Deux artistes de Montréal primés

Portrait de Angela Grauerholz
Photo: Martin Lipman Portrait de Angela Grauerholz
La photographe Angela Grauerholz et l’auteur d’installations silencieuses à résonance musicale Raymond Gervais figurent désormais dans le cénacle de l’art contemporain canadien. Les deux Montréalais, qui partagent un intérêt pour la mémoire et l’archive, font partie de la cuvée 2014 des Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques dévoilés mardi par le Conseil des arts du Canada. Ils s’y retrouvent en compagnie de six autres personnalités, dont Kim Adams et Max Dean, artistes phares de Toronto.

Angela Grauerholz a longtemps été associée à la photographie à longue exposition, énigmatique et très personnelle comme les portraits de femmes qui l’ont révélée en 1984. Depuis les années 2000, sa pratique a pris ancrage dans des projets démesurés de catalogage et de création sans fin, tels que l’installation Salle de lecture de l’artiste au travail ou du projet Web At Workand Play. En 2006, elle a obtenu le prix Borduas, attribué par le gouvernement du Québec.

Raymond Gervais est arrivé aux arts visuels au début des années 1970 par le biais de la musique. Depuis, il s’est évertué à rapprocher l’écoute et le regard, jusqu’à en évacuer la dimension sonore. La rétrospective 3x1, qui réunissait en 2011 bon nombre de ses installations en photos et objets musicaux, en avait rendu compte avec éclat. En 2010, la Fondation Nelligan l’avait honoré du prix Ozias-Leduc.

Les deux lauréats québécois ont choisi la carrière artistique presque « par accident », comme le dit Grauerholz, une graphiste formée en Allemagne. « Je suis venue au Canada grâce à une bourse et je me suis inscrite à Concordia en photographie. Je n’avais jamais touché à une caméra. C’était une aventure », confie celle qui enseigne à l’École de design de l’UQAM.

« Autodidacte passionné de musique », Gervais considère, lui, avoir profité de l’effervescence d’une époque où tout était permis. « On n’enseignait ni l’installation ni la performance. Il y avait un travail à faire et j’ai été la bonne personne au bon endroit, au bon moment », dit celui qui s’est lancé « sur le tas, à inventer le monde ».

Les deux ont persévéré, se sont réinventés. Angela Grauerholz a vécu l’apparition du numérique comme l’occasion de se tourner vers l’installation, mais aussi vers la photo couleur et un travail sur la reproduction et le processus de création.

Raymond Gervais a éliminé le son lorsque celui-ci lui a paru faire « écran », « qui empêche de voir ». Dépouillé, son travail n’a pas moins abouti à « des pièces d’écoute », à l’instar de l’emblématique 4’33” de John Cage, son oeuvre référence.

Attribués depuis 1999, les Prix du Gouverneur général sont dotés de bourses individuelles de 25 000 $. Outre Kim Adams, célèbre pour ses sculptures-assemblages et miniatures, et Max Dean, vidéaste et performeur prolifique, la liste de 2014 comprend Carol Wainio, peintre d’Ottawa, Jayce Salloum, artiste en arts médiatiques de Vancouver, Sandra Brownlee, tisserande de la Nouvelle-Écosse, et Brydon Smith, conservateur d’Ottawa.

Le Musée des beaux-arts du Canada présentera l’exposition annuelle des prix du 28 mars au 6 juillet.

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Raymond Gervais, artiste de la performance et de l'installation

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