Le labyrinthe de l’art

Patrick Bérubé a construit un parcours-expérience, sorte de petit labyrinthe spatial, mais aussi symbolique.
Photo: Mike Patten Patrick Bérubé a construit un parcours-expérience, sorte de petit labyrinthe spatial, mais aussi symbolique.

En quelques décennies, la manière d’appréhender l’oeuvre d’art — ce que certains pourraient appeler un peu pompeusement « l’expérience artistique » — a totalement changé. Il fut une époque où on croyait que, pour vivre l’oeuvre, il suffisait de la ressentir, de se laisser aller à ses sentiments en la regardant… En particulier, bien des artistes abstraits ont vanté les mérites de la sensation. Pour comprendre l’art, il suffisait — nous disait-on — de pleinement s’ouvrir aux émotions procurées par les couleurs, les textures, les formes…

 

C’était une tentative (naïve ?) de démocratiser l’oeuvre d’art, de prétendre qu’elle est accessible à tous. De nos jours, l’oeuvre d’art a totalement et ouvertement renoué avec une multitude de savoirs. C’est, par exemple, le cas de l’exposition Uraniborg, de Laurent Grasso, présentée au Musée d’art contemporain l’an dernier. Dans cette création complexe se retrouvait toute une série de références à la grande et petite histoire, références qu’il fallait comprendre en lisant des panneaux explicatifs ou le catalogue ou encore en écoutant les vidéos qui faisaient partie de l’oeuvre.

 

À la galerie Art Mûr, l’artiste Patrick Bérubé a créé une installation qui fait énormément (un peu trop ?) penser à l’oeuvre de Grasso. Il a construit un parcours-expérience, sorte de petit labyrinthe spatial, mais aussi symbolique. Après être passé par une salle d’attente, le visiteur pourra explorer quatre autres salles qui semblent renouer avec ces anciens cabinets de curiosités qui ont foisonné de la Renaissance au XVIIIe siècle.

 

Dans la série d’objets installés, le visiteur verra se développer des liens avec la musique, avec la Bible, avec l’histoire de la conquête de l’Ouest et de la ruée vers l’or… Une oeuvre qui lui demandera un travail interprétatif important, afin de tenter de recréer un ou plusieurs récits cohérents incluant tous ces objets hétéroclites. Dans cette manière de faire, très actuelle, nous pourrions voir un lien avec l’art des symbolistes qui, au XIXe siècle, croyaient que la seule façon de répondre à l’énigme de la vie était de créer une oeuvre qui fonctionne comme un secret, une oeuvre opaque qui doit elle aussi être décodée, interprétée.

 

René Payant, théoricien de l’art, enseignait dans ses cours que l’installation est le nom postmoderne de l’oeuvre d’art. Chez Bérubé, comme Payant l’expliquait, le spectateur doit réfléchir afin de comprendre ce qui lie plastiquement ou intellectuellement ces éléments installés ensemble qui pourraient paraître totalement disparates au premier coup d’oeil.

 

Pour vous aider, nous pouvons dire que Bérubé traite du fait que le monde semble fonctionner dans une continuelle répétition (d’où le lien avec la valse) des mêmes problèmes : cupidité des individus, désir de gloire, incapacité de nos politiciens à agir… Bérubé nous amène à voir l’histoire comme une « comédie humaine » où les mêmes idées et problèmes reviennent sans cesse. Un des bons exemples de cela se retrouve dans la salle d’attente. Bérubé y a placé presque tous les numéros de la revue National Geographic publiés depuis sa naissance, en 1979. Dans ces numéros, qui constituent une oeuvre intitulée Babel, il a remarqué qu’il est toujours question des mêmes sujets très préoccupants : pollution, réchauffement de la planète… Pourtant, nos actions pour contrer ces problèmes restent très limitées.

 

Vous profiterez de cette visite chez Art Mûr pour aller voir deux autres expositions, l’une du duo de Québec Pierre Marie, l’autre intitulée À la frontière du monochrome, qui exhibe quelques pièces formidables de Molinari et de Gaucher.



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