Comment les arts fleurirent au Québec

Une vue d’ensemble de l’exposition Les années 70. Le grand virage des arts visuels au Québec. Il faut aller voir cette présentation, qui témoigne de l’éclatement des pratiques artistiques à cette époque.
Photo: Lucien Lisabelle Une vue d’ensemble de l’exposition Les années 70. Le grand virage des arts visuels au Québec. Il faut aller voir cette présentation, qui témoigne de l’éclatement des pratiques artistiques à cette époque.

À Saint-Jérôme, le Musée d’art contemporain des Laurentides accueille une petite mais importante expo en provenance du Musée du Bas-Saint-Laurent, situé à Rivière-du-Loup. Intitulée Les années 70, Le grand virage des arts visuels au Québec, cette expo a circulé dans plusieurs villes, et elle nous arrive bonifiée d’un volet sur les nouveaux moyens d’expression et les nouvelles technologies.

Ce volet a été préparé par la conservatrice Andrée Matte, qui pour ce faire a pigé dans les collections du Musée de Saint-Jérôme.

Cette expo permet de découvrir ou de redécouvrir des oeuvres et même des artistes qui ont été un peu négligés.

On ne dira jamais assez comment les années 1970 furent un moment fort de notre culture. Une époque durant laquelle nos artistes ont renouvelé leurs approches créatrices, et même leurs matériaux, en étant ouverts aux préoccupations artistiques internationales.

Cette expo montre, entre autres, les oeuvres innovatrices de Jacques Palumbo, réalisées à l’ordinateur et par imprimante électrostatique à point.

C’est aussi l’époque où la notion d’installation prend son envol. Vous pourrez d’ailleurs en voir une, de Peter Gnass, tirée de la série des Projections. Vous y découvrirez aussi le travail de recherche textile de Michèle Bernatchez, malheureusement un peu oublié. Son oeuvre, qui a des liens avec le postminimalisme, a voulu se libérer du modèle pictural. Le texte explicatif accompagnant cette pièce nous apprend que la première Biennale de la nouvelle tapisserie québécoise fut montée en 1979 et que cet art eut à rompre avec une approche qui consistait à reproduire « des toiles d’Alfred Pellan et de Fernand Leduc ».

Refus global et les plasticiens

Nos institutions ont souvent célébré le Refus global, dont on a fêté le 40e anniversaire, puis le 50e, puis le 60e… De temps à autre, nos musées créent des événements autour des plasticiens, mais ils ont beaucoup moins célébré l’art qui a suivi cette époque devenue mythique. De nos jours, il est encore bien difficile, voire impossible, pour un professeur d’histoire de l’art comme moi, de montrer à ses élèves, dans des musées à Montréal, des exemples d’art multidisciplinaire de créateurs des années 60, 70 et 80… Faudrait-il, comme Molinari l’avait défendu, bâtir un musée d’art canadien et québécois afin de souligner l’apport de nos artistes plus contemporains ?

Les dernières décennies du XXe siècle méritent tout à fait notre attention. Ces années ont consacré l’éclatement des pratiques et la remise en question de la domination de la peinture que les années 60 avaient amorcés.

Certes, il y a quelques années, le Musée d’art contemporain de Montréal et, étrangement, le Musée de la civilisation de Québec ont voulu rendre compte de la complexité de l’aventure multimédia de l’art dans les années 60 et 70 au Québec avec l’expo Déclics. Art et société. Le catalogue de l’événement n’en était cependant pas vraiment un, et nous attendons toujours un vrai catalogue exhaustif des oeuvres importantes de cette époque.

De nos jours, encore bien souvent, nos institutions en restent à la célébration de notre héritage pictural. Qu’en est-il de nos arts textiles et de l’installation ? De la photographie et de la vidéo ? Et je n’ose même pas aborder la question de l’histoire de la performance… Pour toutes ces raisons, il faut aller voir cette expo qui souligne l’éclatement des pratiques artistiques.

Les années 70

Musée d’art contemporain des Laurentides. À Saint-Jérôme Jusqu’au 2 novembre.