Musée de rue pour cycliste

Plus une belle promenade qu’un tour muséal, le parcours de l’artiste Cam Novak sensibilise doucement à l’art urbain.
Photo: Cécile Amiot Plus une belle promenade qu’un tour muséal, le parcours de l’artiste Cam Novak sensibilise doucement à l’art urbain.

Une quinzaine de vélos se posent à l’angle des rues Sainte-Catherine et Sainte-Élisabeth, à Montréal. L’artiste Cam Novak, 25 ans, attend les retardataires pour commencer son parcours. Deux heures durant, du centre-ville aux abords du canal de Lachine, 14 oeuvres d’art seront l’objet de ses explications et de ses anecdotes. Des murales et des graffitis choisis pour leur histoire, leur complexité ou leur remarquable emplacement.

 

C’est la seconde année que l’artiste montréalais organise cette activité originale, fusionnant deux de ses passions : le vélo et l’art public. Selon lui, le street art est une fenêtre sur l’identité collective et ce projet « permet de montrer aux gens qu’utiliser l’espace public n’a rien d’effrayant ». Il poursuit : « Beaucoup de personnes sont intéressées par l’art public, mais elles ne savent pas par où commencer, je leur en donne un avant-goût. » Novak connaît bien le milieu du street art montréalais et ses arcanes. Que ce soit Gaia, Castro, Stare, le collectif Artducommun ou encore le prolifique Sake, les plus célèbres artistes de rue montréalais n’ont pas ou peu de secrets pour lui.

 

Pédalant derrière son guide, le groupe de visiteurs— assemblage hétéroclite de touristes et de Montréalais, d’adultes et d’enfants — reste attentif à tous les commentaires. Cécile Amiot, étudiante à McGill, se dit séduite par le concept. « C’est un bon moyen de redécouvrir Montréal. On passe souvent à côté des murales sans les regarder ou sans connaître leur histoire » ; seul bémol, selon elle, les groupes sont nombreux.

 

S’il est loin d’être un cours d’agrégé, ce tour guidé a le mérite d’interpeller le visiteur sur certaines questions importantes du street art contemporain. Comment, par exemple, assurer un héritage à cet art éphémère ? Le long du canal de Lachine comme ailleurs, les condos remplacent les vieilles usines et les terrains vagues, et avec eux des morceaux d’art urbain disparaissent. En guise de réponse, à l’angle des rues William et Canning, une immense murale de Gaia raconte les trois étapes de l’usine de sucre Redpath. Sous l’oeil inspiré d’Hermès, dieu du commerce, on y voit le bâtiment en activité, puis à l’abandon, couvert des plus grands noms de la ville, et enfin, transformé en condos.

 

Plus une belle promenade qu’un tour muséal, le parcours de Novak sensibilise doucement à l’art urbain. Après lui, certaines galeries, comme celle d’Yves Laroche, prennent le relais de façon plus lucrative. Une autre initiative, le festival MURAL sur le boulevard Saint-Laurent, a une approche moins exclusive. Sa 2e édition débute ce jeudi et Cam Novak, ce n’est pas un hasard, y fera chaque jour des visites guidées, mais à pied cette fois.

MURAL, ce concentré d’art urbain

Pendant quatre jours, dès jeudi et jusqu’à dimanche, 20nouvelles murales seront peintes devant le public à l’occasion du deuxième festival MURAL.

Le rendez-vous du boulevard Saint-Laurent, rendu piéton de Sherbrooke à l’avenue du Mont-Royal pour l’occasion, accueille cette année des artistes renommés tels que SETH (France), Inti (Chili), Kashink (France), ou encore Cyrcle (États-Unis). Parallèlement, plusieurs projections de films sur l’art public auront lieu au cinéma Excentris.

muralfestival.com
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