Peter Doig, fauve psychédélique

Peter Doig devant l’une des œuvres grand format qu’il expose au Musée des beaux-arts de Montréal.
Photo: Michaël Monnier - Le Devoir Peter Doig devant l’une des œuvres grand format qu’il expose au Musée des beaux-arts de Montréal.

Il contribue au renouveau de la peinture, dont on a si souvent annoncé la mort au siècle dernier. Écossais d’origine, canadien dans l’âme, trinidadien dans le coeur, Peter Doig déploie ses oeuvres grand format et colorées dans les salles classiques du pavillon Michal et Renata Hornstein du Musée des beaux-arts de Montréal.

 

Inaugurée aujourd’hui, l’exposition Nulle terre étrangère, qui couvre les treize dernières années de pratique du peintre, depuis qu’il est retourné vivre à Trinidad, fait l’événement de la rentrée culturelle. « Les gens ne réalisent pas à quel point c’est exceptionnel », note le conservateur Stéphane Aquin, en veillant aux dernières touches de l’accrochage. En effet, Peter Doig, dont les toiles sont parmi les plus chères vendues sur le marché de l’art pour un artiste vivant, ne multiplie pas les expositions bien qu’il soit très sollicité.

 

Celle-ci est menée conjointement avec les National Galleries of Scotland d’Édimbourg, où elle a été encensée à l’automne, et ne fait qu’un arrêt en Amérique du Nord. C’est d’ailleurs sa première exposition d’envergure de ce côté-ci de l’océan. Le Tate Modern Museum lui avait consacré une rétrospective en 2008.

 

Mais ces considérations s’évanouissent quand on se retrouve devant l’artiste et ses toiles. La valeur de ses oeuvres sur le marché, il préfère l’oublier. « Cela n’a rien d’inspirant, au contraire… », dit le cinquantenaire, féru des Canadiens de Montréal, dont il ne manque pas une partie à la télévision depuis son chaud pays.

 

Ses oeuvres, elles, éclatent de couleurs, rappelant ses allégeances postimpressionnistes, surtout accrochées aux murs du MBAM originel, conçu justement pour les peintres de l’époque dont il se réclame. Peter Doig, fauve aux accents psychédéliques ?

 

« J’ai toujours aimé les couleurs très vives et non représentatives, confie-t-il. C’est pourquoi j’aime les artistes comme [Henri] Matisse ou [Edvard] Munch, parce qu’ils n’utilisent pas les couleurs pour représenter ce qu’ils voient, mais ce qu’ils ressentent ou pour susciter un effet. J’essaie de me rendre à un point où on ne pense plus à la couleur, à ce à quoi on l’associe. »

 

Après sa petite enfance à Trinidad, le jeune Doig suit sa famille au Québec à l’âge de sept ans. Ses études en arts terminées à Londres, il revient vivre à Montréal pendant trois ans. Ses distants souvenirs québécois ont largement alimenté sa première période artistique. Ses retrouvailles avec Trinidad en 2000 marquent un tournant, dont témoignent les quelque 40 toiles de l’exposition du MBAM, qui compte aussi des oeuvres sur papier.

 


« Je travaille sur des sujets devant moi, plus directement », dit-il. Et ce, même s’il peint souvent à partir d’images, de cartes postales qu’il peut côtoyer parfois des années avant de les coucher sur la toile. Pour l’artiste, tout se résout dans l’acte de peindre. « Le dilemme du peintre est de résoudre la prochaine peinture pour l’amener à un autre niveau. »

 

Les scènes dépeignent un quotidien alangui, paysages exotiques, scènes de jeu, promenades solitaires. Certains tableaux ont un trait presque enfantin, mais un voile de mystère en évacue en même temps la banalité. « Je suis inspiré par les lieux, par mes réactions à cet environnement, par mes sentiments pour ces lieux, les gens, l’histoire de la société post-coloniale. [Trinidad] est un endroit intéressant à cause des questions qu’il suscite. Au début, on est captivé par ce qu’on pourrait qualifier d’exotique, mais après y avoir vécu un moment, on connaît mieux l’endroit, on réalise ce qu’il y a en dessous et on cesse d’y voir de l’exotisme. »

 

Et c’est là qu’il se distancie profondément de l’exotisme abondamment traité par ses prédécesseurs, il y a cent ans. « On a une plus grande compréhension de l’histoire et de ce qui se passe dans le monde et ça influe sur la manière dont on travaille. »