L’effet BGL souffle sur la ville de Québec

Usine de sapins, de BGL, 2009, vue de l’installation à la galerie Parisian Laundry, à Montréal
Photo: David Jacques Usine de sapins, de BGL, 2009, vue de l’installation à la galerie Parisian Laundry, à Montréal

Québec — Le choix du Musée des beaux-arts du Canada d’envoyer le trio d’art contemporain BGL à la prochaine Biennale de Venise en 2015 ne passe pas inaperçu à Québec, ville natale du collectif. Début février, lors de l’inauguration du Mois Multi, événement d’arts électroniques pourtant peu en accointance avec la signature BGL, l’hommage du directeur des Productions Recto-Verso a provoqué un tonnerre d’applaudissements, Gaëtan Gosselin allant même jusqu’à prendre une photo de la foule avec un appareil, en bois, signé… BGL.

 

La même semaine, l’Université Laval, dans un communiqué publié par Jocelyn Robert, directeur de l’École des arts visuels, avait aussi salué ses anciens étudiants, Jasmin Bilodeau, Sébastien Giguère et Nicolas Laverdière, les trois têtes de BGL.

 

La sélection vénitienne est une sorte de consécration pour le groupe formé en 1996, et présent depuis sur toutes les scènes, y compris celles de Paris (lors de la Nuit blanche 2011) ou du Massachusetts (l’expo Oh, Canada, en 2012).

 

« Depuis l’annonce [de la Biennale], la ville est en liesse », dit Pierre Sasseville, du duo d’artistes contemporains Cooke-Sasseville, non sans rire. Il assure, plus sérieux, que la joie est partagée par la « plupart des artistes avec qui on a parlé ».

 

Gaëtan Gosselin apprécie « la vivacité exceptionnelle et la vision artistique articulée » des trois hommes, très liés à la coopérative Méduse à Québec. À ses yeux, leur accomplissement bénéficie aux centres d’artistes de tout le pays. C’est la réussite d’un modèle.

 

« BGL à Venise, signale-t-il, c’est la démonstration qu’il faut continuer à encourager la création contemporaine dans ses expressions les plus diversifiées et insolites. »

 

Jocelyn Robert voit dans BGL « le prototype de l’artiste de Québec ». « Plus que ça, insiste-t-il. BGL est le reflet de Québec. Il est à Québec, avec Québec, dans Québec. [Les trois] sont de tous les vernissages, s’impliquent dans le milieu, dans des comités. »

 

« BGL donne la preuve que [le prestige] n’est pas que pour les artistes des grands centres métropolitains, renchérit Pierre Sasseville. Oui, les gars ont un parcours exceptionnel. Mais ce sont des gens qu’on côtoie. Leur atelier est à quelques jets de pierre du nôtre. »

 

Les lettres de noblesse

 

La communauté artistique, Méduse, l’implication locale… BGL est tout ça. Il donne « les lettres de noblesse à la pratique en collectif », croit Boris Dumesnil-Poulin, jeune artiste membre du trio OscarIndiaRomeo. Il a dès lors espoir que la société fera du collectif « une entité artistique reconnue ». Ce ne serait pas encore le cas, malgré les Gilbert George et General Idea de ce monde, malgré le succès ici de BGL.

 

« Pendant le bac, dit le diplômé de l’Université Laval, j’ai été confronté à la résistance des profs, d’autres étudiants, du milieu en général. On valorise l’individu, l’artiste solitaire. »

 

Or, il y a beaucoup à tirer de la création collective, croit-il. Notamment le plaisir au travail. « BGL, c’est le plaisir, l’humour. Leurs projets sont agréables. Ça paraît qu’ils ont du fun », relève Boris Dumesnil-Poulin.

 

Jocelyn Robert reconnaît que d’importants changements doivent être apportés aux programmes universitaires. « Nous sommes en train de voir comment mieux soutenir les collectifs », dit le directeur universitaire, pour qui des gens comme Bilodeau, Giguère et Laverdière ont forcé ces réflexions. Selon lui, grâce à BGL, « il est possible d’être à Québec, d’être un collectif et [de suivre] un parcours artistique de différentes manières ». Et puis, de s’envoler vers Venise.


Collaborateur

2 commentaires
  • Josette Allard - Inscrite 18 février 2014 07 h 23

    À quand une œuvre publique à Québec

    De BGL. Il sont beau être de Québec, la Ville ne leur fait pas plus de place. Pourtant la Métropole, elle, n'a pas hésité à acheter une œuvre publique de grande dimension.

    • Stéphane Laporte - Abonné 18 février 2014 14 h 25

      Il y en as déjà une, «C'est sûrement des étudiants qui ont fait ça» près de l'université Laval , 2410 chemin Sainte-Foy