Manif d’art: plus manif que jamais

Justin A. Langlois, You Are Worth It, 2009
Photo: Justin A. Langlois Justin A. Langlois, You Are Worth It, 2009

Québec — La Manif d’art 7, qui commence samedi, affiche déjà ses couleurs, notamment son « x » rouge, un logo très parlant pour cette édition portée par l’intitulé « Résistance. Et puis, nous avons construit de nouvelles formes ». La « Biennale de Québec » ne sera jamais autant « manif » que cette année.

 

Jeudi, deux jours avant l’ouverture, le plus résistant des artistes du Québec, Mathieu Beauséjour, y est allé d’une intervention sonore très appropriée, sorte de collage de cris de manifestants. Cette performance urbaine, diffusée du haut du complexe Méduse, était à ce point réaliste que les passants avaient l’impression qu’une foule en liesse marchait dans les environs. Même des voitures de police s’y sont pointées.

 

À l’instar de ce préambule livré le 1er mai, la Manif d’art 7 sera fortement politisée. À l’Espace 400e Bell, lieu central de l’événement, on entendra l’Internationale, gracieuseté du vidéaste néerlandais Mark Boulos. On lira le slogan « Capitalism Kills Love », sous forme de tubes fluorescents signés du collectif parisien Claire Fontaine. On pourra suivre aussi une formation anarchiste, type Black Bloc, dirigée par l’artiste de Vancouver Justin Langlois. Son projet s’intitule The Academy of Tactical Resistance.

 

Vicky Chainey Gagnon, la commissaire invitée, a eu l’idée de monter cette exposition en réaction à « la crise économique de 2008 et à ses répercussions ». « Ce qui m’intéresse,dit celle qui se considère comme militante, c’est de tisser l’art dans une réalité sociale. »

 

Optimiste, Vicky Chainey Gagnon, jusque-là directrice d’une galerie universitaire, croit au dialogue et à la collaboration. La Manif 7 réunit pour cela « une diversité de points de vue, plusieurs approches artistiques, autant des artistes qui font partie du marché international que d’autres qui ont une posture contre le marché de l’art ». « Ce n’est pas une exposition tissée serrée », assure-t-elle.

 

Le « Et puis, nous avons construit… » du titre, la commissaire y tenait, y compris à la virgule, pour marquer cette pause nécessaire à la réflexion. Et pour évoquer la possible réinvention du monde.

 

Pour le Montréalais Juan Ortiz-Apuy, qui propose une installation recyclant plusieurs courants artistiques, c’est un peu sa vision de la résistance. « Résister peut provoquer l’émergence de nouvelles formes de pouvoir, c’est comme un cercle vicieux, dit-il. Les minimalistes, par exemple, se sont donné une esthétique indépendante, aujourd’hui récupérée par le mainstream, Apple, IKEA. »

 

La Manif d’art 7, en place jusqu’au 1er juin, disperse ses 120 artistes en 35 lieux, à la fois centres d’artistes et musées, compte des oeuvres en plein air et des expos à Lévis et à Wendake. Un macaron en vente pour 15 dollars donne accès aux différents espaces. Le site manifdart.org recense tout cela et plus.


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