Alfred en haut de l’affiche

Affiche pour Design International ‘99, réalisée par sérigraphie
Photo: Les éditions de l’homme Affiche pour Design International ‘99, réalisée par sérigraphie

Plusieurs dizaines de panneaux blancs sont suspendus dans la grande salle du Centre de design de l’UQAM. Sur chacune de leurs faces, ils arborent une affiche éclatante signée Alfred Halasa, la plupart datant des dix dernières années. L’homme de 72 ans, qui enseigne le design graphique depuis 1977 à l’UQAM, est chez lui dans ce centre où on l’expose pour la seconde fois.

 

Rencontré mercredi au vernissage de l’exposition Alfred en liberté, l’affichiste et designer natif de Pologne, mais Montréalais d’adoption, parle comme il crée, dans une juxtaposition de termes déconcertante, à la manière des arlequins. Il martèle : « Communications, c’est vrai miroir, réalités monde. » Ses affiches sont souvent simples d’apparence, on retient l’idée, l’efficacité du message. C’est d’abord une question de vocabulaire, explique-t-il. « Ce qui s’échange, c’est une syntaxe. »

 

À partir d’un thème, des éléments graphiques sont découpés, puis mis ensemble dans une association d’idées qu’il veut la plus évocatrice possible. Après quelques esquisses, c’est ainsi qu’un chérubin côtoie une bouteille de 7UP, et que l'exposition « 150 ans de graphisme publicitaire au Québec » obtient son affiche. Plus loin, l’emblématique cravate de Georges-Émile Lapalme, annonçant un colloque sur le politicien, semble vouloir carrément s’échapper de l’affiche.

 

Dès son entrée au lycée, à Zamosc, Alfred opte pour les arts visuels. En 1974, la tenue prochaine des JO d’été à Montréal l’intrigue. Il débarque sur l’île l’année suivante, tombe sous le charme de sa professeure d’anglais et lorsqu’un poste s’ouvre à l’École de design de l’UQAM, il saute sur l’occasion. Près de 5000 élèves plus tard, le « petit grand-père », tel qu’il se nomme aujourd’hui, garde la même attitude envers l’enseignement. Il l’affirme sans lassitude, « le rôle du professeur est de montrer, de développer l’oeil et le cerveau pour dialoguer ».

 

Le commissaire de l'exposition, Marc H. Choko a profité du vernissage pour lancer Le Monde d’Alfred II, un ouvrage publié conjointement par les Éditions de l’Homme et Infopresse. Le professeur émérite à l'UQAM y témoigne en détail de l’ensemble de l’œuvre du designer graphique et de son parcours atypique.

 

C’est que l’artiste s’exprime en artisan. Et si ses affiches sont aujourd’hui au musée, elles appartiennent encore à la rue. Bardé de prix et de distinctions, Alfred Halasa a l’enthousiasme et le désintéressement des enfants. Citant Dante pour clore ses remerciements, il dira vouloir poursuivre sa trajectoire, car « c’est l’amour qui meut le soleil et les étoiles ».

Alfred en liberté

Au Centre de design de l’UQAM jusqu’au 27 juillet