Vers une «galerie sociale» en arts visuels?

L’œuvre Nageur (plastigraphie sur bois, 44 po x 28 po, 2011) de Frédérique Marseille, a été vendue grâce à la vitrine Prêt d’art.
Photo: Source Frédérique Marseille L’œuvre Nageur (plastigraphie sur bois, 44 po x 28 po, 2011) de Frédérique Marseille, a été vendue grâce à la vitrine Prêt d’art.
Un nouveau service de prêt d’œuvres d’art est né. Prêt d’art combine la puissance des réseaux sociaux à la galerie virtuelle. Une « galerie sociale » qui permet à quiconque de vivre avec une œuvre dans son salon. Gratuitement. Un peu comme le fait déjà le site Bandcamp en musique. 

Le projet lancé en décembre vise à « briser les frontières entre le grand public de l’art visuel et les créateurs », selon le site Web www.pretdart.com. S’il partage la mission d’autres services existants, comme l’Artothèque ou l’Imageothèque de l’Université Laval, il s’en distingue par la gratuité du prêt.

« C’est comme du troc social pour moi, explique Frédérique Marseille, instigatrice du projet, dont les œuvres sont également offertes sur le site. Tout le monde se rend service ; l’artiste prête gratuitement l’œuvre, en échange l’emprunteur lui donne visibilité. » Car au cœur des clauses de responsabilités qui incombent à chacune des parties figure l’obligation, pour l’emprunteur, de photographier l’œuvre accrochée chez lui et de la publier sur les réseaux sociaux auxquels il est abonné, en prenant soin de mentionner le nom de l’artiste et le projet Prêt d’art.

Dix artistes, dont plusieurs en fin de parcours universitaire en arts visuels, font partie de la première édition du service. Ils y proposent de la photographie, du street art, des arts graphiques et surtout de la peinture. Des quelque 80 œuvres mises en vitrine en vue d’un prêt, plus d’une trentaine ont trouvé preneur en un petit mois d’activité. Le prêt s’étend sur une année. L’emprunteur peut décider à tout moment d’acheter l’œuvre au prix déterminé par l’artiste.

« Ça permet à des artistes qui n’avaient pas encore de tribune de bénéficier de plus de visibilité », dit la fondatrice de 24 ans, qui se réjouit de l’engouement que suscite le service. « On n’est pas là pour mettre les bâtons dans les roues des galeries, mais pour les compléter, là où il y a des carences. » Elle déplore le fait que ceux qui profitent des œuvres sont souvent proches ou issus du milieu de l’art. « J’ai découvert que les gens de tous les milieux veulent côtoyer l’art, mais ça leur est souvent inaccessible. » Pour trouver un public issu d’autres secteurs de la société, il faut selon elle passer par « d’autres canaux ».

La deuxième phase de ce qu’elle appelle déjà la « galerie sociale » s’ouvrira au reste du monde (en fonctionnant par villes) et misera encore davantage sur l’absence d’intermédiaire, sur une offre générée par les utilisateurs. Elle cite l’exemple de ce que fait Bandcamp en musique. « Je veux que l’artiste puisse lui-même afficher ses œuvres et même définir ses clauses. » Et que le public soit le seul juge de ce qui mérite de trôner dans son salon.