Sous une tente près de chez vous…

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Œuvre de Tristram Lansdowne
Photo: Le Gallery Œuvre de Tristram Lansdowne

Ce texte fait partie du cahier spécial Arts visuels - Papier

Si la Foire d’art contemporain d’oeuvres sur papier, septième du nom, est devenue au fil des années pancanadienne et attire des galeries en provenance de toutes les provinces, il n’en reste pas moins que la grande majorité d’entre elles ont pignon sur rue à Montréal. Un moment idéal, selon elles, pour rencontrer une nouvelle clientèle, faire découvrir les artistes qu’elles représentent, mais aussi démystifier l’art contemporain.

«Une foire comme celle-là est un événement qui ratisse très large, explique Pierre-François Ouellette, directeur de Pierre-François Ouellette art contemporain, galerie qu’il a fondée il y a douze ans. Ça permet d’entrer dans un lieu et d’avoir différentes propositions, sans l’intimidation que les gens ressentent lorsqu’ils doivent rentrer dans un cube blanc, qui est l’image que l’on a d’ordinaire des galeries d’art. Ça permet donc de s’ouvrir sur un public très large. D’autre part, c’est assez unique comme moment, parce que ça offre la possibilité aux gens de discuter avec ceux qui font les choix artistiques dans les galeries. Ce n’est pas juste un lieu où l’on fait des ventes sous pression. Ce n’est pas le but. C’est un lieu de rencontre et de démocratisation assez extraordinaire. »

 

Tous insistent sur cette démocratisation, du fait de l’accès gratuit au lieu, fait fort rare sur le marché international de l’art. « C’est un événement rassembleur pendant lequel la galerie peut rencontrer ses clients à l’extérieur de ses murs, explique Anaïs Castro, adjointe à la direction et responsable des relations avec les médias de la galerie Art Mûr. Et puis, comme l’entrée est gratuite et que ça promeut la versatilité du medium papier, c’est aussi très abordable pour de nouveaux ou de jeunes collectionneurs qui n’auraient pas les moyens d’acquérir des oeuvres comme de la peinture ou de la sculpture. C’est un premier pas et souvent une belle surprise, parce que le papier, ce n’est pas seulement du dessin, comme on pourrait le penser de prime abord. »

 

Découvertes

 

C’est aussi beaucoup de sérigraphies, de la photographie, des oeuvres à moins de cent dollars, mais aussi à plusieurs milliers… l’Art Mûr ayant par exemple déjà exposé le travail de Claude Tousignant.

 

« Chaque année, on rencontre de nouveaux clients, affirme François Babineau, assistant à la galerie Simon Blais et membre de l’équipe d’organisation de la foire Papier depuis ses débuts. Des gens qui nous découvrent ou qui nous connaissaient déjà, mais qui tout à coup se rendent compte qu’ils ont plus d’affinités qu’ils ne le pensaient avec le travail des artistes que nous représentons. C’est aussi un super instrument d’éducation. L’entrée est libre, les formats pas très grands, la diversité intéressante. En deux heures, les visiteurs peuvent faire un rapide survol de ce qui se fait ici en matière d’art contemporain. »

 

Une belle occasion aussi pour les galeristes de briser l’image hautaine qui leur colle souvent à la peau. « On traîne une image de gens prétentieux, pédants, c’est comme cela que l’on nous figure dans les publicités, par exemple, regrette François Babineau. On nous présente toujours regardant la clientèle néophyte de haut. Chaque fois que les gens parlent d’art contemporain, ils prennent un accent pointu… Au contraire, nous sommes une grande majorité à faire de la médiation. Lorsque les gens arrivent à la galerie, on prend le temps de leur parler, on leur explique l’exposition, on leur donne deux ou trois clés pour qu’ils puissent comprendre la production qui se trouve sur nos murs. »

 

Historiques et actuelles

 

À la foire Papier 14, la galerie Simon Blais exposera cette année des oeuvres de Michel Campeau, Louis-Philippe Côté, Alexis Lavoie, Julie Ouellet. « Probablement des oeuvres historiques aussi,complète M. Babineau, un dessin d’Edmund Alleyn, notamment, et aussi de Jean-Paul Riopelle. Mais essentiellement, une présentation de nos jeunes artistes contemporains. »

 

De son côté, Pierre-François Ouellette proposera des oeuvres accessibles d’artistes dont la production ne l’est pas toujours. « C’est ce que j’aime du papier, explique-t-il. Son immédiateté. Ça permet à l’artiste de traduire sa réflexion sur un médium qu’il est plus abordable et plus facile d’avoir dans son salon. Parce que c’est important d’avoir de l’art dans son environnement. »

 

Ainsi, Luc Courchesne, Karilee Fuglem et Ed Pien seront notamment à l’honneur. « Prenons Luc Courchesne, par exemple, bien connu pour son travail exposé à la Société des arts technologiques, explique Pierre-François Ouellette. Il propose en général une production qui nécessite un engagement extrême, puisque ses oeuvres sont à base de logiciels et de téléviseurs. Mais en même temps, il a fait des petites oeuvres sur papier, des photos qui reprennent à un autre niveau et d’une autre matière toutes les réflexions conceptuelles qui se retrouvent dans ses oeuvres interactives. Alors, au lieu d’être dans le Panoscope, au lieu de vivre et de circuler dans l’oeuvre à partir d’interfaces logicielles, ce sont de petites photos que l’artiste invite à manipuler, car pour lui, l’important, ce n’est pas de voir le monde d’une seule façon, mais en interagissant avec lui. »

 

Interaction encore avec la galerie Art Mûr, qui a invité Erika Dueck, artiste montante qui a remporté récemment le prix national de la Banque de Montréal, à réaliser une oeuvre sur place durant la soirée-bénéfice, le jeudi soir.

 

« Ça, ça devrait être très intéressant,estime Anaïs Castro. En dehors de cela, nous privilégierons sur notre kiosque les artistes qui feront l’objet d’expositions dans les mois avenir, à la galerie. Ainsi, Sonny Assu et Rebecca Belmore, qui feront partie de notre prochaine exposition Storytelling, sur l’art contemporain autochtone, seront là. Éric Lamontagne, Zeke Moores, Diana Thorneycroft, Barbara Todd et Jinny Yu feront aussi partie de notre sélection. »

 

Collaboratrice