«Tout le monde est bienvenu»

Jérôme Delgado Collaboration spéciale
Exposition de Patrick Martinez dans le cadre de Montréal-Brooklyn, 2012.
Photo: Paul Litherland Exposition de Patrick Martinez dans le cadre de Montréal-Brooklyn, 2012.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Vingt-cinq ans qu’il s’y mijote, au Centre Clark, une bonne part de l’art québécois d’aujourd’hui et de demain. Ce premier quart de siècle, toutefois, le « centre d’art et de diffusion » ne l’a pas seulement passé à monter et démonter des expositions. Des projets d’ordre social, inclusifs d’une vaste collectivité, ont fait aussi sa marque. C’est un peu beaucoup énormément pour cette raison que Clark, l’année de ses 25 printemps, est le finaliste des arts visuels, en lice pour le Grand Prix du Conseil des arts de Montréal.

Il n’y a pas de hasard, que des rendez-vous, disait Paul Éluard. Pour la première fois de son histoire, le Centre Clark se trouve dans la prestigieuse liste du CAM, l’année d’une des plus grandes bourrasques secouant le milieu de l’art contemporain montréalais.

 

En effet, avec l’inauguration du Pôle de Gaspé, ou Pi2 de Gaspé, de son nom officiel, naît dans le Mile-End un véritable aimant auquel il sera difficile de résister. Mais sans Clark et son esprit militant, qui sait si cet imposant regroupement de diffuseurs (sept pour le moment, sans doute davantage dans les mois à venir) et d’ateliers aurait vu le jour ? Clark a (enfin) rendez-vous avec les grands honneurs.

 

« C’est un lieu dynamique », constate Manon Tourigny, elle qui occupe depuis trois ans le poste d’administratrice. Avec bonheur. « J’avais envie de travailler dans un milieu où côtoyer des artistes. J’ai vite fait partie de la famille. » Et qu’est-ce qui reflète le mieux ce lieu dynamique et accueillant ? Le mur éventré qui sépare les espaces publics des bureaux. « Le contact est important, tout le monde est bienvenu », clame, pour sa part, Yann Pocreau, coordonnateur général.

 

Rassembleur, leader, novateur, les qualificatifs associés au Centre Clark décrivent bien le chemin parcouru par l’organisme né au centre-ville. Parmi les artistes passés par lui au fil des ans, on compte des gens comme Nicolas Baier, Patrick Bernatchez ou Valérie Blass, ambassadeurs appréciés de l’art fait au Québec. L’exposition Les bricolos de 1998 est parmi les plus emblématiques de son époque et l’encan Clark, tradition de fin d’année, est devenu un modèle de collecte de fonds repris par plusieurs organismes à but non lucratif.

 

Une identité en bois

 

Le Centre Clark n’abrite pas seulement un espace de diffusion, ne pense pas seulement en termes d’exposition. Une grande partie de son identité provient de son atelier de bois. On y offre non seulement l’espace et le matériel pour y travailler, l’expertise aussi. Yan Giguère, le responsable de l’atelier presque depuis toujours, assure que même des écoles appellent le centre à l’aide.

 

En 2002, Clark, galerie et atelier compris, a quitté la rue qui lui a donné son nom. Un départ fait dans l’urgence et sous la pression du propriétaire de l’immeuble. En un mois et demi, vingt paires de bras ont bâti les nouvelles salles, les mêmes qu’aujourd’hui, à quelques détails près.

 

Il a été le premier à s’installer avenue de Gaspé, flairant le potentiel artistique de ce secteur industriel en mutation. À son arrivée, à peine une quinzaine d’artistes y travaillent. En 2014, ils seraient près de 1000, sans compter tous ceux qui gravitent autour des lieux de diffusion et de création qui s’y sont installés en douze ans. La transformation des lieux, en cours jusqu’en mai, n’a pas changé le Centre Clark, étonnamment.

 

« On a constaté qu’on n’avait pas besoin d’espaces plus grands, qu’on pouvait se développer autrement. Après des millions de dollars dépensés [pour l’ensemble des rénovations dans l’immeuble], la seule chose qui n’a pas changé, c’est le local 114. Tout a changé jusqu’au 12e étage, sauf notre local », confie Yann Pocreau.

 

Luttes d’hier et défis de demain

 

Avant d’aboutir au naissant Pôle de Gaspé, il a fallu se battre contre la hausse des loyers, défendre l’âme artistique de la rue, voire du quartier. Clark a mené le combat, comme il a piloté d’autres projets fédérateurs, tels que les Ateliers portes ouvertes (2009-2011), une activité de médiation culturelle, ou Montréal-Brooklyn (2012-2013), une série d’expositions des deux côtés de la frontière.

 

Pour se développer, Clark se tourne maintenant vers l’étranger. De plus en plus. Les expériences passées, notamment des expéditions en Serbie, en France et plus récemment, donc, aux États-Unis, et l’actuelle entente avec le Conseil des arts et des lettres du Québec, qui lui permet d’accueillir en résidence des artistes d’Amérique latine, le placent nécessairement dans une position de confiance. Une confiance plus qu’établie, maintenant que la naissance du Pôle de Gaspé a mis fin aux années de précarité et des pires spéculations.

Collaborateur