Papier jette l’ancre dans le port culturel

Normand Thériault Collaboration spéciale
Une foire au caractère unique à Montréal
Photo: Agence France-Presse (photo) Ulrich Perrey Une foire au caractère unique à Montréal

Ce texte fait partie du cahier spécial Arts visuels - Papier

Il y a eu plusieurs essais. Diverses formules ont été mises en forme. Des demi-succès à l’occasion, mais jamais l’aventure n’a été aussi plaisante que celle que mène l’Association des galeries d’art contemporain avec cette foire qui, sous une même tente, réunit à la fois des oeuvres d’art, en abondance, des galeries, par plusieurs dizaines, et surtout des visiteurs, par milliers, par plus d’une dizaine de ces milliers en fait. Bienvenue dans Papier, dont la septième édition sera offerte du 25 au 27 avril prochains.

Une tente fait désormais partie du paysage montréalais. Elle est blanche, solide, et une fois l’an, on l’érige, maintenant dans le Quartier des spectacles, et, cette année, dans un nouveau lieu, quittant le côté ouest de la zone pour maintenant l’implanter à l’est de la Place des Arts, à l’angle de la Sainte-Catherine et de la rue Clark, côté nord.

 

Et qui y pénétrera dans les derniers jours d’avril y trouvera un assemblage unique. Des cubicules, des cimaises et, surtout, des oeuvres par centaines, voire par milliers. Papier porte un 14 en titre, selon l’année du calendrier. Et se poursuit ainsi la belle initiative que mène l’AGAC, cette association qui regroupe les galeries d’art contemporain et actuel de Montréal.

 

Ouverture

 

« Une foire comme celle-là est un événement qui ratisse très large. Ça permet d’entrer dans un lieu et d’avoir différentes propositions, sans l’intimidation que les gens ressentent lorsqu’ils doivent rentrer dans un cube blanc, qui est l’image que l’on a d’ordinaire des galeries d’art. Ça permet donc de s’ouvrir sur un public très large. D’autre part, c’est assez unique comme moment, parce que ça offre la possibilité aux gens de discuter avec ceux qui font les choix artistiques dans les galeries. Ce n’est pas juste un lieu où l’on fait des ventes sous pression. Ce n’est pas le but. C’est un lieu de rencontre et de démocratisation assez extraordinaire. »

 

Et ce qu’affirme Pierre-François Ouellette, le directeur de la galerie d’art du même nom, est un avis partagé par plus d’un. Et qui vient de Toronto ne pourra s’empêcher de faire la comparaison avec un autre événement, tenu dans sa ville cette fois, la Toronto International Art Fair, voyant plus d’un avantage à la formule montréalaise : « Papier met l’accent sur l’éducation du public à l’art contemporain,dit ainsi la galeriste torontoise qu’est Susan Hobbs. Contrairement au TIAF, l’entrée est gratuite, le catalogue aussi. Il contient des photos, mais surtout des informations pertinentes sur les oeuvres. De plus, l’espace est organisé pour permettre aux visiteurs de circuler librement, pas seulement longer les murs où il y a les oeuvres. »

 

Et la preuve que la formule fonctionne est facile à établir : de montréalaises qu’elles étaient, les galeries d’art participantes sont devenues sur l’affiche canadiennes, les inscriptions à l’événement provenant tant de Toronto que d’Ottawa, Calgary, Edmonton et Vancouver. Et le succès est à ce point au rendez-vous que l’AGAC vise même la scène torontoise, voulant répéter là dans un futur prochain cette formule éprouvée dans la métropole québécoise.

 

Un support et ses médiums

 

Car au-delà de cette particularité, qui fait que c’est sous une tente que se retrouvent les oeuvres d’art — pas si loin, pourtant, est le temps où, pour une première édition il y a sept ans, on se retrouvait à la place Westmount —, il y a ici utilisation d’une formule originale : toutes les oeuvres exposées sont sur papier, celui-ci étant devenu ou photographie ou sculpture, ne changeant toutefois rien dans la nature du support retenu.

 

Et si cela confère à la manifestation un caractère unique, il y a plus. Ce n’est que récemment encore que les Québécois et Québécoises se découvrent une âme de collectionneur. Comme dit un Bruno Giangiappi, « c’est en allant aux vernissages des expositions que je me suis mis à côtoyer des passionnés d’art, et une amie historienne de l’art m’a suggéré la visite des galeries du Belgo à Montréal, et c’est là que j’ai commencé à acheter un, puis deux tableaux. Quand j’ai dû commencer à entreposer des oeuvres dans le placard par manque de place sur mes murs, j’ai réalisé que j’étais devenu collectionneur. »

 

Ville renouvelée

 

Un tel parcours n’est pas unique. En fait, la place publique à Montréal se transforme. Car si, hier encore, parlions-nous d’art, disions-nous galeries et musées, on avait là un discours qui faisait état de l’implication des gouvernements ou encore rendait hommage à ces courageuses et courageux qui « osaient », voulant faire affaire dans un secteur où l’argent semblait être souvent rare.

 

Mais depuis, transformations : au Centre Phi, au DHC/ART, ne se sont-ils pas ajoutés une Poste 1700 et autres lieux qui démontrent que le secteur privé assume ses responsabilités dans cette ville qui s’affiche, et veut s’imposer, comme une métropole culturelle ?

 

Aussi, quand, du 25 au 27 avril prochains, des milliers de personnes, 12 000 visiteurs étant en fait espérés, se retrouveront en trois jours sous une tente (pour tout événement culturel à espace relativement réduit, 4000 passants par jour étant un bon score), on pourra une fois de plus dire que le paysage culturel montréalais peut être décrit comme dynamique. Ce Papier devenu Papier 14 raconte donc un Montréal dont plusieurs dans le passé rêvaient.