Décès de la photographe Lynne Cohen

Untitled 2011, de Lynne Cohen
Photo: Collection Banque Nationale du Canada Untitled 2011, de Lynne Cohen

Lynne Cohen, un des grands noms de la photographie contemporaine, est décédée d’un cancer du poumon à l’âge de 69 ans. Cette Montréalaise était connue pour ses photos à la fois denses et pénétrantes d’espaces intérieurs froids et souvent austères où se révélait l’étrange artificialité dont nos vies sont désormais bordées. Salle d’attente, grand hall vide, spa, salle de classe, laboratoire, lieux militaires : tous ces espaces où l’absence règne à cheval sur des artifices que nous ne remarquons plus, elle s’y intéressait de près depuis les années 1970.

 

« J’ai voulu enlever une partie de la réalité d’un contexte pour la mettre ailleurs. » Sa photographie s’empare d’une réalité sociale pour la charger d’une signification nouvelle, pour « montrer le monde qui est bizarre, beau, compliqué, contradictoire. Et c’est là, comme je le trouve ! »

 

Elle se passionne pendant toute sa carrière pour « l’étrange indétermination inscrite dans les espaces fonctionnels » qui apparaissent parfois sous son oeil comme de véritables cauchemars.

 

Son travail, réalisé à la chambre photographique grand format, est notamment marqué par l’influence notable de l’oeuvre du photographe français Eugène Atget, ainsi que par l’école de Düsseldorf. On trouve en effet chez Cohen une déclinaison de ce type de regard à la fois distant et critique, animé par une perspective générale sur la nature humaine qui n’est pas dénuée chez elle d’une pointe d’ironie.

 

Née à Racine au Wisconsin, Lynne Cohen est devenue Canadienne en 1980 après avoir étudié les beaux-arts aux États-Unis. « Le point de départ fut la sculpture », dit-elle. Elle a enseigné à l’Université d’Ottawa pendant des années, tout en étant invitée comme professeure dans plusieurs établissements étrangers. « Je suis photographe et artiste, expliquait-elle en 2010. J’ai été formée en tant qu’artiste et j’en suis venue à la photographie avec ce bagage. »

 

Cohen a remporté le premier Scotiabank Photography Award, doté d’une bourse de 50 000 $, pour l’ensemble de son oeuvre. En 2001, le Musée des beaux-arts du Canada lui consacrait une rétrospective. Le Musée de la photographie de l’Élysée à Lausanne lui rend aussi un hommage l’année suivante. L’importance de son oeuvre est encore soulignée en 2005 par l’obtention d’un Prix du Gouverneur général en arts visuels. En 2012, elle publie Nothing is Hidden chez Steidel et une nouvelle édition de Occupied Territory chez Aperture, deux des éditeurs en photographie parmi les plus importants.

 

À l’annonce de son décès, la photographe Ève Cadieux affirmait sur sa page personnelle qu’elle se sentait « privilégiée d’avoir travaillé avec cette grande dame et cette artiste passionnée ». La galerie Olga Korper, qui l’a représentée pendant 14 ans à Toronto, rappelle que l’oeuvre de l’artiste est présente dans plus de cinquante collections publiques à travers le monde, dont l’Austalian National Gallery, la Bibliothèque nationale de France et l’Art Institute de Chicago. À Montréal, l’artiste est représentée par la galerie Art45.

 

Lynne Cohen luttait contre le cancer depuis trois ans. Elle vivait et travaillait à Montréal depuis 2003. À sa demande, il n’y aura aucune cérémonie en sa mémoire, ni même de service funéraire.