Hautes fidélités

Vue de l’exposition Redux de Richard Purdy.
Photo: Guy L’Heureux Vue de l’exposition Redux de Richard Purdy.

Loin d’être morte et enterrée, la peinture de paysage connaît depuis quelques années une présence notable parmi les pratiques actuelles. Preuve inéluctable de ce constat : les deux expositions, placées aux deux extrémités du 5e étage du Belgo, qui se font l’écho de la question de la fidélité des représentations. Les responsables de ce dialogue : Mark Igloliorte, une des figures du renouveau actuel de la peinture, et Richard Purdy, un vétéran plus connu pour le ton ésotérique et immersif de son travail.

 

Mark Igloliorte peint des paysages. Des éléments du quotidien aussi, comme s’il s’agissait d’objets trouvés. Dans les deux cas, il propose une vision de la réalité déformée ou rehaussée par sa propre expérience du terrain. Pour ses scènes extérieures, il procède selon les préceptes de la peinture en plein air, esquisses et diverses étapes préparatoires précédant l’oeuvre finale.

 

Quatre des douze oeuvres de En visite chez soi, deuxième solo de l’artiste originaire du Labrador à la galerie Donald Browne, sont emblématiques de son travail où se multiplient les procédés et les étapes. Lacérés ou morcelés comme un casse-tête plus ou moins bien recollé selon les cas, les quatre tableaux portent les traces de leur fabrication.

 

Ces scènes nordiques ont d’abord été photographiées, puis peinturées sur verre (ou sur plastique). Igloliorte a ensuite prélevé la matière pour la transplanter, littéralement, sur une toile. Le processus ne trahit pas le sujet, ni les souvenirs en pièces détachées qui relient l’artiste au lieu.

 

Que la question du territoire soit le sujet de sa peinture de paysage n’étonne pas. Mark Igloliorte navigue dans les eaux identitaires : aujourd’hui établi au Nouveau-Brunswick, il était en 2011 de la Triennale québécoise et participe maintenant à Beat Nation, l’expo autochtone en cours au Musée d’art contemporain. L’inventivité derrière sa peinture de paysage découle en bonne partie de cette réalité fragmentée et sans cesse renouvelée.

 

Si Igloliorte se tourne vers les terres de ses ancêtres, Richard Purdy se réfère à sa lignée d’artiste blanc. Pour Redux, l’expo montée dans les salles des galeries Roger Bellemare et Christian Lambert, il s’est inspiré de tableaux naturistes de Krieghoff et d’autres romantiques du XIXe siècle. La quinzaine d’oeuvres « d’après… » découle, comme chez Igloliorte, de reproductions par-dessus reproductions.

 

À l’instar de ce que le photographe de Québec Ivan Binet a déjà fait, inspiré lui aussi par le maître Krieghoff, Purdy est parti à la recherche des sites peints il y a plus de 100 ans. Ses photographies, il les a imprimées en noir et blanc pour reproduire la technique de la grisaille propre à la peinture académique. Puis, il les a recouvertes d’un glacis traditionnel et, enfin, des pigments les plus proches de l’oeuvre originale. Son obsession de la fidélité de ses représentations est donc double ; elle concerne autant un lieu véridique qu’un tableau historique.

 

 

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