De l’interprétation des rêves et de l’art

Vue de l'exposition de Dora García à la Fonderie Darling (de gauche à droite : Mad Marginal Charts, The Joycean Society, Désordre)
Photo: Maxime Boisvert Vue de l'exposition de Dora García à la Fonderie Darling (de gauche à droite : Mad Marginal Charts, The Joycean Society, Désordre)

À la Biennale de Venise, en 2011, elle était l’artiste qui représentait l’Espagne avec une oeuvre intitulée The Inadequate. À travers une série de performances, de conversations, de débats, Doria García y discutait des moyens d’être marginal, de la marginalité dans le domaine des arts, de la littérature, de la culture en général, mais aussi de la psychiatrie, comme une forme de position politique. Elle y traitait des moyens d’expression plus opaques qu’utilisent certains artistes pour protéger leur liberté de créer et de penser. Par exemple, elle soulevait le cas de l’écrivain suisse Robert Walser et de ses textes écrits en minuscules caractères, aux limites du visible, en microgrammes, en « crayonnures », ce qui les rendait incompréhensibles de tous sauf de lui… Il a d’ailleurs fallu 20 ans pour les déchiffrer. García y parlait aussi de l’écriture à la syntaxe très complexe de James Joyce. Dans The Inadequate, García effectuait une forme de glorification de ceux qui choisissent la marginalité, de ceux qui veulent se protéger du discours dominant. Mais elle y célébrait aussi les maladroits, les mésadaptés, les outsiders, les exclus et ceux que la littérature ou les arts ont considérés comme des auteurs et des créateurs mineurs.

 

En 2013 elle revenait à Venise avec une installation vidéo intitulée The Joycean Society. Vous pouvez voir cette oeuvre ces jours-ci à la Fonderie Darling accompagnée de deux autres vidéos intitulées Désordre et Film (Hôtel Wolfers). Le tout est présenté avec deux créations murales, l’une faite d’un papier peint (le Jacques Lacan Wallpaper) et l’autre, d’écrits cryptés inscrits sur des ardoises noires comme dans une classe (les Mad Marginal Charts).

 

De quoi y parle-t-elle ? Dans cette installation très dense, elle poursuit sa réflexion sur le travail de Walser et de Joyce, y ajoutant entre autres Beckett, Kafka et Lacan, mais en se penchant plus cette fois sur la question de l’interprétation. De l’interprétation de la littérature, mais aussi du monde qui nous entoure. En fait, elle se glisse de la position de l’auteur à celle du lecteur et de l’individu en société.

 

Pour The Joycean Society, elle a filmé la réunion d’un club de lecture qui, à Zurich, depuis 1986, discute du livre Finnegans Wake de James Joyce. Les membres de cette communauté analysent chaque phrase, chaque mot, chaque connotation, chaque évocation de ce texte aux multiples significations. Une manière de nous confronter aux diverses interprétations que les lecteurs peuvent faire de la même oeuvre et de la même idée. Elle poursuit cette réflexion avec la vidéo Désordre. Pour la réaliser, l’artiste a décidé de travailler avec des individus de l’hôpital psychiatrique de Montperrin à Aix-en-Provence, un groupe formé de patients, de membres des équipes de l’hôpital et même de visiteurs.

 

À sa demande, ces gens ont lu les livres Finnegans Wake et 65 rêves de Franz Kafka de Félix Guattari afin de discuter des deux thèmes suivants : les rêves et les crimes… Cela donne une réflexion sur la limite entre le réel et la fiction qui est très riche. Et cette question de l’interprétation de l’art et du réel se poursuit dans d’autres oeuvres, dont la vidéo Film (Hotel Wolfers) où García offre une relecture de Film, création expérimentale écrite par Samuel Beckett et réalisée par Samuel Schneider en 1965.

 

L’oeuvre de García expose comment l’être humain tente continuellement de comprendre le monde qui l’entoure.

Autour des crimes et des rêves

De Dora García. Commissaire : Chantal Pontbriand. À la Fonderie Darling, jusqu’au 24 août.