Harry Parnass - Avoir une vision

Né à New York, élevé en partie à Los Angeles, diplômé de l'Université Columbia, il reçoit une bourse d'étude d'un an à l'étranger. De retour d'Europe où, sans le sous, il a pris un bateau pour Montréal, séduit d'emblée à son arrivée par tous les gratte-ciel en construction qui se profilaient alors à l'horizon, il se rend à la première cabine téléphonique et contacte cinq bureaux d'architectes qui tous, lui ont offert du boulot. Il a fait son choix et on lui a donné la responsabilité de concevoir le plus grand pavillon d'Expo 67. C'était le début d'un temps nouveau. Parmi les faits saillants de sa carrière, il a aussi travaillé d'un bout à l'autre du pays, aménageant les bords de l'eau de Halifax, de Saint-John's et de Vancouver. Avec sa femme, il a créé la boutique de vêtements Parachute qui a connu un succès phénoménal au début des années 1980 avec plus de 200 points de vente partout dans le monde, dont 24 magasins au Japon.


Pour Henry Parnass, culture et design, au sens sociétal, soient étroitement reliés. Il faut conscientiser les jeunes à l'importance du design à l'intérieur même de notre système scolaire. «Dans la plupart des pays européens, l'enseignement de l'art et de sa pratique commence très tôt. Le rôle intrinsèque du design et de sa valeur pour rehausser la qualité de vie est clairement établi. Les Italiens se soucient de leurs vêtements, de leurs voitures, de la qualité du café; ce sont des indicateurs d'une société qui intègre la valeur du design et qui ne peut en être dissociée. La sensibilisation au rôle du design demande beaucoup de travail et je crois qu'il faudra consentir beaucoup d'efforts pour que Montréal devienne un grand centre de design de calibre international.»


Mais les politiciens canadiens ont une certaine hésitation face à l'excellence, craignent l'innovation et les risques et trouvent la médiocrité tout simplement plus confortable. Il croit, de son côté, au métissage, à l'ouverture sur le monde et à la nécessité de faire appel à des gens de partout. Il donne en exemple Expo 67 qui l'a propulsé. «Grâce à tout cet afflux, la ville souterraine a pu être créée. Tous les systèmes de l'infrastructure ont été mis en place. Cela a marqué un point tournant.» Comme Québécois depuis quelque 30 ans, il trouve que la société met trop de temps et d'énergie à regarder vers le passé. Il propose de changer la devise des plaques d'immatriculation — Je me souviens — pour J'ai une vision. Cela indiquerait d'après lui où nous nous situons par rapport au reste du monde.


«Quand on visite Milan, Londres ou Berlin, des villes qui ont une histoire très riche, on voit qu'elles sont tournées vers l'avenir. Berlin a organisé des concours internationaux sollicitant la participation de collaborateurs de partout pour aller chercher le meilleur de ce que le monde peut offrir.»


Il propose que Montréal lance systématiquement des concours pour tout ce qui touche l'environnement bâti: lampadaires, abribus, les différents moyens de transport, les squares, l'aménagement des berges comme le canal Lachine, etc. Il énumère aussi certaines des récentes réalisations qui ont vu le jour à Montréal et qui, selon lui, sont des scandales: le Palais des congrès, plusieurs édifices universitaires, le Musée d'art contemporain, etc. Il insiste sur l'importance de faire appel aux meilleurs cerveaux du monde: la ville de Bilbao, avec son musée Guggenheim dessiné par Frank Gehry, attire des millions de touristes par année. Cette réalisation aurait de plus le mérite d'avoir complètement changé la façon de concevoir des nouveaux musées à travers le monde. Un pouvoir de frappe que Montréal aurait intérêt à acquérir.

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