Tournée de photographes en Gaspésie

Le photographe Bertrand Carrière présente à Carleton une des meilleures expositions des Rencontres.
Photo: Robert Dubé Le photographe Bertrand Carrière présente à Carleton une des meilleures expositions des Rencontres.

Pari toujours étonnant parce que réussi que celui de ces ambitieuses Rencontres internationales de la photographie en Gaspésie. Elles se tiennent cette année, depuis la mi-juillet jusqu’en septembre, pour une cinquième édition. L’événement touchait à son temps fort ces derniers jours avec la réunion de dizaines de photographes d’ici et d’ailleurs, malgré une pluie battante.

 

À Carleton-sur-Mer samedi, Stéphane Aquin, conservateur de l’art contemporain au Musée des beaux-arts de Montréal, la galeriste Joyce Yahouda et la conservatrice Jo-Ann Kane, responsable notamment de la collection de la Banque Nationale, participaient à une table ronde consacrée au « marché de la photographie » en compagnie des photographes Maryse Goudreau et Bertrand Carrière. « Est-ce qu’un tel marché existe seulement », demandait Carrière, l’oeil rieur, alors que la photographie célèbre cette année son 175e anniversaire de naissance. À Carleton, Carrière présente une des meilleures expositions de cette édition des Rencontres, non loin d’une installation de Maryse Goudreau, enfant chérie de la Gaspésie qui soutient, avec beaucoup d’éloquence, qu’elle n’a jamais envisagé pour sa part les finalités de son oeuvre en termes de « marché » ou d’« argent ».

 

Jo-Ann Kane estime que l’importante collection de la Banque Nationale dont elle a la charge compte désormais 10 % d’oeuvres de photographes. « La collection considère la photographie davantage », explique-t-elle, en révélant au passage qu’un ancien directeur de l’institution jugeait que l’institution ne devait pas collectionner la photographie puisque n’importe qui pouvait en faire… Du côté du MBAM, Stéphane Aquin explique que son musée a entrepris de combler un retard important dans l’acquisition de photographies de type documentaire du Québec des années 1970 en sollicitant des dons.

 

La photographie, considèrent tous les panélistes, appartient à un marché de l’art dont elle est désormais indissociable. Les collectionneurs, bien que trop rares au Québec pour cause d’« un déficit d’éducation aux arts autant qu’au mécénat », achètent désormais « aussi bien de la photographie que de la peinture », constate la galeriste Joyce Yahouda.

  

Caravane

 

Pendant quelques jours, des photographes d’ici et d’ailleurs suivent une caravane improvisée pour se rendre sur les sites de différentes expositions. À Grande-Vallée, le collectif Kahen, représenté cette fois par Yoanis Menge, photographe talentueux, pose son regard sur les univers parallèles à la route 132 qui traverse la péninsule.

 

À Gaspé, on pouvait entendre le professeur Serge Allaire dresser un portrait de l’histoire et de la place du livre dédié à la photographie dans notre univers culturel.

 

Patrick Dionne et Miki Gingras, deux originaux, présentent leur travail à Percé, où l’on peut voir aussi, près du quai, des oeuvres appartenant à la collection de photographie de Loto-Québec : Bill Vazan, Doreen Lindsay, Bertrand Carrière, Eliane Excoffier, Gabor Szilasi, etc. Refuge du surréaliste André Breton en 1944, Percé aurait pu soutenir par cette entremise la présentation du travail du Français Gilbert Garcin présenté plutôt à Carleton-sur-Mer.

 

Jean-François Bérubé, qui est lié à l’événement comme programmateur, propose deux expositions où son talent de portraitiste doublé de celui d’un technicien rigoureux apparaît manifeste. Du côté de Maria, Michael Flomen offre le résultat de ses travaux réalisés avec des lucioles. Du côté de Paspébiac, on voit volontiers des oeuvres d’Isabelle Hayeur. Les oeuvres de plus d’une quarantaine de photographes sont présentées le long de la péninsule.

 

Claude Goulet, le fondateur de l’événement, souhaite proposer, à compter de l’an prochain, un grand prix. Baptisé du nom du photographe Gabor Szilasi, « ce prix devrait souligner la valeur exceptionnelle d’un artiste lié aux Rencontres », explique-t-il. Avec ou sans grand prix, personne ne doute plus de la valeur de ces Rencontres internationales de la photographie.