oeuvre de Daniel Dion, son legs le plus important, est cette maison du 4001, rue Berri, où les artistes sont plus que les bienvenus. On les soutient, on les accompagne. On les reçoit. Oboro est un lieu de grande convivialité, où même les visiteurs sont invités à s’asseoir à la grande table, qui sert autant pour les réunions que pour les repas.

Oboro lui survivra. Et le centre le remerciera lors d’une soirée dont les détails seront annoncés sous peu. Bernard Bilodeau aimerait aussi monter une rétrospective, avec des artistes invités, pour rendre hommage au vidéaste rassembleur qu’il était. D’ici le printemps, espère-t-il.