Centre Père-Sablon - Depuis des décennies, ça bouge dans le Plateau

André Lavoie Collaboration spéciale
Marie Desroches, directrice générale des Œuvres du Père-Sablon, a à cœur d’aider les jeunes à se réaliser par le biais du sport et de trouver des mécènes pour que cette ambition devienne réalité.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Marie Desroches, directrice générale des Œuvres du Père-Sablon, a à cœur d’aider les jeunes à se réaliser par le biais du sport et de trouver des mécènes pour que cette ambition devienne réalité.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plateau Mont-Royal

Ce n’est pas d’hier que ça bouge dans le Plateau-Mont-Royal. Deux jésuites ne sont pas étrangers à ce dynamisme dans un quartier qui s’est radicalement transformé depuis la fondation d’un centre longtemps connu sous le nom d’Immaculée-Conception et rebaptisé Père-Sablon, en hommage à son premier directeur.

 

Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, le père Wilfrid Gariépy constate le désoeuvrement de ses jeunes paroissiens et cherche à canaliser leur énergie. Il imagine alors un centre pour accueillir les enfants pendant toute l’année, situé dans la rue Papineau, à deux pas du parc Lafontaine. Dès son ouverture, en 1951, la direction est confiée à l’aumônier des terrains de jeux du parc, Marcel de la Sablonnière, un passionné de sports qui constate lui aussi que les enfants ont besoin de s’accomplir autrement qu’en pratiquant avec ferveur la petite délinquance.

 

Non seulement celui qu’on surnomme le père Sablon est convaincu des bienfaits de l’activité physique, mais il rallie les gens d’affaires à sa cause, question de soutenir ses programmes sportifs et de loisirs destinés aux familles pauvres de ce quartier populaire, ou encore sa base de plein air dans les Laurentides, Le P’tit Bonheur, inaugurée en 1962. Il peut compter alors sur un voisin fortuné, Pierre Péladeau, fondateur du groupe Québecor, lui qui n’hésitait jamais à donner un coup de main financier pour les oeuvres du père Sablon.

 

Aider les jeunes

 

Au fil des décennies, deux choses n’ont jamais changé au sein de cet établissement : aider les jeunes à se réaliser par le biais du sport et trouver des mécènes pour que cette ambition devienne réalité. Marie Desroches, directrice générale des Oeuvres du Père-Sablon, se veut la gardienne de cette double mission, admirative de la fougue de son célèbre prédécesseur, aux commandes jusqu’en 1992 et décédé le 20 novembre 1999. « On a créé la Fondation après son décès, souligne la directrice, question d’établir une structure plus formelle. Le père Sablon, il savait s’entourer ! Au sein de son conseil d’administration, il y avait des représentants des banques et, dès qu’il préparait un nouveau projet, il faisait ses appels et allait chercher de l’argent. »

 

Par contre, ce qui s’est transformé autour de l’établissement de la rue Papineau, c’est le quartier ! Le Plateau-Mont-Royal des années 1950 ressemble bien peu à celui d’aujourd’hui. Marie Desroches tient toutefois à apporter des nuances devant le phénomène de gentrification qui donne au Plateau ce nouveau visage. « La moyenne des revenus des habitants n’est pas si élevée par rapport aux autres quartiers de Montréal. Il y a beaucoup de gens riches, mais un nombre encore important de gens pauvres ; les deux extrêmes se côtoient, ce qui fait que la moyenne n’est pas si élevée. »

 

Mixité

 

Certains de ces gens dits « riches » fréquentent assidûment le Centre Père-Sablon. « Notre salle d’entraînement et nos cours attirent une clientèle assez favorisée, même si nos tarifs sont bas. D’ailleurs, les soirs et les week-ends, nous fonctionnons à pleine capacité. Mais cette clientèle-là nous aide aussi à financer notre mission, car tous les membres permettent aux jeunes de tous les milieux de se réaliser. Le mot d’ordre, c’est : “ Tu t’entraînes ici, tu aides une oeuvre ! ” »

 

Ce n’est pas le seul credo de Marie Desroches, soucieuse de « mixité » aussi bien au Centre et au P’tit Bonheur que dans tous les autres programmes, dont celui du Petit Cirque pour les jeunes du quartier Hochelaga-Maisonneuve. « La majorité de l’argent qu’on reçoit, c’est pour de l’aide financière aux enfants et aux familles défavorisées, qui peuvent ainsi participer comme les autres à nos activités ou fréquenter la base de plein air. Au P’tit Bonheur, les moniteurs sont souvent incapables de nous dire qui, parmi les jeunes, vient ou non d’un milieu défavorisé. Même chose au Centre : dans la piscine ou sur un terrain de soccer, tous sont égaux. » La directrice multiplie d’ailleurs les ponts avec d’autres organismes pour que les familles à faible revenu connaissent les services des Oeuvres du Père-Sablon, car il est terminé le temps où les nécessiteux du Plateau frappaient nombreux à leur porte ; la pauvreté est mieux dissimulée, mais pas moins présente.

 

Par contre, dans ce quartier ou ailleurs, un phénomène commence à se moquer des barrières sociales : l’obésité chez les enfants et les adolescents. « Ils font moins de sports qu’auparavant, constate à regret Marie Desroches. Autrefois, ils venaient ici jouer au baseball et, le reste de la soirée, ils couraient dans les ruelles. De nos jours, s’il n’y a pas de sport organisé, ils n’en font pas, préférant rester collés à leur ordinateur. » La directrice continue pourtant de marteler le même message, auprès des jeunes comme des gens d’affaires, soucieuse d’assurer l’épanouissement de sa première clientèle. Depuis 1951, plus d’un million de personnes ont partagé le rêve de dépassement du père Sablon, longtemps engagé dans le mouvement olympique canadien et international. Pour lui, l’important, c’était vraiment de participer.

 


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