Vie de quartier - Une Petite-France à Montréal

Émilie Corriveau Collaboration spéciale
Pour beaucoup de Français, ce qui les a attirés au Plateau, ce sont les espaces verts et la vie de quartier. Ci-dessus, le parc Sir-Wilfrid-Laurier.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Pour beaucoup de Français, ce qui les a attirés au Plateau, ce sont les espaces verts et la vie de quartier. Ci-dessus, le parc Sir-Wilfrid-Laurier.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Depuis une dizaine d’années, la communauté française connaît un fort taux d’accroissement au Québec. À Montréal seulement, on estime qu’elle compte près de 100 000 individus, alors qu’en 2001 elle n’en comptait que 23 800. Particulièrement populaire auprès de cette population, le Plateau-Mont-Royal, qui regroupe aujourd’hui près de 20 % des immigrants français vivant dans l’agglomération, est en quelque sorte devenu le quartier Petite-France de la ville.

 

Déployé au pied du mont Royal et s’étendant sur 8,1 km2, l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal surplombe le centre-ville. Ses multiples rues étroites sont bordées d’arbres et avoisinent de grandes artères grouillantes de monde. Sa riche histoire, ses escaliers colorés, ses bars, ses restos et ses petites boutiques lui confèrent un charme singulier, différent de celui qui caractérise les autres quartiers de la ville.

 

Avec une population de 100 400 individus, dont 20 000 Français, il est l’arrondissement montréalais affichant la plus forte densité. Quelque 28 % de ses habitants étant âgés de 25 à 34 ans, il est également le plus jeune de la ville. Aussi, il est celui dont la population utilise le moins la voiture.

 

D’après M. Bruno Clerc, consul général de la France à Montréal, tout cela explique en bonne partie l’engouement des Français pour le Plateau-Mont-Royal. « C’est la faute des cafés et des restaurants !, s’exclame-t-il spontanément. Montréal est une ville facile à vivre, agréable, dans laquelle il y a très peu de délinquance. C’est une ville qui compte beaucoup d’espaces verts et, chez les Français, cette quête de verdure et de grands espaces, c’est quelque chose de très présent. Quant au Plateau en soi, il a un petit côté français par son mode de vie. Il a un petit côté village aussi, parce qu’on y trouve tout à proximité. Beaucoup de Français aiment ce côté convivial. »

 

Espaces verts et vie de quartier

 

Maureen Mondin, coordonnatrice au contenu des galas chez Juste pour rire, abonde dans le sens de M. Clerc. Ex-banlieusarde parisienne, la jeune femme, qui habite le Plateau depuis maintenant six ans, est arrivée à Montréal en 2007, après avoir obtenu un permis vacances-travail (PVT). Pour elle, c’est le parc Lafontaine qui a été le plus déterminant dans son choix.

 

« Au départ, pour choisir où j’allais habiter, j’ai pris une carte de la ville et j’ai cherché des appartements qui se trouvaient au centre, près des transports, indique Mme Mondin. Comme je n’avais pas encore de boulot, je ne cherchais pas à être proche de quelque chose d’autre que le métro ou l’autobus. J’ai trouvé un appartement en colocation près du parc Lafontaine et j’ai adoré vivre là. Au fil des années et des déménagements, je me suis aperçu que ce que je préférais du Plateau justement, c’était le parc. J’y suis tout le temps, été comme hiver. J’y marche, j’y cours, j’y patine ou j’y bouquine. Maintenant, j’habite au nord du parc et j’adore cela. »

 

L’histoire de Nils Chartier, originaire de Paris, ressemble à celle de Mme Mondin. Ayant terminé ses études et désirant voyager, muni d’un PVT, le jeune homme a atterri à Montréal en 2006 en ne connaissant que très peu la ville. Ayant trouvé son appartement par le biais d’Internet alors qu’il était toujours à Paris, M. Chartier est débarqué rue Beaubien sans même savoir dans quel quartier elle se trouvait. Si, au départ, le jeune homme ne s’est pas installé dans le Plateau, dès qu’il en a eu l’occasion, il a emménagé rue Laurier.

 

« J’aime la rue Laurier. Il y a le parc juste à côté ; j’ai tous les commerces de proximité en bas de chez moi. L’ambiance y est bonne, il y a toujours des trucs à faire. Même si c’est différent de tout ce que j’ai vécu, ça me rappelle un peu la vie de quartier en France. »

 

Vivement l’Amérique!

 

Comme Mme Mondin et M. Chartier, de nombreux Français âgés de 18 à 35 ans découvrent Montréal chaque année grâce au PVT. Alors qu’en 2006 il avait fallu près d’un trimestre pour que s’écoulent les 6750 permis mis à la disposition des Français, en 2012, ils se sont envolés en moins de 48 heures.

 

D’après Nelson Teixeira, un jeune Parisien atterri à Montréal en juillet 2009 après avoir trouvé l’amour auprès d’une Québécoise, si les PVT pour le Canada s’écoulent aussi rapidement et que Montréal attire tant les Français depuis quelques années, c’est d’abord parce que, aux yeux de plusieurs, la vie y est moins morose qu’en Europe. Affichant un taux de chômage avoisinant les 10 % en métropole, la France désole de plus en plus de jeunes.

 

Chasseur de têtes chez Robert Half depuis octobre 2009, M. Teixeira fait partie des chanceux n’ayant pas eu de difficulté à se trouver un bon emploi à Montréal. « Le Québec et Montréal, pour beaucoup de Français, c’est l’Amérique avec un grand A. Moi, je n’ai jamais eu de difficulté à me trouver du travail en France, mais plusieurs de mes connaissances, oui. Pour ces gens-là, Montréal apparaît comme un endroit où il fait bon vivre, où il y a de grands espaces verts. C’est tout à l’opposé de Paris, quoi ! Et ce sont exactement ces espaces et cette qualité de vie qu’on retrouve dans le Plateau. »

 

S’il n’avait pas d’image précise de Montréal avant d’y mettre les pieds, comme bien des Français, Nils Chartier concède avoir cultivé une vision américanisée de l’endroit : « Moi, ce qui m’intéressait, c’était l’Amérique du Nord. J’étais allé à New York et je voulais apprendre à parler l’anglais. Montréal n’est peut-être pas New York, mais c’est une très belle porte pour les francophones sur l’Amérique du Nord. »

 

Si Montréal n’est pas New York, il n’est pas non plus le Klondike. Le taux de chômage chez les immigrants y est d’environ 14 % et les loyers, même s’ils ne sont pas aussi élevés qu’en France, sont beaucoup moins abordables qu’ils ne l’étaient il y a une dizaine d’années, et ce, particulièrement dans le Plateau.

 

« En France, on s’imagine qu’à Montréal on peut facilement trouver un travail, indique le consul. On perçoit Montréal comme une ville très ouverte sur le monde, une ville cosmopolite et accueillante. C’est ce qu’elle est effectivement, mais ce n’est pas un eldorado non plus. Disons que cette vision idéalisée de Montréal conduit parfois certains compatriotes mal informés à commettre des faux pas. »

 

Ce n’est qu’un début

 

Si certains Français se trouvent un peu décontenancés lorsqu’ils découvrent le vrai visage de Montréal, bon nombre d’entre eux ne peuvent tout de même s’empêcher de tomber sous son charme, comme cela a été le cas de Mme Mondin, M. Chartier et M. Teixeira. Vantant ses mérites à la famille et aux amis restés en Europe, ils contribuent à faire de la métropole une destination de plus en plus prisée des Français.

 

Heureusement pour ces derniers, à la suite d’un accord signé le 13 mars dernier par le premier ministre canadien, Stephen Harper, et son homologue français, Jean-Marc Ayrault, dès 2015, les jeunes Français pourront voyager et travailler au Canada durant une période pouvant atteindre 24 mois, plutôt que 12. Ils seront également plus nombreux à pouvoir obtenir un PVT chaque année. « Il faut donc s’attendre à ce que plus de Français s’installent à Montréal bientôt », indique M. Clerc.

 

« Mais ne vous inquiétez pas, ajoute-t-il à la blague, nous essaierons de les diriger vers d’autres quartiers pour épargner le Plateau ! »

 


Collaboratrice

1 commentaire
  • André Boulanger - Inscrit 28 octobre 2013 22 h 32

    J'aime beaucoup cette nouvelle génération de jeunes français qui atterrissent à Montréal.

    Ils sont sympas et apprécient la qualité de vie que nous avons à Montréal en général et sur le Plateau Mont-Royal en particulier.

    Je dis souvent qu'ils représentent la génération d'enfants que les boomers n'ont pas eu ;0)