L’art qui fait du bien

Un homme atteint d’alzheimer discute d’une œuvre d’Otto Dix, au MBAM.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Un homme atteint d’alzheimer discute d’une œuvre d’Otto Dix, au MBAM.

Francesca a perdu son mari atteint d’alzheimer il y a quelque temps, mais elle ne manque pas un atelier Fil d’art. La présentation personnalisée d’oeuvres choisies, doublée d’une activité créative, a été mise sur pied par le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) pour donner un répit aux gens atteints, en phase précoce, et à leurs aidants.

 

Jürgen, un autre habitué, a eu le coup de foudre pour les oeuvres de Norval Morrisseau et s’est mis à peindre au point de répondre à des commandes d’amis. « C’est une grande source de fierté pour lui, indique au Devoir son art-thérapeute, Pascale Godbout, et ça procure beaucoup de plaisir à sa conjointe, Alice. »

 

Lancé il y a cinq ans, conjointement avec la Société Alzheimer, le programme Fil d’art grandit un peu plus chaque année. Deux autres organismes offrant un soutien à ces clientèles se sont joints à l’aventure, qui s’inspire de celle du Museum of Modern Art, à New York, lancée en 2006. Une pratique innovatrice saluée par diverses revues de recherche universitaire, qui notent une baisse des troubles comportementaux et une amélioration de l’humeur chez les gens atteints de démence.

 

Pour Pascale Godbout, les ateliers du MBAM sont d’abord un lieu agréable de rencontre, source de plaisir et de beauté. « C’est une formule très simple et conviviale et c’est très normalisant pour eux d’être avec des gens qui les comprennent », dit celle qui prend alors congé de la thérapie proprement dite pour offrir plutôt un soutien humain, une présence confiante.

 

Les personnes atteintes et leurs aidants sont invités de manière plutôt informelle à une courte déambulation dans les salles du musée. Elles s’assoient devant chacune des quatre oeuvres choisies pour discuter librement de leurs formes et de leur sens. Un atelier de bricolage s’ensuit pour les plus inspirés, pendant que d’autres placotent en sirotant thé ou café. Une expérience dont tout le monde sort heureux.

 

« C’est une conversation autour de l’oeuvre, explique Marilyn Lajeunesse, responsable des programmes éducatifs-adultes du MBAM. La visite est toujours thématique. Ça peut être les lieux dans l’art, la famille dans l’art, les portraits. »

 

Le Fil d’art n’a pas la prétention de faire oeuvre thérapeutique, mais les ateliers font parfois vivre à plus petite dose le bien-être que procure l’art-thérapie : la bonne humeur — qui perdure malgré l’oubli de ce qui l’a déclenchée — et la confiance en soi. La thérapeute souligne que l’exercice informel réactive certaines mémoires oubliées.

 

« Déjà en art-thérapie, on utilise des approches plus passives comme regarder des images. Sans que ce soit clair, explicite ou articulé, on sait qu’on touche plein de choses, forcément des choses de soi, une partie de réminiscences. On observe un sourire ou une réaction plus forte devant une oeuvre un peu choquante. Le non-verbal est très important dans cette maladie parce que le langage est très vite affecté chez les gens qui en souffrent. »

 

Le but n’est pas de faire des gens atteints des artistes ou des critiques d’art. La prise de parole pendant l’observation des oeuvres et l’acte créatif qui suit prennent le dessus sur ce qui est dit et réalisé. Bref, l’activité les stimule et « la stimulation est le mot-clé auprès de cette clientèle-là, note Mme Godbout. Le but est de susciter toutes les réactions et associations possibles. »

 

Les rencontres brisent aussi l’isolement des aidants naturels et leur permettent de retrouver temporairement une relation normale avec ces êtres à l’esprit fragile qu’ils accompagnent au quotidien. « Juste le fait de les sortir de leur milieu habituel, c’est un appui important pour eux », indique Mme Lajeunesse.

 

Les nombreux bienfaits apportés par les visites muséales aux personnes atteintes ont même inspiré à la thérapeute son sujet de maîtrise en 2006. Une autre indication pour elle que les thérapies expressives, de la musicothérapie à la danse-thérapie, gagnent à être plus connues.

 

« On dit toujours que cette maladie n’est que deuils, pertes de contrôle. Je peux dire, à l’encontre de cela, que certains de ceux que je vois en art-thérapie ont développé des talents et des aptitudes dans l’utilisation des matériaux artistiques et une confiance dans ce qu’ils font. C’est ça, le miracle. »

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MISSION SOCIALE EN EXPANSION

Le Fil d’art fait partie des activités gratuites du Musée en partage destiné aux organismes communautaires qui oeuvrent auprès des populations marginalisées — immigrants, enfants et familles de milieux défavorisés, aînés à revenus modestes, personnes souffrant de troubles mentaux, etc. En 15 ans d’existence (fêtés en 2014), le Musée en partage a accueilli 200 000 visiteurs via 300 organismes.

Le Service de l’éducation et de l’action culturelle du MBAM a littéralement explosé dans la dernière année. Le nombre de participants a augmenté de 40 % depuis l’ouverture des Studios Art Éducation Michel de la Chenelière à l’automne 2012, qui ont permis de doubler les espaces consacrés à ces activités parallèles. Et l’expansion n’est pas terminée, puisqu’avec le futur pavillon de la Paix Michal et Renata Hornstein, qui abritera le service en 2017, le musée entend renforcer sa mission sociale.

1 commentaire
  • Maryse Azzaria - Abonnée 28 décembre 2013 11 h 46

    Un moment de beauté et de camaraderie

    J'ai eu le paisir d'accompagner ma belle-soeur, maintenant décédée, à cette activité organisée conjointement pas la société Alzheimer et le Musée des Beaux arts de Montréal. Comme le dit Pascale Godbout, « C’est une formule très simple et conviviale et c’est très normalisant pour eux d’être avec des gens qui les comprennent ». Un moment de beauté et de camaraderie, avant que tout s'éteigne... Merci à vous tous et toutes qui rendez cette activité possible.