Temps doux au Symposium de Baie-Saint-Paul

Brett Amory, Bobs Donuts 5-6 am, 2012.
Photo: Almac Camerq Brett Amory, Bobs Donuts 5-6 am, 2012.

Le 32e Symposium international d’art contemporain de Baie-Saint-Paul a pris son envol vendredi. Pendant tout le mois d’août, 12 artistes créeront dans l’habituel aréna qui permet au public de les voir en action. Si des oeuvres achevées sont escomptées, l’accent sera surtout mis sur le processus, lequel cette année composera explicitement avec le temps. Rencontre avec Serge Murphy, le commissaire qui a redonné au Symposium sa stabilité.

Serge Murphy joue le rôle de commissaire pour une troisième année consécutive, une condition exigée par la direction du Symposium qui a pris contact avec lui sur recommandation. « Les dernières années avaient été mouvementées. Il fallait redonner une stabilité au Symposium avec un mandat de trois ans », raconte posément l’artiste d’expérience dans un café de Montréal, quelques jours avant son départ pour Charlevoix.

 

Après avoir mis en dialogue des pratiques dépouillées et excessives (2012), après avoir réuni des « artistes qui ont quelque chose à dire sur la société » (2013), le thème du temps s’est imposé à lui. « Tout ce qui parle du temps m’a toujours énormément intéressé », dit-il avant d’évoquer ses inspirations, dont ce vers de Marie Uguay, poète qu’il a connue : « “Je ne sais ce que sera ma force, mais elle viendra.” Cette phrase-là me bouleverse. Elle se savait condamnée. Elle ne savait pas qu’elle était sa force, mais finalement elle l’a su parce qu’elle a accepté sa mort, qu’elle a vue venir. »

 

Ce n’est pas tant cette note grave qui a orienté la sélection des artistes, mais que le temps soit « un élément absolu dans leur pratique, et pas seulement illustré ». Le commissaire a aussi pris d’autres critères en considération. En plus de rassembler des artistes aux pratiques plus ou moins pointues, il a recherché de la variété dans les disciplines et les générations.

 

Parmi les artistes, il donne en exemple le travail de Simon Bertrand, dont le projet de longue haleine consiste à retranscrire la Bible. Au jour le jour, les visiteurs pourront aussi voir évoluer les animations « très atypiques » de Sarah Pupo ou celles de Frédéric Lavoie à même les archives de la revue contre-culturelle Mainmise. Myriam Dion déploiera dans l’espace une délicate dentelle taillée dans des journaux tandis que Sara A. Tremblay fera grossir une sphère d’argile suspendue au bout d’un treuil.

 

La peinture ne sera pas en reste. « Il faut qu’il y ait de la peinture, pour moi c’est une obligation », souligne Serge Murphy. Celui qui est respectueux de la tradition du Symposium, longtemps dédié à la pratique picturale, est convaincu de la pertinence actuelle de la peinture, pour autant aussi qu’elle « accroche les visiteurs » à qui l’installation est moins familière. C’est par le truchement de la figuration ou de l’abstraction que Brett Amory, Conor Fagan, Paul Hardy et Uday Shanbhag prendront leurs pinceaux.

 

Pour José Luis Torres, les journées seront ponctuées par l’assemblage d’objets trouvés sur place alors que Michèle Waquant cumulera sur les murs « une sorte d’éphéméride » de dessins, d’impressions numériques et de notes de lecture. C’est avec ses trois enfants que le duo The Tow Gullivers établira un camp familial, voire musical. À mi-parcours, le duo reconstituera des performances de Marina Abramovic, notoire pour la longue durée de ses actions, de qui il a obtenu les droits après avoir fait avec elle une formation.

  

Succès

 

À l’orée de sa troisième édition, Serge Murphy se dit satisfait d’avoir ramené une constance au Symposium, dont la crédibilité chancelait. Avec une bonification des subventions obtenues du CALQ et le maintien de l’achalandage, « jusqu’à 250 personnes par jour », l’événement est bien sur les rails. Ainsi, elle semble loin cette époque où les artistes pâtissaient de se produire devant le public, au point même parfois de déserter leur place.

 

Pour le commissaire, tout s’est d’abord joué sur sa capacité à mettre sur table les règles du jeu. « Moi, j’appelle les artistes. Tu es choisi, mais c’est ça, le deal. Tu dois répondre à cette commande-là », qui est d’assurer une présence et de rester positif devant les visiteurs. Le recours systématique à des médiateurs et la réduction des heures d’ouverture pour le public ont contribué à rendre ces conditions plus acceptables pour les artistes, lesquels, d’année en année, sont plus nombreux à soumettre leur candidature, preuve, aux yeux de Serge Murphy, du caractère attrayant de la formule.

 

La possibilité de rencontrer des professionnels du milieu des arts, fidèles à ce rendez-vous estival, constitue un autre atout pour les artistes, estime-t-il. Cette frange spécialisée du public n’est cependant pas la seule visée. Pour le commissaire, il importe de ne pas rester en vase clos — surtout à Baie-Saint-Paul, cadre de villégiature — et d’intéresser un public élargi. C’est, insiste Serge Murphy, « une responsabilité sociale d’agir en ce sens ».

“Je ne sais ce que sera ma force, mais elle viendra.” Cette phrase [de Marie Uguay] me bouleverse.

LE TEMPS À L’OeUVRE

Symposium international d’art contemporain de Baie-Saint-Paul, 11, rue Forget. Jusqu’au 31 août 2014.