Galerie de portraits à ciel ouvert

Dominique Michel, 1951
Photo: © Ronald Desmarais / Collections BAnQ Dominique Michel, 1951

Le Quartier des spectacles (QdS) n’aura jamais accueilli autant de personnalités illustres à la fois. Sur la promenade des Artistes, Félix Leclerc côtoie Dominique Michel, Louis Armstrong joue du coude avec Glenn Gould dans une ambiance théâtrale et un temps qu’on croirait aboli. Et le prestigieux cortège se poursuit ainsi jusque dans les murs de la Grande Bibliothèque.

L’exposition Gaby, maître du portrait veut sortir de l’ombre l’imposante production de Gabriel Desmarais, l’un des photographes les plus importants du Québec et le premier à connaître une fulgurante carrière internationale.

« Il était grand temps que mon père puisse faire un retour sur la scène québécoise », confiait lundi au Devoir Ronald Desmarais, à quelques heures du vernissage. À l’invitation du Partenariat du Quartier des spectacles, il a puisé son fonds personnel des oeuvres de son père en complémentarité avec le fonds d’archives Gabriel Desmarais de Bibliothèque et Archives nationales du Québec. « C’est la première fois depuis 50 ans qu’elles sont exposées. »

Près d’une centaine des oeuvres du photographe convient à une plongée dans l’histoire du show-business québécois et du star-système mondial, entre les années 1940 et 1980. Car non seulement Gabriel Desmarais s’est immiscé dans les cabarets et les salles de théâtre montréalais, y croquant les Gratien Gélinas, Alys Robi et Ludmilla Chiriaeff, mais Hollywood, Londres et Paris lui ont aussi ouvert leurs portes.

Talentueux autodidacte

C’est en photographiant les patineurs du parc La Fontaine et leur vendant ses clichés qu’il s’initie à son art et comprend qu’il peut en faire une carrière. Autodidacte, il ouvre son premier studio à 21 ans. Et se met à courir le monde dès 1950.

S’invitant chez le réalisateur Cecil B. DeMille, par l’entremise d’une connaissance chez Paramount, ce dernier « a tellement aimé ses photos qu’il lui a fait rencontrer tout Hollywood », raconte M. Desmarais. Rita Hayworth, Jayne Mansfield et Fred Astaire sont ainsi passés devant son objectif.

« Il avait un talent artistique, mais aussi la bosse des affaires, rapporte son fils. Il savait manoeuvrer pour conserver ses droits d’auteur. Plusieurs fois, on lui a demandé d’acheter ses clichés et ses droits et il ne les a jamais cédés, même si on lui offrait de gros montants. »

Et il a vite compris qu’en photographiant les personnalités politiques, il encaisserait des profits quand viendrait le temps des élections. Il aimait les grands — jusqu’à nouer une amitié ombrageuse avec le dictateur haïtien Jean-Claude Duvalier —, et ceux-ci le lui rendaient bien.


« Il avait une fascination pour les hommes brillants : les Prix Nobel, les musiciens, les peintres », évoque M. Desmarais. Le photographe a ainsi immortalisé le philosophe Bertrand Russell, le pianiste polonais Arthur Rubinstein, les chanteurs Charles Aznavour, Serge Regianni, les poètes Anne Hébert, Pablo Neruda, Louis Aragon, les artistes Alfred Pellan, John Lyman, Jean Cocteau… C’est d’ailleurs les musiques de ceux qu’il a photographiés que l’on entend en déambulant le long de la promenade des artistes et du Parterre du QdS.

Gaby, maître du portrait

Le long de la promenade des Artistes, du Parterre et du boul. De Maisonneuve, jusqu’au 16 novembre ; et à BAnQ, jusqu’au 7 juin 2015.



À voir en vidéo