Dans le miroir de l’autre

Ce livre, c’est d’abord l’histoire d’une amitié entre une artiste et une historienne de l’art. Quand elles en ont amorcé le projet en 2007, c’est la forme savante du catalogue monographique qui était envisagée. La vie a infléchi la trajectoire du projet, qui est plutôt devenu un espace de dévoilement réciproque au ton personnel. À la différence de ses textes antérieurs, comme auteure, conservatrice ou commissaire d’exposition, le récit écrit au « je », avoue Nathalie de Blois, en préface, fut le premier rempart laissé tomber.

 

L’approche choisie est fort éloquente ; comme les oeuvres protéiformes de Sylvie Cotton optent pour des protocoles intensifiant les contacts de soi avec le monde et les autres, l’auteure les raconte en tant que sujet ayant fait leur expérience. En fait foi aussi le portrait que Sylvie Cotton esquisse de De Blois, avec qui elle a mis en oeuvre ses méthodes : tracé d’une promenade silencieuse, inventaire de la bibliothèque, grains de beauté répertoriés… Ces productions visuelles (listes, dessins, schémas) s’insèrent dans le récit, qui ne garde de scientifique que les références précises aux oeuvres, une « ZCRH : zone confortable de rigueur historique » à laquelle de Blois n’a pu renoncer. D’autres résistances elle a fait cependant l’occasion d’ouverture : « Et je pris conscience que, bien que partie pour découvrir, j’en suis venue, dans notre jeu, à inventer. »

 

La signature graphique (Dominique Mousseau) rend avec finesse les différents registres de discours et avec délicatesse l’intimité des univers qui se révèlent jusque dans le rabat de la quatrième de couverture. L’auteure confesse en conclusion que cette mise à nu fut difficile, mais nécessaire, trouvant écho dans l’énoncé d’une fiche laissée chez elle par l’artiste. « C’est long de faire les choses ; mais c’est beaucoup plus long de ne pas les faire. » Il valait la peine d’aller jusqu’au bout. Le livre ravit par son genre hybride. Y plonger, c’est aussi découvrir une étonnante collection de trophées de chasse et le goût de faire partie de cette réflexion qui a pour seul défaut de passer trop vite.

 

 

Collaboratrice

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