Gangs de l’Est

Davidson, Ti-Bras et Le Baquet forment la nouvelle curiosité de l’art à Montréal.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Davidson, Ti-Bras et Le Baquet forment la nouvelle curiosité de l’art à Montréal.

Ils sont trois, fringues cuirassées sur le dos, à attendre à l’Espace public, antre de la promenade Ontario. Impossible de les manquer, d’autant plus que sur la terrasse, la photographe du Devoir les met en vedette.

 

Le Baquet, président et porte-parole du groupe — haut-parleur, tellement son langage en impose —, Ti-Bras, l’élément féminin nommé vice-présidente, et Davidson, le trésorier au look barbu pour intimider s’il le faut, formentla nouvelle curiosité de l’artà Montréal : un club type motards au nom pas possible, Les Enfants de Chienne.

 

« On est quatre officiels, dont un qui est trop lendemain de veille pour venir aujourd’hui », explique le coloré Le Baquet. Chemise ouverte, sacres, anglicismes et un sens de la répartie : pendant la demi-heure passée au fond du bar, le leader joue son jeu jusqu’au boutte.

 

Étudiants à l’UQAM, ils avaient opté pour former une gang après avoir fait le constat que « dans le monde de l’art, ça joue rough ». Il faut « s’imposer ».

 

Ni jeu ni personnages. Leur art, c’est « une posture », « une prise de position » vis-à-vis de la réalité. Leur modèle : les Guerilla Girls, collectif féministe dont les membres portent une tête de gorille.

 

« Nous autres, résume le chef de bande, on trouve que le monde de l’art s’apparente au crime organisé. Toutte est géré par l’argent, les connexions, le territoire. Il y a une espèce de prétention à vouloir être pur, simple, “ je mets mes émotions sur une toile ”. Tandis que c’est un système à part entière, avec ses codes, règles, têtes dirigeantes, comme les motards. »

 

Actifs depuis deux ans, Les Enfants de Chienne seront de Projet HoMa, manifestation pensée pour démontrer tout le bien artistique de Hochelaga-Maisonneuve. Pour la deuxième édition, qui s’amorce jeudi à la Maison de la culture Maisonneuve et à la Fondation Molinari, les Raymonde April et Stéphane Gilot bien connus seront accompagnés d’une gang de méconnus. La consécration.

 

« Ç’a l’air qu’on est la Nouvelle Vague, exprime tout sourire Le Baquet. On est invités dans la cour des grands, exposés avec Massimo Guerrera. La grosse crème. »

 

Inspirés par le bunker des Hell’s, Les Enfants de Chienne s’y aventureront avec une installation. Une première pour eux, friands du mode infiltration.

 

On les a vus à la SRC, derrière Claude Deschênes qui faisait son topo lors du lancement de l’expo Zoo, au Musée d’art contemporain. Ils se sont présentés au bal du Musée des beaux-arts. Ils courent les vernissages, là où « il y a du vin gratis », y compris à New York, lors de l’échange Montréal-Brooklyn. Aux portes de la fondation DHC, ils ont estampillé de leur logo les mains des convives, jusqu’à être chassés.

 

Leur principe est simple : s’inviter partout pour se faire connaître. Ça marche ? « À ce que je peux voir, on fait une entrevue avec toi… »,lâche Le Biquet.

 

Une question de territoires

 

Projet HoMa II sied bien aux Enfants de Chienne : la thématique « les espaces réciproques » parle de territoire et de confrontation. La commissaire Ève Dorais évoque ainsi différentes cohabitations, territoire naturel versus habité, imaginaire versus concret, savant versus vernaculaire.

 

« J’aime les choses qui ne font pas l’unanimité. J’aime le monde sans filtre »,dit celle qui signait la récente expo Ras-le-bol, au centre Skol.

 

HoMa, où elle habite depuis peu, lui rappelle le Saint-Hyacinthe de son enfance. Un espace francophone, à la marge. Travailler avec les gens du quartier lui permet d’aborder des esthétiques moins discutées dans les sphères mondaines de l’art. Sur les 16 artistes retenus, Ève Dorais pointe Simon Gaudreau, qui filme, dans King de l’Est des jeunes de HoMa. « C’est du documentaire à la Robert Morin. Pas tellement objectif comme point de vue », résume ÈveDorais, fière de donner la parole à l’Est et à ses gangs.

Projet HOMA II – Les espaces réciproques

Maison de la culture Maisonneuve (4200, rue Ontario Est) du 12 au 22 juin, et Fondation Molinari (3290, rue Sainte-Catherine Est), du 12 juin au 24 juillet